Extrait de « Cartes particulières des Isles de France de Bourbon et de Rodrigue », par Rigobert Bonne, hydrographe de la Marine ; dans « Atlas de toutes les parties connues du globe terrestre... », édité à Genève en 1780. © Muséum national d'Histoire naturelle

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La France et les Mascareignes au XVIIIe siècle

Question/RéponseClassé sous :histoire de France , Colonisation française , Mascareignes

Ces îles, que l'on connaît sous le nom actuel de Réunion et de Maurice, ont été baptisées Mascareignes après le passage du navigateur portugais Mascarenhas, qui les a aborde en 1513 en faisant route vers l'Inde. Le premier débarquement français sur l'île Bourbon (Réunion) se déroule en juin 1642 ; la Compagnie française des Indes orientales organise la colonisation de l'île à partir de 1665. En septembre 1715, la marine royale prend possession de l'île Maurice, rebaptisée île de France, après le départ des Hollandais qui l'ont occupée durant tout le XVIIe siècle.

Le régent Philippe d’Orléans, lequel gouverne depuis la mort de Louis XIV en septembre 1715, s'intéresse aux Mascareignes à partir de 1718 : il veut transformer l'île de France en île escale pour les navires de la Compagnie des Indes, et l'île Bourbon en une île de plantations. L'incitation au peuplement débute à Bourbon dans les années 1720, avec l'amnistie du roi pour d'anciens flibustiers qui acceptent de s'installer sur l'île, d'où la réputation de la Réunion d'être une île de pirates.

L’intérêt économique des Mascareignes

Sur l'île Bourbon, la Compagnie des Indes orientales encourage la culture du café ; des plants ont été ramenés de Moka, au Yémen, en 1715. Elle offre des concessions gratuites aux colons volontaires, organise la production, construit des routes et introduit la traite esclavagiste sur l'île. Dès les années 1730, le café fait entrer Bourbon dans l'ère de la prospérité économique.

Culture du café à l'île Bourbon, aquarelle de Patu de Rosemont, début XIXe siècle. Musée national de l'Histoire de l'immigration, Palais de la Porte Dorée, Paris. © Wikimedia Commons, domaine public

En 1735, la nomination du comte Mahé de La Bourdonnais comme gouverneur général des Mascareignes, marque un tournant radical dans la phase de colonisation : les deux îles sont désormais propriétés de la Compagnie des Indes qui y détient le pouvoir administratif et judiciaire. Le gouverneur va privilégier l'île de France à l'île Bourbon car elle bénéficie de deux ports naturels : Mahébourg, et Port-Louis qui devient base de la marine royale et de la Compagnie des Indes.

Mahé de la Bourdonnais convainc la Compagnie des Indes de ne plus investir à Madagascar mais de concentrer les efforts financiers sur les deux îles, pour en faire de véritables escales commerciales dans l'océan Indien. S'enclenche alors l'essor démographique et économique : à Bourbon, la croissance régulière fait passer la population de 3.400 personnes en 1725, à 22.000 en 1763 ; sur l'île de France, on compte 21.000 habitants en 1767.

Les Européens sont minoritaires, 4.000 seulement à Bourbon pour 18.000 esclaves, en 1763. La majorité des esclaves travaillant dans les plantations, vient de Madagascar, toute proche, ou du Mozambique et du Sénégal. Plusieurs centaines d'esclaves viennent également de l'Inde : ils sont considérés comme plus intelligents mais moins résistants, et sont employés majoritairement comme domestiques.

Portrait de Bertrand-François Mahé de la Bourdonnais, par Antoine Graincourt, fin XVIIIe siècle ; ce tableau a appartenu à Louis XVI. Musée de la Compagnie des Indes, Port-Louis, à Lorient. © Wikimedia Commons, domaine public

Le café, le sucre et les épices

Alors que le développement économique de l'île Bourbon repose sur la monoculture du café, l'île de France dispose d'avantages géographiques par rapport à Bourbon qui est très montagneuse. Mahé de la Bourdonnais est le grand artisan du développement agricole de l'île de France : il y introduit la culture de la canne à sucre, du coton et de l'indigo, mais également le blé et le riz. La multiplication des concessions nécessite le transfert autoritaire de 2.000 colons et esclaves de Bourbon vers l'île de France.

En 1767, Pierre Poivre prend ses fonctions d'intendant général des Mascareignes : il est chargé de mettre en place les structures de l'administration royale qui vont remplacer celles de la Compagnie des Indes. Pierre Poivre poursuit le développement économique des deux îles où il organise l'agriculture. Il introduit des plantations de muscadiers et de girofliers sur l'île Bourbon, sur l'île de France, aux Seychelles (françaises depuis 1756) et même en Guyane.

Il brise ainsi le monopole du commerce des épices tenu par les Hollandais depuis plus d'un siècle. Pierre Poivre porte également son attention sur les arbres fruitiers tels que le manguier, le mangoustan, le cacaoyer... Sa résidence de Mont-Plaisir deviendra l'actuel jardin de Pamplemousses sur l'île Maurice, l'un des plus grands parcs botaniques du monde.

Jardin botanique royal de Pamplemousses fondé par Pierre Poivre ; gravure aquarellée des frères Rouargue, début XIXe siècle. Photo Jeanbor. © Archives Larbor

À noter

Port-Louis, capitale des Mascareignes, est considérée comme le port le plus sécurisé sur la route des Indes et acquiert une importance stratégique dont les Anglais sont bien conscients. Comme le souligne William Pitt, ministre de la Guerre, en 1761 : « Tant que les Français tiendront l'île de France, les Anglais ne seront pas maîtres de l'Inde ».

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