Les progrès en imagerie ces dernières années ont apporté un souffle non négligeable à l’archéologie. Grâce à la télédétection par drones, des détails à propos de la ville de Lagash, située au sud de l’Irak actuel, refont surface. Le terrain est dorénavant sableux et sec, mais il faut s’imaginer que la ville mésopotamienne était très probablement composée d’îles au sein de marécages.

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[EN VIDÉO] Le drone au service de l'archéologie Avec un drone à quatre hélices, capable de voler en autonomie ou en mode manuel, les archéologues réalisent un relevé topographique d'un site. Les données (altitude, longitude et latitude), mesurées au GPS et associées aux photos (phase de capture), servent ensuite (étape de reconstruction) à réaliser un modèle numérique à trois niveaux (topographie, relief et images), utilisable par un archéologue (visualisation). © Iconem

C'est parfois en haut de tertres artificiels que les archéologues en découvrent davantage à propos d'anciennes villes de Mésopotamie. En effet, certains sites en hauteur permettent de mieux comprendre l'implantation et l'évolution des cités-États de cette région faisant partie des plus anciennes du monde. C'est le cas du site de Tell al-Hiba, étudié par l’équipe du Lagash Archaeological Project, qui s'étend sur 600 hectares et a été occupé du cinquième millénaire à la moitié du second avant notre ère.

En fouillant et en étudiant les plans d'anciennes cités-États, les archéologues souhaitent comprendre comment se sont formées ces zones capitales de l'histoire ancienne. Et s'il est plutôt admis que les villes se construisaient autour d'un édifice religieux, le site de Tell al-Hiba dénote. En effet, les images prises grâce aux drones suggèrent une organisation et une évolution différente.

Position de la ville ancienne de Lagash en Irak actuel. © <em>Lagash Archaeological Project</em>
Position de la ville ancienne de Lagash en Irak actuel. © Lagash Archaeological Project

Des marécages et des canaux 

Face aux temps d'occupation très longs des villes mésopotamiennes, il faut imaginer que de nombreux facteurs ont pu faire changer les zones de vie en question. C'est ce qu'avance l'archéologue Emily Hammer de l'université de Pennsylvanie en proposant, au regard des images, que le site de Tell al-Hiba aurait évolué autour d'îles implantées dans des zones aquatiques et marécageuses. Ainsi, chaque île aurait bénéficié d'implantations d'individus et ces derniers se seraient déplacés le long des canaux. Cette idée induirait que les habitants de l'époque se seraient organisés pour assurer leur logistique par le biais d'une navigation adaptée. 

Combiner l’imagerie et les fouilles archéologiques 

Cela fait dorénavant plusieurs années que le site est fouillé par les archéologues du projet, et l'apport des images satellitaires et par drone permettent d'orienter également les futures recherches en matière de fouilles. Lors d'épisodes de pluie, les images prises depuis le ciel permettent de deviner les fondations de constructionsconstructions et les fouilles complètent ces données en les attestant ou non. Si l'hypothèse d'une ville construite en zone marécageuse est attestée, les équipes pourront travailler à trouver les restes des constructions liées à des usages aquatiques comme des ports. Il sera également possible de déterminer l'organisation spatiale et urbaine de la ville ainsi que ses quartiers au fil des siècles.

Les prochaines campagnes de fouilles seront déterminantes pour comprendre en quoi la ville de Lagash est typique du sud de la Mésopotamie ou non, mais également pour comparer avec les villes du nord et du sud anciennement situées dans le croissant fertile.