Aucun système d’assistance n’est autonome ni autopiloté. © rzoze19 - Fotolia.com

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Voiture autonome ou semi-autonome : gare à la confusion

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Les constructeurs automobiles vantent leurs systèmes d'assistance à la conduite comme des pilotes « intelligents » ou encore les qualifient de « conduite automatisée ». L'organisme de sécurité Euro NCAP a voulu vérifier sur huit modèles de voitures les capacités de ces systèmes et révèle surtout une dangereuse confusion entrenant les mauvaises pratiques des conducteurs.

Pour la première fois, l'organisme européen indépendant, Euro NCAP, a testé différents systèmes d'assistance à la conduite pour dix véhicules (Audi A6, BMW Série 5, DS 7 Crossback, Ford Focus, Hyundai Nexo, Mercedes Classe C, Nissan Leaf, Tesla Model S, Toyota Corolla et Volvo V60). Et le bilan est plutôt contrasté. Certes, les assistants de conduite rendent globalement la conduite plus agréable et moins stressante. Mais Euro NCAP met en garde car les différences de degré d'autonomie proposées par ces systèmes et les réactions humaines face aux situations entretiennent la cacophonie ambiante quant aux capacités réelles de ces assistants à la conduite.

Test de déboîtement : une voiture venant de la voie adjacente déboîte sur la voie juste devant la voiture d’essai. © Euro NCAP

Le premier essai concernait le régulateur de vitesse adaptatif (ACC). Il s'agit ici de la capacité de la voiture à maintenir une distance de sécurité suffisante avec le véhicule précédent. Les tests les plus difficiles concernaient les scénarios de déboîtement (cut-in) et de rabattement (cut-out). Dans le premier cas, une voiture, venant de la voie adjacente, déboîte sur la voie, juste devant la voiture d'essai. En temps normal, un conducteur humain anticipe la manœuvre et réduit sa vitesse en conséquence. Dans le deuxième scénario, la voiture qui précède quitte brusquement la voie pour éviter un véhicule à l'arrêt, ce qui ne laisse que peu de temps au système pour identifier le véhicule à l'arrêt qui était caché. Une deuxième série de tests consistait à évaluer la fonction de centrage de voie (LC), qui détecte un écart de trajectoire et replace la voiture au milieu de sa voie. Le degré d'assistance à la direction est ainsi déterminé par un test appelé S-bend (virage en S), effectué à différentes vitesses. Enfin, un dernier essai a mesuré le degré d'effort à la commande de direction pour contourner un petit obstacle sur la route.

Test de rabattement : la voiture qui précède quitte brusquement la voie pour éviter un véhicule à l’arrêt. © Euro NCAP

L’Autopilot de Tesla offre le plus fort degré d’automatisation

Bilan des opérations : la Tesla possède de loin le plus fort degré d'automatisation. BMW et DS sont les modèles offrant le plus bas niveau d'assistance, laissant largement la main au conducteur. Audi, Ford, Hyundai, Mercedes, Toyota, Nissan et Volvo, quant à elles, offrent plutôt un bon équilibre entre implication du conducteur et assistance. En théorie, le pilote semi-automatique de Tesla est ainsi supérieur aux autres quand il est correctement utilisé.

Mais en pratique, lorsque la voiture « prend le volant », cela donne à l'utilisateur l'illusion que sa voiture roule « toute seule ». Dans le cas du virage en S par exemple, la voiture effectue tout à fait correctement la manœuvre, mais il est quasi impossible pour le conducteur de reprendre la main sous peine de désactiver complètement le système. « Aucun des autres modèles testés ne donne l'impression d'une telle perte de contrôle », met en garde Matthew Avery, le directeur de Thatcham Research, une organisation britannique indépendante, chargée de la sécurité des véhicules et membre d'Euro NCAP. 

71 % des automobilistes persuadés qu’il est déjà possible de rouler dans une voiture 100 % autonome

Ce qui inquiète le plus l'organisme de contrôle, c'est la confusion que ces assistants de conduite font naître dans l'esprit des consommateurs. D'après un sondage mené auprès de 1.500 propriétaires de voitures dans sept pays européens, 71 % des personnes interrogées sont ainsi persuadées qu'il est déjà possible de rouler dans une voiture 100 % autonome (niveau 5), alors même qu'il n'existe encore aucune voiture de ce type sur le marché et que les technologies sont loin d’être complètement au point (nous en sommes au niveau 2). Pire : 11 % avouent être tentés de faire une micro sieste, regarder un film ou lire un journal pendant que le pilote semi-automatique est activé, alors qu'il reste nécessaire de garder une vigilance constante sur la route. Enfin, 49 % pensent qu'ils ne seront pas responsables si un accident survient lorsque la voiture circule avec le mode pilote semi-automatique. 

