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Des mulets clonés font progresser la recherche contre le cancer

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Pour la première fois, un mulet s'est reproduit ! Par clonage d'un même fœtus, une équipe américaine a obtenu trois jeunes mulets en pleine forme. Ce travail spectaculaire n'a rien d'une lubie. Aboutissement de plusieurs années de recherche, il présente un double intérêt : c'est le premier clonage d'un équidé et il a mis en évidence la possible influence du calcium dans les cancers humains.

Mais quelle mouche a donc piqué l'équipe de Gordon Woods, de l'Université d'Idaho, pour décider de tenter le clonage d'un mulet, animal nécessairement stérile, issu du croisement d'une jument et d'un âne ?
C'est que jusqu'ici, le clonage des chevaux, d'un intérêt économique tout autre, a toujours échoué. Et puis, l'équipe est financée par un riche homme d'affaires de l'Idaho, propriétaire d'un superbe mulet de course, baptisé Taz...

Leurs travaux débutent en 1998, avec des résultats désespérants : après trois années et 134 implantations de noyaux de cellules de fœtus de mulet dans des ovules de jument, aucun développement d'embryon n'a dépassé quatre semaines.
Loin de les décourager, ces échecs répétés poussent les scientifiques à chercher le bug. En 2001, l'équipe pense tenir le coupable : le taux de calcium entourant les ovules chez la jument est particulièrement faible comparé aux autres mammifères. Ils l'augmentent. Bingo : le taux de réussite grimpe à cinq grossesses pour 84 tentatives.

Les tests ultérieurs ont clairement montré l'influence du taux de calcium sur la réussite du clonage. La réussite complète est arrivée en 2003. L'équipe a utilisé les parents du fameux Taz pour en obtenir un fœtus sacrifié à 45 jours afin d'en prélever des cellules. Leurs noyaux ont été transférés dans des ovules de jument, autour desquels le taux de calcium a été ajusté.
Après 113 essais, 21 grossesses ont été obtenues chez des juments, dont trois ont abouti à des naissances : Idaho Gem, le 4 mai, Utah Pioneer, le 9 juin, et Idaho Star, le 27 juillet.

Les résultats viennent seulement d'être publiés dans Science, après moult tests pour vérifier l'intégrité physique des trois frères de Taz. Les animaux se portent bien mais ces clones à l'ADN pourtant strictement identique ne se ressemblent que peu, ce qui démontre au passage l'influence des facteurs non génétiques (histoire de la grossesse notamment).

Idaho Gem, le premier mulet cloné Crédits : Libération

Mais le véritable héros de l'affaire, c'est le calcium. On a remarqué que les personnes atteintes d'un cancer métastasé ont des taux de calcium intracellulaire plus élevés que la normale.
Or, le cheval a semble-t-il un mécanisme de régulation du calcium intracellulaires différent du nôtre : ses globules rouges en contiennent peu - deux à trois fois moins que les globules humains - alors qu'au contraire le sang en est riche - 1,5 fois plus que chez l'homme. L'effet du taux de calcium, qui accélère le développement de l'embryon de mulet, apparaît particulièrement riche d'enseignements.
"Les similarités sont frappantes entre les métastases cancéreuses et la division embryonnaire, souligne Gordon Woods. Nous avons identifié un suppresseur du calcium intracellulaire et pensons que son manque dans les métastases est la cause profonde du niveau anormalement haut de calcium intracellulaire."

Et justement, les chevaux résistent particulièrement bien aux cancers, qui ne sont chez eux mortels que dans 8 % des cas en moyenne, contre 24 % dans l'espèce humaine.
Clonage possible d'étalons champions et meilleure compréhension des cancers humains : mules et mulets entraînent les chercheurs sur de nouveaux sentiers...

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