Alors que Vladimir Poutine vient de mettre sa « force de dissuasion » en alerte, le monde s’inquiète de la puissance de l’arsenal nucléaire de la Russie. © James Thew, Adobe Stock
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Premier tir réussi du missile Sarmat alias Satan-2

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La Russie a mené avec succès mercredi 20 avril le tir d'essai de son missile très longue portée RS-28 Sarmat. Autrement connu sous l'appellation Satan-2, il est capable d'embarquer plus de 10 têtes nucléaires. Avec ce tir, le Kremlin cherche encore une fois à intimider en montrant la puissance de son armement nucléaire.

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Une « arme unique (...) qui fera réfléchir à deux fois ceux qui essayent de menacer notre pays avec une rhétorique déchaînée et agressive », voici le message qu'a fait passer le président russe Vladimir Poutine dans la foulée du premier tir du missile intercontinental RS-28 Sarmat. Plus connu par l'Occident sous l'inquiétante appellation Satan-2, ce missile à capacité nucléaire de 200 tonnes et d'une hauteur de 35 mètres, a pris son envol à Plessetk dans le nord-est de la Russie mercredi 20 avril, à 14 h 12.

Initialement son premier tir devait avoir lieu en 2021 et cinq autres essais devraient ensuite avoir lieu pour le certifier et l'intégrer dans un régiment spécifique. Lors de cet essai, le missile a atteint sa cible distante de 6.000 km dans le polygone de Koura dans l'Extrême-Orient russe. Conçu avec des composants 100 % russes, le Sarmat serait capable de passer outre les systèmes de défense antiaérien les plus modernes selon le Kremlin.

Lors de son tir d’essai le missile a atteint sa cible située 6.000 km plus loin .© Twitter MoD Russie

Un missile surveillé de près

En matière de rayon d'action, il pourrait parcourir 18.000 km et atteindre des cibles de façon très précises avec sa capacité d'embarquement d'une dizaine de têtes nucléaires manœuvrantes (mirvées). Une fois homologué, le Sarmat viendra rejoindre l'arsenal le plus inquiétant sur lequel le Kremlin communique abondamment, à savoir les missiles hypersoniques, Kinjal et Avangard.

Du côté des États-Unis, le Pentagone a tenu à minimiser l'importance de cette annonce en considérant qu'il ne s'agissait pas d'une véritable menace pour l'Occident et que cet essai s'apparentait à une manœuvre de routine dont tout le monde était au courant. Néanmoins, il n'empêche que l'US Air Force a quand même fait suivre l'évolution du missile par deux Boeing RC-135S Cobra Ball dotés de capteurs spécifiques pour relever un maximum de données sur ce tir.

Pour en savoir plus

De combien d’armes nucléaires dispose la Russie et qu’est-ce que Satan-2 réputé « invulnérable » ?

Au quatrième jour de l'invasion de l'Ukraine, Vladimir Poutine reprenait la parole pour annoncer la mise en alerte de la « force de dissuasion » de l'armée russe. Une « force de dissuasion » qui comprend une composante nucléaire. Et notamment un missile redoutable surnommé Satan-2...

Article de Natalie Mayer, publié le 

Son vrai nom militaire, c'est la RS-28 РС-28 Сармат SS-X-30. Mais il est surnommé Satan-2. Parce qu'il est réputé capable, grâce à une autonomie de quelque 18.000 kilomètres, « d'apporter l'enfer sur n'importe quelle région de la Terre ». C'est un missile balistique intercontinental développé depuis plus de 10 ans par la Russie. Un missile qui peut transporter jusqu'à 10 tonnes de charge utile. Comprenez, plusieurs têtes nucléaires. Et il est présenté comme « invulnérable ». Parce qu'il peut être lancé à une vitesse supersonique. Pour atteindre sa cible en quelques minutes seulement. Parce que sa longue portée lui permet de prendre des « raccourcis » par les pôles pour éviter les zones les mieux défendues avant de frapper sa cible.

Après les résultats positifs obtenus lors des essais d'éjection du missile, il y a quelques mois, le gouvernement russe avait annoncé être prêt à procéder à des essais en vol au troisième trimestre 2021. L'arme de plus de 200 tonnes ne devrait donc pas encore être prête à servir au combat avant quelques mois au moins. De là pourraient en revanche venir les images qui circulent actuellement beaucoup sur les réseaux sociaux de l'engin de mort sur les routes russes. Alors que Vladimir Poutine est apparu hier sur les écrans pour annoncer la mise en alerte de la « force de dissuasion » de l'armée russe. Comprenez que l'armée russe va procéder à des opérations qui lui permettront désormais d'être rapidement capable de recourir à l'usage de l'arme nucléaire.

Car même si le redoutable Satan-2 ne semble pas encore en état de nuire, Vladimir Poutine a également tenu à rappeler que « la Russie reste l'un des pays possesseurs de l'arme nucléaire les plus puissants au monde ». Et c'est vrai. Selon les chiffres de la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (Ican), la Russie est aujourd'hui à la tête d'un arsenal de plus de 6.000 armes nucléaires -- qui peuvent être lancées par des missiles, depuis des navires de surface ou des sous-marins ou larguées par des avions. C'est plus que les États-Unis qui en seraient à 5.600. Bien plus que la France qui en dispose moins de 300.

Un risque de guerre nucléaire ?

Rappelons que neuf pays au monde disposent d'armes nucléaires. Les États-Unis et la Russie, bien sûr. La France et le Royaume-Uni. L'Inde, la Chine et le Pakistan. Israël et la Corée du Nord, dernier État à avoir accédé au rang de puissance nucléaire. Mais seuls les deux premiers, les États-Unis et la Russie, sont équipés de toutes les armes nucléaires stratégiques qui existent. Et il va sans dire -- même s'il est peut-être bon de le dire aujourd'hui -- que le recours à seulement quelques-unes de ces armes entraînerait à coup sûr une catastrophe mondiale.

La plupart des 6.000 ogives nucléaires russes restent pour l'heure dans leurs réserves. Mais environ 1.600 sont déployées en permanence. Et il est à noter que si, au moment de l'effondrement de l'Union des républiques sociales soviétiques (URSS), des armes nucléaires étaient présentes sur le sol ukrainien, celles-ci ont été, depuis, rendues à la Russie.

Ainsi tous les experts sont d'accord : une guerre nucléaire ne servira pas les objectifs de Vladimir Poutine. Mais là où la plupart semblaient sereins il y a quelques jours encore, plusieurs reconnaissent être désormais « plus inquiets » et espèrent aujourd'hui que « Vladimir Poutine restera rationnel ». Jusque-là, l'invasion russe s'est entièrement appuyée sur des armes conventionnelles. Et il apparait évident que d'un point de vue stratégique, l'usage de l'arme nucléaire ne tient pas. Pourtant, la colère décelée dans les discours du chef de l'État russe est d'autant moins rassurante que certains experts le considèrent comme paranoïaque.

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