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Un lanceur russe Proton perd un satellite et essuie un nouvel échec

ActualitéClassé sous :accès à l'espace , International Launch Service , échec Proton

Mauvaise période pour le spatial russe : vendredi 15 mai, un cargo Progress amarré à la Station spatiale internationale qui devait corriger l'orbite de l'ISS a raté sa manœuvre car il n'arrivait pas à allumer certains de ses moteurs. Au sol, un lanceur Proton a quant à lui bien allumé ses moteurs et décollé parfaitement mais son troisième étage a connu un beau raté. Résultat : le satellite mexicain qu'il transportait n'a pas pu rejoindre son orbite et s'est écrasé au sol...

Cinquante ans après son premier vol en mai 1965, Proton compte 402 vols et quelques échecs qui ne doivent pas nous faire oublier qu'avec Soyouz il permet à la Russie d'accéder à l'espace en toute indépendance. © S. Corvaja, Esa

Malgré un lancement parfait depuis le cosmodrome de Baïkonour, le lanceur Proton d'International Launch Service (ILS) a raté sa mission et perdu le satellite de télécommunications mexicain Centenario qui devait être mis sur orbite 9 heures et 13 minutes après son lancement. Le décollage a eu lieu le 16 mai à 08H47 (heure de Moscou) depuis Baïkonour, au Kazakhstan.

D'une masse au lancement de 5,4 tonnes, ce satellite devait être placé sur une orbite géostationnaire à 113 degrés ouest de façon à fournir des services de communications au-dessus du Mexique et de la partie centrale de l'Amérique du Sud pendant au moins 15 ans. C'est Boeing qui l'avait construit.

Mais, un dysfonctionnement du troisième étage du lanceur, qui en compte quatre avec l'étage supérieur Breeze-M n'a pas permis au composite supérieur de se séparer du reste du lanceur. Le problème est survenu environ 8 minutes et 10 secondes après le décollage du lanceur. Il est trop tôt pour tirer des conclusions mais tous les lanceurs Proton sont cloués au sol en attendant les résultats de l'enquête. C'est évidemment un coup dur pour le secteur spatial russe et ILS qui commercialise sur les marchés internationaux le lanceur Proton.

Transfert d'un lanceur Proton sur son pas de tir du cosmodrome de Baïkonour. @ Roscosmos

Le Proton d'ILS sur la sellette

Ce nouvel échec arrive au plus mauvais moment pour l'industrie spatiale russe. Elle coïncide en effet avec la montée en puissance de SpaceX dont l'offre low cost séduit les opérateurs de satellites. En 2014, en termes de prise de commande, l'entreprise d'Elon Musk a fait jeu égal avec Arianespace remportant neuf des 18 contrats de lancements de satellites de télécommunications en orbite géostationnaire mis en compétition.

Après le retrait du marché de Sea Launch et son lanceur Zenith, la commercialisation future du Proton d'ILS s'annonce compliquée d'autant plus que cet échec fait suite à d'autres survenus chaque année depuis 2010 et que son remplaçant est annoncé d'ici quelques années (la famille Angara devrait lui succéder).

Ainsi, en 2012, à deux reprises le lanceur Proton a raté sa mission en raison d'une défaillance de l'étage supérieur Breeze-M. En août, il ne parvient pas à placer sur l'orbite prévue les satellites de télécommunications Express-MD2 (russe) et Telkom-3 (indonésien). En décembre, c'est le satellite Yamal-402 qui est placé sur une mauvaise orbite mais qui sera littéralement sauvé par Thales Alenia Space. Suivra en juillet 2013 la spectaculaire explosion en vol d'un lanceur Proton et des trois satellites de la constellation Glonass qu'il emportait. Enfin, un lanceur Proton-M a raté la mise en orbite du satellite de télécommunications russe Express-AM4R qui se désintégrera en vol, dans les couches denses de l'atmosphère, au-dessus du territoire chinois (mai 2014). On assiste peut-être à la fin du duopole formé par Arianespace et ILS, remplacé par celui formé d'Arianespace et de SpaceX.

Des lanceurs rustiques de la fin des années soixante

Pour expliquer cette nouvelle série noire dans l'histoire spatiale russe, il faut garder à l'esprit que la flotte des lanceurs date de la fin des années soixante. Bien qu'ils soient régulièrement modernisés et dotés de technologies étrangères, ces lanceurs restent rustiques et n'ont plus de potentiel de développement.

Or dans un marché très concurrentiel, ce retard technologique additionné à de réelles difficultés de financement oblige de faire certains compromis et arbitrages, multipliant les problèmes techniques et augmentant proportionnellement le risque d'accident grave.

Si la rusticité des systèmes spatiaux russes a toujours été compensée par leur fiabilité, le secteur spatial russe doit également composer avec la disparition de techniciens et ingénieurs de l'ère soviétique et l'arrivée d'une nouvelle génération qui manque d'expérience et aux salaires guère attrayants. Cela expliquerait pourquoi les précédents échecs de lanceurs russes ont tous été imputés à des problèmes de qualité et de fiabilité et non pas à des défauts de structure ou de conception.

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