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FDLS2004 - La mission Deep Impact et les rencontres cométaires

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L'année 2004 aura été marquée par l'exceptionnelle observation du passage de la planète Vénus devant le Soleil précédé de quelques jours par la tenue à l'observatoire de Meudon de l'International Workshop on Cometary Astronomy co-organisé par la Société Astronomique de France et l'International Comet Quarterly, section cométaire de l'Union Astronomique Internationale.

Y était invité en tant que contributeur Mike A'Hearn, le concepteur d'une mission spatiale hors du commun : « Deep Impact » dont la cible sera la comète périodique 9P/Tempel 1. Date prévue de cette rencontre fracassante : le 4 juillet 2005.

Wilhelm Tempel et la découverte de 9P/Tempel I

Wilhelm Tempel, né en 1821 en Allemagne du Nord, est issu d'une modeste famille de 12 enfants. Il exerce son métier de Dessinateur-lithographe, d'abord en Allemagne avant de s'établir à Venise en 1854 où il commence à s'intéresser à l'astronomie. Installé sur l'escalier lombard du Palais des Doges il découvre le 2 avril 1859 la première de ses 17 comètes. Il découvrira Tempel I à l'observatoire de Marseille le 3 avril 1867. N'étant pas professionnel, cet amateur de talent sera d'abord rejeté de l'ensemble de la communauté scientifique de l'époque puis, devant l'évidence de la qualité de son œuvre, accepté et glorifié par cette même communauté. Très méconnu aujourd'hui encore, Wilhelm Tempel disparaît en 1889. Le peintre surréaliste Max Ernst lui rendra hommage en 1964 par une série de gravures éditées sous le titre Maximiliana ou la pratique illégale de l'astronomie.

4 juillet 2005 : chronologie de la formation du grand cratère

La mission « Deep Impact » va s'approcher de la comète 9P/Tempel 1 et lancer un impacteur d'un poids de 360 kg à la vitesse de 10km/sec sur son noyau. Au même moment, des observations seront alors conduites depuis un « orbiter » qui analysera les éjectas, dont une grande partie sera représentative du matériau d'origine de l'intérieur de la comète. Seront aussi étudiés les éventuels dégazages du noyau et le processus de formation du cratère.

© JPL

Le scénario devrait se dérouler comme suit :

- 3 juillet 2005 :

A la distance de 880000km de la comète et à 10,2km/sec par rapport à cette dernière : larguage de l'impacteur.

Manœuvre de ralentissement de la sonde de survol.

- 4 juillet 2005 :

L'impacteur frappe la face éclairée du noyau de la comète, formant un cratère de 100m de diamètre et 25m de profondeur, à 10000km de distance par rapport à la sonde de survol.

A l'instant T+961sec la sonde de survol va se rapprocher à 500km du lieu de l'impact puis se réoriente pour traverser la chevelure de la comète. Il n'y aura pas de prises de vue durant cette traversée

A l'instant T+1270sec, à la sortie de la chevelure, la sonde se réoriente vers le noyau avec remise en fonction des prises de vue.

A partir de T+3000sec
: début du transfert des images et des données vers la Terre.

Jusque J+28 : Transmission de données.

Août 2005 : fin de la mission.

A bord de la sonde se trouvent deux instruments consistant en une caméra et un spectromètre fonctionnant en lumière infrarouge, l'un à haute et l'autre à moyenne résolution. La caméra à haute résolution couvre un champ de 0,118° avec une résolution de 1,4 m/pixel à une distance de 700 km. La caméra à moyenne résolution couvre un champ de 0,587° avec une résolution de 7m/pixel à la même distance de 700. Ils observeront la glace et la poussière éjectées au moment de l'impact. Les spectromètres infrarouge couvrent la gamme de 1,05 à 4,8 µm avec un champ respectif de 1,45° et 0,29°.

L'impacteur est équipé d'un détecteur de cible et d'une caméra de pilotage. Il est en cuivre, ce qui le rendra facile à identifier dans les spectres une fois vaporisé et confondu aux éjectas de la comète. L'impacteur comporte un détecteur de cible, une caméra pour pouvoir le piloter.

