La rumeur disait que Napoléon avait été empoisonné à l'arsenic. © Danielle Bonardelle, Fotolia

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Napoléon empoisonné ? Probablement pas...

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La diplomatie et les médias bruissent de l'affaire de l'empoisonnement d'un ex-espion russe — et de sa fille. L'occasion de revenir sur une autre, bien plus ancienne et... plus douteuse. Depuis 1955, la thèse de l'empoisonnement de Napoléon à l'arsenic ne cessait en effet de gagner en crédibilité, notamment avec le raffinement des techniques d'analyses. Les spéculations allaient bon train concernant le ou les auteurs du crime. En 2008, cette thèse a été battue en brèche par une équipe de physiciens italiens.

Article paru le 20/02/2008

La thèse d'un empoisonnement de Napoléon est ancienne, mais plusieurs hypothèses s'affrontaient au sujet de la nature du poison utilisé. La plus convaincante avait été proposée en 1955 par Sten Forshufvud, un stomatologue suédois, doté de grandes connaissances en toxicologie. À la lecture des mémoires d'un compagnon de déportation de Napoléon à Sainte-Hélène (son domestique Marchand), il croit reconnaître une série de symptômes typiques d'une intoxication arsenicale.

En 1960, grâce au commandant Henry Lachouque, ancien conservateur adjoint du Musée du château de Malmaison, il obtient un cheveu de l'Empereur. Celui-ci est remis pour analyse au directeur du département de médecine légale de l'Université d'Édimbourg, le professeur Hamilton Smith. En utilisant une technique d'activation neutronique, il met en évidence la présence d'arsenic.

Napoléon en 1812 par David. © DR

La thèse de Forshufvud sera néanmoins ridiculisée par les historiens jusqu'à ce que des analyses supplémentaires sur d'autres cheveux à la fin des années 1990 et au début des années 2000, notamment par le professeur Pascal Kintz, révèlent effectivement un fort taux d'arsenic, bien supérieur à celui ordinairement observé de nos jours. Le meurtre de Napoléon semblait donc bien établi.

Ce qui ne l'était pas, c'était l'auteur du crime... S'agissait-il des Anglais, craignant toujours que Napoléon ne s'évade et ne regagne la France ? De Montholon, impatient d'hériter de Napoléon et de revoir sa femme, Albine, qui, bien qu'ayant été probablement la maîtresse de l'empereur à Sainte-Hélène, avait dû quitter l'île ?

La réfutation par la physique nucléaire

Toutes ces constructions, au moins celles concernant la thèse de l'empoisonnement à l'arsenic, viennent de s'écrouler après les analyses effectuées en Italie à l'aide d'un réacteur nucléaire par des membres de l'Institut National de Physique Nucléaire (INFN) des universités de Milan et de Pavie.

Le réacteur de Pavie, vue externe. ©INFN

En effet, toujours en utilisant des techniques d'activation neutronique, ils viennent de montrer que non seulement des cheveux de Napoléon étaient anormalement riches en arsenic depuis sa jeunesse, selon les normes toxicologiques actuelles, mais que c'était aussi le cas des cheveux de membres de sa famille !

Les échantillons de cheveux examinés datent, dans le cas de Napoléon, de son enfance en Corse, de son exil à l'île d'Elbe et enfin de son exil à Sainte-Helène. Ils ont été comparés à ceux de son fils, prélevés en 1812, 1816, 1821 et 1826, ainsi qu'à ceux de l'impératrice Joséphine, dont on possède des cheveux sur une large période s'étendant jusqu'à sa mort en 1814.

Ces différents échantillons proviennent du musée Glauco-Lombardi de Parme, du Musée Napoléonien de Rome et enfin, bien sûr, du musée du château de Malmaison.

Les cheveux ont été placés dans des capsules puis insérés dans le réacteur nucléaire de l'université de Pavie afin de subir un bombardement par les neutrons produits par les réactions de fission nucléaire. L'arsenic 75, en gagnant un neutron, devient instable et se désintègre par radioactivité bêta en émettant des rayons gamma.

Le réacteur de Pavie, vue interne. Notez la lumière bleue produite par l'effet Cerenkov. © INFN

En mesurant ce faible rayonnement à l'aide de détecteurs ultra-sensibles au germanium, les chercheurs ont découvert à leur stupéfaction que tous les échantillons possédaient un taux d'arsenic plus de 100 fois supérieur au taux normal observé aujourd'hui. Une telle quantité est d'ailleurs considérée comme dangereuse selon les normes toxicologiques actuelles.

La technique est très sensible à de faibles quantités d'arsenic dans des échantillons peu importants, et surtout, elle est non destructrice, un avantage évident pour des échantillons historiques.

La conclusion semble imparable : Napoléon n'est pas mort d'un empoisonnement à l'arsenic. Les conditions de vie de l'époque conduisaient donc à l'absorption de fortes quantités de ce poison et il faut probablement en revenir à la thèse d'une mort naturelle provoquée par un cancer de l'estomac.

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