Si elle souhaite jouer un rôle de premier dans le programme international qui succédera à la Station spatiale internationale, la Russie doit changer d’époque. Cinquante ans après le vol spatial de Youri Gagarine, il est temps de changer de politique spatiale, qui s’appuie pour l’essentiel sur la modernisation régulière de technologies datant des années 1970. © Nasa

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Programme spatial : la Russie à la croisée des chemins

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Alors que l'on réfléchit au prochain grand programme international d'infrastructure spatiale qui succèdera à l'ISS, le spatial russe doit de nouveau se rendre incontournable, voire désirable. En début d'année, la Russie a dévoilé son programme spatial pour la période 2013-2020 qui fait la part belle au renouvellement de ses moyens d'accès à l'espace et à l'exploration.

La Russie vient de dévoiler un ambitieux programme spatial de quelque 70 milliards de dollars pour la période 2013-2020 conçu pour « veiller à ce qu'elle conserve son rang de puissance spatiale, renforce sa capacité de défense et stimule le développement de son industrie spatiale », explique le Premier ministre Dmitri Medvedev.

Si l'observation de la Terre, l'ISS et l'exploration de la Lune et de Mars tiennent le haut de l'affiche, l'essentiel de l'effort sera concentré sur l'accès à l'espace. Et pour cause : dans ce domaine, la Russie perd des plumes. Or, si jusqu'à tout récemment l'omniprésence des lanceurs russes sur le marché des lancements ouverts à la concurrence s'expliquait par leur faible coût et leur fiabilité, depuis deux ans, une série d'échecs et d'incidents leur a fait perdre de leur superbe. À cela s'ajoute la montée en puissance d'une gamme de lanceurs low cost de tous horizons (Chine, Inde, SpaceX) et du petit lanceur européen Vega, qui comptent bien effacer du marché les anciens missiles russes reconvertis en lanceur.

L'actuelle capsule Soyouz, seul engin aujourd'hui capable d'envoyer des hommes à bord de l'ISS et de les redescendre sur Terre. Pour la période 2014-2016, la Nasa a signé un contrat de 753 millions de dollars portant sur la formation, l’entraînement et le transport de 12 astronautes à destination de l’ISS. © Nasa

La Russie, bientôt un sous-traitant de l’espace ?

Sur le front des vols habités et de la desserte de l'ISS, la situation n'est pas aussi belle pour la Russie qu'on pourrait le croire, malgré son monopole. Il faut savoir que le programme de l’ISS vit certainement sa dernière décennie d'utilisation. D'ores et déjà, les partenaires discutent d'une prochaine collaboration politique et technique d'envergure dans l'espace au-delà de l'orbite basse. Autrement dit, si la Russie veut être une des nations motrices de cette future initiative, elle doit être en mesure d'apporter une contribution significative. Or, aujourd'hui, son seul attrait réside dans ses capacités à envoyer du fret et des astronautes à bord de l'ISS, située à quelque 350 kilomètres d'altitude. Mais pour l'après-ISS, il est question de l'orbite lunaire, voire d'un point de Lagrange.

Si la Russie n'est pas en mesure d'apporter une contribution majeure, elle court le risque de devenir un sous-traitant, certes prestigieux, mais un sous-traitant tout de même. Consciente de la situation et après plusieurs années de tergiversations, elle semble être en mesure de démarrer un programme de remplacement de ses systèmes de transport spatial. Si l'on se dirige vers une modernisation des cargos Progress en augmentant leur capacité et leur autonomie dans l'espace, pour les vols habités, il est question de relancer un projet qui date de 2009.

L'idée est de développer un engin qui pourrait voir le jour en 2017. Capable de transporter plus de fret que ne le fait l'actuelle capsule Soyouz et embarquer jusqu'à six astronautes (contre trois aujourd'hui), il ne sera pas seulement utilisé pour desservir l'ISS, mais également pour des missions lunaires ou martiennes.

Ces prochaines années, la Russie souhaite développer une nouvelle génération de transport spatial capable de rejoindre la Lune, voire Mars. © Anatoly Zak, 2012

Les pays émergents, futurs concurrents de la Russie spatiale

Enfin, pour conserver son rang de puissance spatiale et consolider ses partenariats qui lui assurent un certain nombre de débouchés industriels, la Russie, qui a toujours préféré la recherche de l'efficacité, devra investir beaucoup plus dans l'innovation. L'arrivée à maturité d'opérateurs privés et la montée en puissance de la Chine et de l'Inde, dont l'accélération de la maîtrise des technologies spatiales est remarquable, sonnent comme un avertissement pour l'industrie spatiale russe.

Jusqu'à tout récemment, la Russie était la seule alternative pour les pays qui voulaient développer des technologies spatiales à faible coût sans se soucier des règles américaines d'exportations Itar (International Traffic in Arms Regulations) de matériels sensibles. Résultat : l'État russe est devenu le fournisseur de bon nombre de pays en développement et a signé de nombreux accords de partenariat avec des pays comme la Chine, l'Inde, la Corée du Sud et des pays d'Amérique du Sud. À l'avenir, il n'est pas sûr que ces pays gardent des liens étroits avec la Russie. À l'image de la Chine, et de l'Inde dans une certaine mesure, ils souhaiteront trouver des débouchés pour leur propre industrie.

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