Sciences

L'irrésistible croissance de l'ISS

ActualitéClassé sous :Astronautique

-

La mission STS-110 qui vient de se terminer marque une étape capitale dans la construction de la Station Spatiale Internationale : la pose du premier élément de la grande poutre, véritable "épine dorsale" du vaste complexe orbital.

La section de poutre S-Zero. Le Mobile Transporter (MT) est visible au centre, en haut de l'image. Crédit Nasa.

Atlantis a décollé le 8 avril dernier, emportant, outre un équipage entièrement américain de sept astronautes, un élément de 12 tonnes dénommé S-Zero. Cette structure compliquée formée de poutrelles d'acier et de titane, parcourue de dizaines de câbles électriques, de canalisations et même d'un "chemin de fer" miniature, servira de point d'ancrage dans les mois et les années à venir de huit autres éléments, quatre à gauche et quatre à droite. Une fois assemblés, ces modules constitueront une énorme poutre de 108 mètres de longueur destinée à supporter, entre autres, les plus grands panneaux solaires jamais construits.

Première sortie

Après un arrimage avec l'ISS qui fut un modèle de douceur, un "véritable baiser" selon les astronautes eux-mêmes, les opérations pouvaient commencer, et l'élément S-Zero était extrait de la soute d'Atlantis le 11 avril sous le regard de Steve Smith et de Rex Walheim, sortis dans l'espace. Le bras manipulateur canadien Canadarm2 était, durant ce temps, manœuvré par Ellen Ochoa depuis l'intérieur de l'ISS. Notons en passant que ces missions délicates sont très souvent conduites par des femmes, dont la Nasa apprécie une prédisposition naturelle aux tâches manuelles de très haute précision.

Et alors que le lourd élément était placé en regard de ses ponts de fixation sur l'ISS avec une précision millimétrique, les deux astronautes procédaient à sa fixation définitive. Rex Walheim se fixait ensuite lui-même à l'extrémité de Canadarm2, afin que Ellen Ochoa puisse l'amener directement à l'aplomb des points où il devait travailler.

Deuxième sortie

Le surlendemain 14 avril, deux autres "marcheurs de l'espace", Jerry Ross et Lee Morin, parachevaient les fixations de la poutre. Pour Ross, cette sortie était la huitième, un record mondial. Les deux hommes, âgés respectivement de 54 et 49 ans, sont tous deux grand-père de deux petits-enfants ce qui leur fait mériter le surnom de "papys de l'espace".

Troisième sortie

Steve Smith et Rex Walheim quittaient à nouveau le nid douillet de l'ISS le 15, cette fois pour déployer et installer de nombreux faisceaux de câbles électriques le long de la nouvelle section. Ceux-ci achemineront les 110 kW produits par les générateurs solaires dès leur installation, et alimenteront aussi les nombreux appareils de servitude ou d'expérimentation qui seront fixés sur la structure. Ils installaient aussi un disjoncteur électrique, travail qui aurait dû être effectué lors de la première sortie, mais abandonné par manque de temps imparti. Chaque marche dans l'espace est en effet limitée à 7 heures 30, limite de sécurité au-delà de laquelle les astronautes pourraient commencer à manquer d'oxygène.

Quatrième sortie

La quatrième sortie, le 16 avril, promettait d'être palpitante. Il s'agissait à nouveau pour Jerry Ross et Lee Morin d'installer et d'expérimenter le MT (Mobile Transporter), un petit chariot de 855 kg monté sur rails le long de la nouvelle poutre et destiné à recevoir le Canadarm2. Lors d'un premier essai, il était prévu que le MT effectue trois allers et retours sur une distance totale de 21 mètres en s'arrêtant à plusieurs points d'ancrage, le but étant de tester sa capacité à se bloquer en position et s'en détacher à volonté. Au bout de cinq mètres, le MT se fixait automatiquement comme prévu au premier point d'ancrage, mais refusait obstinément de s'en détacher.

Après avoir été débloqué manuellement, le wagonnet se remettait enfin en mouvement, mais pour se fixer à l'arrêt suivant et ne plus vouloir en repartir. Les astronautes ainsi que les ingénieurs de la Nasa planchaient alors sur le problème, pour arriver à la conclusion que l'incident n'était imputable ni au MT lui-même, ni à ses vingt petits moteurs électriques, ni aux rails, mais bien à un simple réglage. En effet, l'arrêt automatique est déclenché par un système d'aimants incorporés aux rails, agissant sur des capteurs magnétiques du chariot. Mais ceux-ci sont très sensibles et nécessitent un réglage rigoureux. Or, leur étalonnement a été effectué au sol. Dans l'espace où aucune pesanteur ne se fait sentir, un très léger écart apparaît entre rail et roulements, ce qui suffit à modifier la perception. Un simple réglage au niveau de l'informatique de contrôle suffira à régler le problème.

Les dix hommes présents à ce moment à bord (neuf Américains et un Russe) pouvaient alors se congratuler, mission parfaitement réussie.

Le retour d'Atlantis était dès lors envisagé avec sérénité, et le 19 avril à 16h26 TU (12h26 locales), le commandant de bord Mike Bloomfield posait délicatement le grand oiseau blanc de deux milliards de dollars sur la piste 33 de Cap Canaveral, en Floride.

"C'était un superbe atterrissage, la meilleure façon d'achever une superbe mission", déclarait à l'équipage Leroy Cain, directeur de vol.

La prochaine mission d'assemblage est prévue pour le 30 mai 2002, la navette Endeavour emportant aussi un nouvel équipage d'occupation de l'ISS composé des Russes Valeri G. Korzun et Sergei Y. Treschev et de l'Américain Peggy A. Whitson.

Rama

Cela vous intéressera aussi