La Pleine Lune apporte des maléfices, libère des monstres, excite les sorcières et rend fous les humains. © pict rider, Fotolia

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La Lune en 5 mythes et croyances qui ont la vie dure

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C'est la Pleine Lune, qui, ce soir, est « super » et même « bleue de sang ». Nos articles ont clairement expliqué que notre satellite est seulement un peu plus gros et un peu plus brillant (ce qui est une bonne occasion d'en admirer la lumière) mais que sa couleur ne changera pas. Décidément, la Lune semble encore aujourd'hui perturber nos intellects... C'est ce que montre cette sélection (incomplète) de croyances autour d'elle, le plus souvent fausses et qu'il semble impossible d'éteindre...

Pourquoi tant de buzz autour d'une Lune un peu plus grosse, associée à ce non-évènement d'une seconde Pleine Lune dans le même mois, curieusement qualifiée de bleue ? Sans doute parce que notre compagne nocturne nous fascine et qu'elle fait chavirer notre réflexion dans l'émotionnel. Sa pâle lumière renforçant encore les mystères de la nuit nous plonge, par notre mémoire sociale, dans les temps anciens, et, par nos propres souvenirs, dans notre enfance, aux âges de la peur du noir. La faible différence entre le cycle lunaire et celui des menstruations féminines a sûrement aussi renforcé cette idée d'une influence de l'astre sélène sur nos vies.

En cette nuit de superlune (invention d'un astrologue), les fantasmes se libèrent. Pour la plupart, les croyances liées à la Lune sont anciennes et, pour la plupart, également, contredites par l'observation. Mais il semble aussi que ces preuves restent sans effet sur les esprits. Si vous voulez garder vos amis, ne remettez pas en cause les effets de la Lune sur ceci ou cela. Si au contraire vous souhaitez vous détacher de certains d'entre eux, voici une liste de croyances mises à mal par l'observation.

Le nombre de naissances augmente les nuits de Pleine Lune

L'idée est assez répandue et bien ancrée. Comme les scientifiques doutent de tout et n'excluent rien, des études ont été menées mais aucune ne montre de grandes marées dans les maternités ni d'irrégularités suspectes dans les dates de naissance de la population. Pourtant... Une étude japonaise de 2016 trouvait un petit effet chez la vache de race Holstein avec davantage de mises bas entre la phase gibbeuse croissante et la Pleine Lune, du moins chez les animaux qui n'en étaient pas à leur première parturition.

Chez la femme, deux autres études, l'une en 1988 et l'autre en 2014, concluaient elles aussi à un tel biais statistique, la première la mesurant, comme chez la vache, chez les femmes qui n'en étaient pas à leur première grossesse. Dans les deux, en revanche, l'effet était très faible et même douteux dans la seconde qui observait des tendances inverses selon les mois. « Nos données nous permettent de conclure qu'il n'y a pas besoin d'augmenter le nombre de personnels soignants dans les maternités pendant ces périodes », concluait le travail de 2014.

Quand la Lune est pleine, les urgences aussi

L'idée semble solidement enracinée, même chez le personnel médical. Là aussi, des scientifiques ont épluché les chiffres. Nous avons trouvé deux études aux États-Unis, l'une en 2011, qui s'intéressait même au vendredi 13, et l'autre en 2015, qui prenait aussi en compte les naissances. Les deux conclusions sont identiques : pas de corrélations statistiques.

La première des publications rapporte que 40 % du personnel médical pense que la phase lunaire a un effet sur le comportement humain. Remarquons que l'observation peut correspondre à une réalité sans que notre satellite soit responsable puisqu'il suffit que de nombreuses personnes imaginent que la Lune change quelque chose en eux...