La Tesla Model S offre un haut niveau d’autonomie, ce qui fait perdre le sentiment de contrôle du véhicule. © Euro NCAP

Des publicités et des termes trompeurs

Si on en arrive à un tel résultat, c'est que les publicités des constructeurs utilisent allègrement les termes comme « Autopilot », « conduite automatisée » ou encore « pilotage intelligent ». Ces expressions suggèrent des capacités d'autonomies supérieures à celles réellement proposées. Dans une vidéo promotionnelle pour la BMW série 5, on peut même voir le conducteur tranquillement ôter ses mains du volant alors que sa voiture change de ligne, ce qui est totalement prohibé. Bien entendu, les conseils d'utilisation et les mises en garde sont détaillés dans les manuels, mais qui prend réellement la peine de les lire de façon approfondie ? Qui sait, par exemple, que la fonction de centrage de voie (LC) n'est destinée à être utilisée que sur autoroute et non pas sur route normale ? Pour Euro NCAP, un bon système d'assistance n'est donc pas forcément le plus performant du point de vue technique, mais « celui qui aide le conducteur à conduire en toute sécurité sans dépendance excessive au système » en surveillant par exemple tout usage abusif, comme conduire sans mettre les mains sur le volant. 

  • Euro NCAP a testé les systèmes d’assistance à la conduite de 10 modèles pour différents scénarios.
  • Il existe une grande disparité d’autonomie parmi ces systèmes, certains offrant un faux sentiment de sécurité.
  • 70% des automobilistes pensent ainsi qu’il est déjà possible de conduire sans les mains. 
Pour en savoir plus

Tesla : le mode « Autopilot » des modèles S prête à confusion

Article de Numerama publié le 24/10/2015

Le constructeur de voitures électriques de luxe Tesla Motors vient d'introduire une mise à jour logicielle qui active sur certains modèles une fonction d'aide à la conduite, à utiliser dans certaines conditions et sans lâcher le volant. Certains conducteurs ont voulu tester ce « pilote automatique » en passant outre ces consignes et se sont fait de belles frayeurs.

Depuis la mi-octobre, quelques voitures électriques commercialisées par Tesla Motors peuvent bénéficier du mode « Autopilot ». Les propriétaires du véhicule Tesla Model S ont désormais accès à une aide à la conduite qui leur permet, dans certaines circonstances, de laisser le système de bord diriger lui-même l'automobile.

Évidemment, l'arrivée de cette fonctionnalité a fait apparaître de nombreuses vidéos de test à l'image de celle-ci (à voir sur YouTube), dans lesquelles nous pouvons voir des conducteurs s'émerveiller devant la prouesse technique du constructeur automobile américain tout en affichant une certaine appréhension à l'idée de lâcher le volant. Or, il apparaît aujourd'hui qu'une poignée de clients n'a pas compris comment utiliser correctement le mode « Autopilot ». Des vidéos mises en ligne sur YouTube montrent en effet des situations très préoccupantes, avec des accidents qui sont évités de justesse.

Manifestement, ces conducteurs pensent que le mode « Autopilot » rend leur voiture complètement autonome. Ce qui n'est évidemment pas le cas : il s'agit simplement d'une aide à la conduite, qui doit être activée uniquement lorsque certaines conditions sont réunies : circulation sur autoroute uniquement et météo favorable. Sauf que dans les séquences mises en ligne par ces utilisateurs, le mode « Autopilot » est utilisé sur des voies inadéquates. Ce qui est très dangereux : le système fonctionne en effet en suivant la voiture située devant avec ses capteurs. Or, sur une route nationale, le système peut manifestement être trompé par des automobiles arrivant en sens inverse.

Quatre systèmes sont utilisés par le mode « Autopilot » : un radar longue portée et une caméra pour contrôler ce qui se passe à l'avant du véhicule, un capteur ultrason qui contrôle l'environnement immédiat autour du véhicule, à 360°, et un système de positionnement par GPS qui renseigne sur l'état du trafic en temps réel. 

Voici l’une des vidéos tournées par des propriétaires de Tesla aux États-Unis qui se sont fait une grosse frayeur en essayant le nouveau mode « Autopilot » de leur berline électrique. © RockTreeStar, YouTube

Le conducteur est toujours responsable

C'est ce que montre la vidéo ci-dessus : le modèle S de Tesla Motors dévie de sa trajectoire pour aller sur la voie opposée au moment où un autre véhicule passe à sa portée, obligeant le conducteur à attraper le volant en catastrophe pour éviter une collision.

En outre, il est demandé aux conducteurs de garder les mains sur le volant même lorsque le mode « Autopilot » est activé. Et là encore, les utilisateurs n'ont manifestement pas intégré cette consigne : à plusieurs reprises, l'on peut voir le volant ne plus être sous le contrôle attentif du pilote, prêt à intervenir.

Avec ces comportements irresponsables, il est à craindre qu'un accident grave finisse par se produire. Et c'est un problème pour l'avenir de l'industrie automobile, pointe CNET : dès qu'une situation grave se présentera, tout le monde se demandera si cette technologie est vraiment prête, au risque d'occulter le rôle du conducteur.

Cette affaire pose une autre question : celle de la manière dont les constructeurs vont « vendre » la conduite semi-autonome. Tesla Motors a par exemple choisi de donner le nom d'« Autopilot » à son aide à la conduite. Or, celui-ci n'est-il pas susceptible d'induire en erreur, en donnant l'impression que la voiture peut se gérer seule désormais ?

Lorsque le mode « Autopilot » est arrivé, Tesla a bien sûr rappelé que « les voitures vraiment autonomes n'arriveront que dans quelques années » et que son aide à la conduite n'est à utiliser que si les conditions sont favorables. Et de souligner que « le conducteur est toujours responsable, au final, du contrôle de la voiture ». Mais est-ce suffisant ?

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