Impact cométaire et science pour tous

Ce « Deep Impact » sera accessible à tous, non seulement via Internet mais aussi en direct pour les utilisateur d'une grosse paire de jumelles ou d'un petit télescope et tous les observateurs de comètes seront mobilisés pour la circonstance. Début juillet 2005, la comète 9P/Tempel I sera observable en France en début de nuit mais très basse sur l'horizon et dans un ciel crépusculaire depuis les régions situées au nord de la Loire. Voila donc une bonne raison pour envisager des vacances dans l'hémisphère austral, près du Tropique du Capricorne.

Impacts cométaires et célébrations en 2005

L'année 2005 sera marquée par le 100ème anniversaire de la disparition de Jules Verne et par le 80ème anniversaire de la mort de Camille Flammarion. Ces deux auteurs ont placé un impact cométaire avec notre planète au centre de deux ouvrages aujourd'hui devenus rares :  Hector Servadac pour le premier et La fin du monde pour le second.

A l'époque de ces auteurs la science populaire était à l'honneur et chacun croyait à la recherche de la vérité par la science, à l'image de la devise apposée au dessus du cadran solaire de l'observatoire Flammarion, situé à Juvisy sur Orge au bord de la Nationale 7 : Ad veritatem per scientiam.

On peut regretter cette époque car Verne comme Flammarion, Moreux, de Graffigny, et Rudaux un peu plus tard, savaient allier science et style, science et poésie, science et contemplation.

Tout était alors bon pour diffuser les connaissances scientifiques et Hector Servadac, paru en 1877, en est l'un des meilleurs exemples. Emporté sur une comète qui a arraché à la Terre une partie des côtes de la méditerranée, un groupe d'européens fait le tour du système solaire. Le français Hector Servadac prend la tête de cette petite colonie qui comporte, entre autres, le savant Palmyrin Rosette, des anglais, des russes, des espagnols, une italienne et un usurier allemand. Après un circuit de 2 ans, la comète revient frôler la Terre, et ses habitants en profitent pour regagner notre planète en s'élevant en ballon de l'atmosphère de la comète vers l'atmosphère terrestre.

La maison de Jules Verne à Amiens est devenue un musée ouvert largement sur le public. On ne peut malheureusement pas en dire autant de l'observatoire de Camille Flammarion livré à une lente agonie et à l'indifférence des pouvoirs publics. Cette demeure du XVIIIème siècle, transformée à la fin du siècle suivant en observatoire par son illustre occupant, a pourtant vu passer tout le monde politique, scientifique, artistique et littéraire de l'époque.

C'est à cet endroit qu'a été rédigé en 1894 un autre ouvrage où il est question d'impact cométaire : La fin du Monde.

C'est à cet endroit qu'a été rédigé en 1894 un autre ouvrage où il est question d'impact cométaire : La fin du Monde.

Ce roman d'anticipation décrit, au XXIVème siècle, la chute d'une comète sur la Terre suivie de l'intoxication d'une grande partie de la population par le monoxyde de carbone, identifié plus tard en grande quantité dans certaines comètes. Il s'agit aussi d'une opportunité pour Camille Flammarion de populariser ce que l'on savait à l'époque à propos des comètes et ce roman a fait aussi l'objet d'une adaptation cinématographique qui fut en même temps le premier film parlant français : La fin du Monde d'Abel Gance.

Réflexion personnelle

La Science est en fête et s'ouvre à tous les publics. Dans cette perspective, elle se doit tout au long de l'année aussi d'offrir la part de rêve dont elle est porteuse et de la mettre à disposition du plus grand nombre sous une forme et une expression qui la rende en mesure de susciter la curiosité et d'éveiller l'intérêt; et dans ce registre, même s'ils exposent des notions aujourd'hui élémentaires ... ou complètement dépassées ... des auteurs comme Jules Verne et Camille Flammarion ont encore beaucoup à nous apprendre.

Camille Flammarion a vécu la fin d'un monde scientifique basé sur des principes issus des théories de Newton ; il était d'ailleurs particulièrement incrédule vis-à-vis des théories d'Einstein. A la différence de cette époque, la science a aujourd'hui des retombées évidentes dans la vie quotidienne d'une population qui en veut toujours plus.

Durant cette Fête de la science, ayons donc aussi une petite pensée pour les trois quarts de la population de notre belle planète bleue qui n'auront, de leur vivant, jamais le privilège d'assister à ces évolutions.

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