La Lune déclenche-t-elle l'accouchement ? Retient-elle au contraire les bébés ? Voilà un sujet de débat, le soir, à la veillée. © Jin, Fotolia

Jardiner avec la Lune, c’est évident

Voilà de quoi se fâcher avec tous les jardiniers. Décrits dans les revues spécialisées, les effets de la Lune selon sa phase, qu'elle monte ou qu'elle descende, qu'elle croisse ou qu'elle décroisse, sont présentés comme des vérités intangibles, qui ne peuvent être contredites que par des esprits bornés. Ces croyances en une influence de la Lune énervaient déjà le jardinier en chef de Versailles du temps de Louis XIV, au XVIIe siècle. Jean-Baptiste de La Quintinie avait, lui, vérifié et rien trouvé. Plus de trois siècles plus tard, il retrouverait les mêmes discours.

Pourtant, comme le souligne intelligemment une analyse publiée sur le site de l'observatoire de Paris, la relation avec le cycle lunaire tel qu'il est perçu peut exister, non pas par la gravitation ou quelque action mystérieuse, mais par l'intermédiaire de la météorologie. Ainsi, la « Lune rousse » d'avril à mai fait du tort aux jeunes pousses, affirme un dicton. Or, si la Lune est clairement vue, c'est qu'il n'y a pas de nuages et, à cette époque de l'année, cela signifie que l'atmosphère est froide. Des gelées sont donc possibles, ce qui n'arrange pas les affaires des jeunes végétaux. On peut remarquer que le dicton du jardinier est alors justifié, même si la cause invoquée n'est pas la bonne.

Blanchir le linge sur les prés lorsque la Lune est pleine

Ah qu'il est romantique d'imaginer les femmes d'antan étaler les draps sur l'herbe tendre pour que la Pleine Lune les blanchisse... La lumière lunaire est bien blanche, alors, pourquoi pas ? Bien sûr, la luminosité est extrêmement faible et rien dans le spectre réfléchi par le sol de notre satellite n'explique un quelconque effet sur le linge, ni même le « coup de Lune ».

Pourtant... En mai 1986, un astronome français, Jean-Paul Parisot, proposait une explication dans un article assez célèbre, La lune mange-t-elle les couleurs ? Selon lui, l'eau de la rosée serait enrichie en peroxyde d'hydrogène, H2O2 (« l'eau oxygénée »), laquelle serait (peut-être, tempérait-il) responsable de l'action blanchissante. Conclusion jamais démontrée. Ce travail reste à faire...

La Lune met l'eau en mouvement. Je suis fait d'eau. Donc, la Lune m'agite. CQFD. © Dsom, Fotolia

L’humeur lunatique

Bien sûr, il y a les loups-garous et aussi les « lunatiques » dont le nom vient de l'observation de malades mentaux dont les troubles s'aggravaient les nuits de Pleine Lune. Pourtant, aucune étude n'a montré des effets flagrants, si ce n'est (peut-être) cinq minutes de sommeil en moins chez les enfants.

L'une des opinions encore couramment entendues est que la Lune affectant les marées, elle a un rapport spécial avec l'eau, donc aussi avec celle de notre corps. Le contre-argument est facile, consistant à convoquer Isaac Newton qui a donné une bonne explication au XVIIe siècle. La Lune attire la Terre, jusqu'à soulever de grandes masses d'eau mais seulement sur de grandes échelles. L'action est celle de la gravitation et n'affecte pas que l'eau mais aussi les continents. Argument qui peut se retourner contre son auteur : du coup, l'action de la Lune sur les tremblements de terre s'ajoute à la liste. Une étude récente, publiée en janvier 2018, démontre l'innocence de notre satellite dans les séismes.

Mais quelle est la portée de ces arguments ? Si vous avez lu cet article jusqu'ici, c'est probablement que vous êtes en accord avec son contenu. Les autres l'ont déjà déserté. Peut-être s'y trouve-t-il quelques arguments utilisables lors de discussions amicales. Inutile, alors, d'asséner des conclusions scientifiques comme des vérités absolues. L'expérience montre que c'est contreproductif. Mieux vaut citer quelques études et insinuer le doute. Le doute, c'est le début de la sagesse.

  • Plusieurs croyances liées à la Lune, coriaces, traversent les siècles.
  • Quelques-unes seulement sont corroborées par les observations, qui montrent souvent des causes indirectes.