L'analyse des dernières données de la sonde Messenger, avant son crash sur Mercure, a permis de plonger dans les archives magnétiques de la planète pour la première fois. Ses pôles magnétiques semblent avoir migré, au moins il y a environ 4 milliards d'années, un peu comme le font les pôles de la Terre avec les inversions magnétiques.

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La planète MercureMercure n'a été visitée par une sonde pour la première fois qu'en 1974, puis en 1975 et c'était par Mariner 10Mariner 10. Une autre sonde de la NasaNasa a pris la relève par la suite, MessengerMessenger (pour MErcury Surface, Space ENvironment, GEochemistry and Randing), qui s'est mise en orbiteorbite autour de Mercure en 2011 après un premier survolsurvol en 2008. Dans les deux cas, les sondes ont eu recours à l'assistance gravitationnelle. La sonde Mariner 10 avait d'ailleurs marqué son temps en étant aussi la première à utiliser l'assistance gravitationnelleassistance gravitationnelle pour entreprendre un voyage interplanétaire et la première à utiliser le principe de la voile solaire. Le système de contrôle d'attitude ayant subi une défaillance, les ingénieurs eurent l'idée d'utiliser la pressionpression des photonsphotons sur ses panneaux solaires pour maintenir l'orientation de la sonde.

Mariner avait permis de mesurer tout à la fois le champ de gravitégravité et, surprise, le champ magnétiquechamp magnétique de Mercure, semblable à celui de la TerreTerre, mais cent fois plus faible. Les planétologues de l'époque en avaient donc déduit que Mercure devait posséder un énorme noyau ferreux occupant 42 % du volumevolume planétaire, avec un rayon de 75 % de celui de la planète.

La présence d'un champ magnétique était étonnante. À cause de sa petite taille, on pensait Mercure ne devait pas avoir contenu assez de sources de chaleurchaleur, ni l'avoir suffisamment retenue, pour provoquer la fusionfusion d'au moins une partie de son noyau. Il faut en effet nécessairement les mouvementsmouvements d'un fluide chargé pour induire, par un effet dynamo analogue à celui produit à l'intérieur de la Terre, le champ magnétique observé. Les premiers calculs indiquaient un noyau complètement solidesolide, ce qui semblait ne pas être le cas. Par contre, que Mercure soit plus riche en éléments lourds et réfractairesréfractaires que la Terre n'était pas une totale surprise, eu égard aux modèles de formation du Système solaireSystème solaire, faisant intervenir un gradientgradient chimique contrôlé par la température décroissante, au fur et à mesure que l'on s'éloigne du SoleilSoleil dans le disque protoplanétairedisque protoplanétaire où sont nées les planètes. Malgré tout, un tel noyau ferreux laisse à penser que, comme pour le cas de la Terre, il s'est peut-être produit une collision avec une petite planètepetite planète, ajoutant son propre noyau ferreux à celui de la jeune Mercure.


Une série d'images de synthèse et réelles concernant la mission Messenger. © NASASolarSystem

Des laves magnétiques au fond de cratères d'impact

La sonde Messenger était prévue pour aider à préciser un peu tout cela. Au début de sa mission, le robotrobot de la Nasa orbitait à une trop grande distance de Mercure pour mesurer autre chose que le champ dipolaire, analogue à celui d'un barreau aimanté, produit par la partie fluide en convectionconvection du noyau de Mercure. Mais en 2015, peu avant sa chute délibérément provoquée sur la planète pour mettre fin à sa mission, elle a pu cartographier des détails plus fins du champ magnétique de la planète au point d'avoir accès en partie à sa composante générée par l'aimantationaimantation crustale thermorémanente.

De quoi s'agit-il ? Tout simplement, comme sur Terre, en grande partie de l'aimantation prise par des laveslaves qui se figent dans le champ magnétique de la planète. Elles conservent donc l'intensité et la direction locale de ce champ, parfois pendant des milliards d'années si les roches ne sont pas portées à des températures réinitialisant leur mémoire magnétique. Dans le cas de notre Planète bleue, ces roches ont permis de découvrir les migrations et mêmes les inversions des pôles magnétiquespôles magnétiques.

Les planétologues étaient particulièrement intéressés par les mesures au niveau de plusieurs grands cratères d'impact, similaires à ceux bien connus sur la LuneLune et dont les fonds sont justement occupés par d'immenses coulées de lave qui se sont épanchées à la suite des impacts. Malheureusement, les mesures ont été limitées à l'hémisphère Nordhémisphère Nord de Mercure à cause de la dernière trajectoire de Messenger.


Entretiens sur le géomagnétisme avec Gauthier Hulot, chercheur IPGP-CNRS, et des membres de l'équipe. La vocation des films de l'IPGP est d'ouvrir les portes des laboratoires et d'accompagner les scientifiques dans l'univers des géosciences. © IPGP

Mais, comme des chercheurs l'expliquent dans un article publié dans Journal of Geophysical Research: Planets, les cratères qui se seraient formés il y a entre 4,1 et 3,8 milliards d'années ont révélé une surprise. À un moment de son passé, plusieurs pôles ont existé qui non seulement n'étaient pas dans l'hémisphère Nord, mais bien dans l'hémisphère Sudhémisphère Sud, et surtout pas du tout proches du pôle Sud défini par l'axe de rotation de Mercure.

La conclusion semble imparable. Comme dans le cas de la Terre, le champ magnétique de Mercure a été capable d'évoluer fortement avec le temps, allant au-delà d'une composante principalement dipolaire et surtout quasi-parallèle avec l'axe de la rotation de la planète.

On peut donc se demander légitimement si Mercure n'a pas elle aussi subi des inversions magnétiquesinversions magnétiques (l'influence également d'un basculement de l'axe de rotation ne peut pas être exclue à ce stade. Peut-être en saurons-nous plus avec des nouvelles mesures du champ magnétique de Mercure avec l'arrivée en orbite de la sonde de l'ESAESA : BepiColombo.