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Le crash du lanceur Proton expliqué par des capteurs montés à l'envers

Une erreur humaine est vraisemblablement à l’origine de l’explosion du lanceur Proton au début du mois. La commission d’enquête chargée d’expliquer la chaîne d'événements à l'origine de cet échec travaille sur le scénario d’un capteur monté à l’envers. Les lancements de Proton pourraient reprendre dès le mois de septembre.

Les responsables de l'agence spatiale russe annoncent que les tirs du lanceur Proton pourraient reprendre dès le mois de septembre, ceux opérés par Roscosmos comme ceux d'ILS. © S. Corvaja, Esa Les responsables de l'agence spatiale russe annoncent que les tirs du lanceur Proton pourraient reprendre dès le mois de septembre, ceux opérés par Roscosmos comme ceux d'ILS. © S. Corvaja, Esa

Le crash du lanceur Proton expliqué par des capteurs montés à l'envers - 2 Photos

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Trois semaines après le crash d’un Proton, un début d’explication est donné à la perte du lanceur. Les responsables de l’agence spatiale russe (Roscosmos) sont convaincus qu’il s’agit d’un problème de qualité. Cet échec aurait été provoqué par le dysfonctionnement de capteurs de vitesse angulaire. Alexandre Lopatine, directeur adjoint de Roscosmos, a expliqué que « le système de commande du lanceur a signalé le dépassement de l'angle d'incidence limite à la 12e seconde du vol en raison du dysfonctionnement de capteurs de vitesse angulaire, probablement installés à l’envers ».

Le 2 juillet, quelques secondes après son décollage d’un pas de tir du cosmodrome de Baïkonour, un lanceur Proton a perdu sa stabilité et s’est écrasé, provoquant sa destruction et celle des trois satellites Glonass qu’il emportait. À la différence des lanceurs occidentaux, dont Ariane 5, qui disposent d’un mécanisme d’autodestruction, les lanceurs russes n’en sont pas équipés. En cas d’anomalie, un programme les fait dévier de leur trajectoire pour les amener à s’écraser sur une zone inhabitée et sans infrastructure. Cela explique pourquoi il n’y a eu aucun blessé et aucun dommage sur le cosmodrome.

Qualité du travail dans l'industrie spatiale russe en question

Sur les six capteurs du lanceur Proton installés en novembre 2011, trois ont été montés à l’envers. Le fait est surprenant car les procédures prévoient trois vérifications : par la personne qui a installé le capteur, son chef d’équipe et enfin le responsable de la qualité. Chacune doit signer une validation. Si ces vérifications ont bien été faites, on peut s'étonner que personne n’ait remarqué la mauvaise installation d'un capteur sur deux.

Une vérification des lanceurs construits depuis cette date et qui n’ont pas été lancés (il en reste quatre) est en cours. À l’avenir, les procédures de qualité seront renforcées et toutes les étapes de la production des lanceurs seront filmées, ce qui n’est le cas aujourd’hui que pour quelques-unes d'entre elles.

Vue d'une toute petite partie du cosmodrome de Baïkonour, depuis les installations de Starsem. Le crash d’un lanceur Proton le 2 juillet dernier n’a pas endommagé les infrastructures du cosmodrome.
Vue d'une toute petite partie du cosmodrome de Baïkonour, depuis les installations de Starsem. Le crash d’un lanceur Proton le 2 juillet dernier n’a pas endommagé les infrastructures. © S. Corvaja, Esa

Restructuration du secteur spatial russe

S’il s’agit bien de la cause de l’échec du Proton et non d’un problème plus profond (comme un défaut de structure ou de conception), les lancements de Proton pourraient reprendre dès le mois de septembre. Depuis l’entrée en service de ce lanceur, en 1965, 388 lancements de Proton ont été réalisés, toutes versions confondues, pour un total de 23 échecs.

Débutées dans les années 2000, la restructuration du secteur spatial russe et la modernisation de son industrie ne se font pas sans heurts. Entre décembre 2010 et juillet 2013, neuf lancements se sont soldés par un échec total ou partiel. Pour expliquer cette série en cours, certains évoquent cette restructuration, qui s’est traduite par une baisse du nombre d’industries et la réduction des surcapacités du secteur. Cette remise en cause du modèle russe ne s’est pas faite sans mal. Le remplacement d’une main-d’œuvre vieillissante rompue aux systèmes qui datent des années 1960 par de jeunes ingénieurs et techniciens aux salaires guère attrayants a vraisemblablement une part de responsabilité dans les problèmes de fiabilité et de qualité rencontrés ces dernières années. Ils ont provoqué quelques échecs, dont certains significatifs, comme la perte de la sonde Phobos-Grunt.


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