Santé

La notion de Microvacuole

Dossier - Main, peau et glissement : Opinions nouvelles sur la matière vivante
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Spécialisé en chirurgie réparatrice, le Dc Guimberteau vous propose de découvrir les tissus de la main, la reconstruction des tendons fléchisseurs des doigt et la souplesse mécanique du tissu assurant le glissement.

  
DossiersMain, peau et glissement : Opinions nouvelles sur la matière vivante
 

Au gré de 30 ans de dissections chirurgicales et surtout de 215 observations réalisées sous video-endoscopies (163 sous garrot à la racine des membres et 52 sans garrot) en zones surtout thoraciques et abdominales, enregistrées et analysées, nous pouvons affirmer une totale continuité tissulaire entre tous les acteurs d'une anatomie trop compartimentée traditionnellement.

Quand on réfléchit au fait que lors des mouvements les plus amples par exemple, l'ensemble peau, artères veines, nerfs, muscles et tendons se déplacent tous dans le même sens, sans rupture, sans hémorragie et capables de revenir au statu quo ante instantanément, nous devons apporter une explication conforme à nos observations, conformes aux données actuelles et ne plus se contenter de données datant de plus d'1 siècle observées chez le cadavre conclues avant le microscope électronique, l'ère biomoléculaire.

Figure 1 © ADF Video Production

La simple observation de pouvoir soulever la peau, (Fig.1) la voir se redraper, reprendre sa forme et sa texture initiale en quelques secondes est certes très banale mais en fait, trés interrogative quand on pense à tous les éléments rentrant en jeu. Le constat est le même lorsque l'on ferme les doigts et que l' on pense à la progression du tendon fléchisseur tout au long de la paume.

Par ailleurs l'expérience chirurgicale nous montre les différences majeures dans la qualité des structures que nous avons l'occasion d'opérér, des peaux tendues, flétries, épaisses, minces, aqueuses ou sèches, fragiles ou résistantes.

Pendant des décennies, les explications scientifiques se sont bornées à la notion du concept d'élasticité ou de l'existence de tissu conjonctif lâche(connective tissue) lamellisé avec plus ou moins un espace virtuel, explications dont la biomécanique est plus que floue.

En dehors de ces concepts anciens, depuis plus de 50 ans, la recherche scientifique est passée au niveau microscopique et a abandonné le concept global, mésosphérique.

De plus même dans cette recherche, la cellule qui semble être l'élément vivant attractif, intelligent, organisateur et responsable a monopolisé toutes les énergies. Mais le milieu extracellulaire souvent représenté dans les manuels par quelques traits, quelques fibres a été sévèrement négligé. Enfin, cette recherche scientifique se fait au travers de la connaissance acquise par des expériences in vitro, sur des organes exclus de leur milieu naturel et les conclusions sont trop souvent bidimensionnelles.

Les notions de fascia, d'aponévroses doivent être complètement révisées car obsolètes sur le plan scientifique. Ce sont des valeurs de la fin du XIX éme siècle.

Un rôle majeur doit être redonné au constituant primordial qui est l'élément hydrique. L'eau est omniprésente dans nos structures et cela est parfaitement observable en sous cutané. Il ne peut être envisageable d'étudier l'organisation de la matière vivante sans s'attarder et inclure les lois élémentaires de la mécanique des fluides à savoir entre autres la pression osmotique et tension superficielle.

Méthode :

Nos études, tout d' abord, se sont concentrés sur les Zones de glissement des tendons fléchisseurs au poignet en Zone III.

Figure 2 © ADF Video Production

163 observations sont faites avec tout d'abord le garrot mis en place puis lentement et progressivement relâché de façon à avoir un flux sanguin suffisant pour remplir les structures vasculaires mais pas assez pour inonder le champ opératoire.

Figure 2 © ADF Video Production

Un endoscope stérilisé de 19mm de diamètre grossissant 25 fois, branché sur une minicaméra avec contrôle extemporané sur video-écran est introduit sous la peau.

Figure 2 © ADF Video Production

Lors d'une dissection au niveau du poignet, nous avons remarqué une image vasculaire facilement repérable et parfaitement instructrive.(Fig.2)

Figure 2 © ADF Video Production

Elle se modifiait curieusement pendant les mouvements de flexion et extension des doigts et m'a inspiré la ressemblance avec une voiture faisant le plein à une station service. La voiture étant le tendon qui va et vient, une image vasculaire longitudinale est le tuyau et une autre image vasculaire verticale, est la pompe à essence. Cette analogie facile a le mérite de montrer clairement que lors des mouvements, la pompe et la voiture ne vont pas à la même vitesse et que le tuyau va se plier ou s'étendre. Par ailleurs, les vaisseaux autour de cette scène, eux aussi vont à des vitesses différentes. Par exemple, le vaisseau N°3 va plus vite que la pompe mais aussi que la voiture. Donc, il existe différentes vitesses de progressions lors d'un mouvement et au sein d'une zone tissulaire homogène, non hiérarchisée et continue. Comment expliquer cette simple observation ?

- Evidence de la continuité de la matière et de l'existence d'un tissu - lien entre les différentes composantes fonctionnelles.

Figure 3 A © ADF Video Production

Les explications antérieures faisaient effectivement intervenir le concept de couches stratifiées coulissant les unes dans ou sur les autres ou le concept d'espace virtuel, plus facile à imaginer qu'à comprendre. Les notions de fascia, gaines synoviales, viscérale ou membraneuse, etc fleurissaient.(Fig.3A)

Figure 3 C © ADF Video Production

Pourtant, que ce soit la dissection chirurgicale qui ne peut trouver un plan net entre le tendon et le paratendon (Fig.3C) ou que ce soit les observations en microscopie électronique, nos observations minutieuses incitaient en fait à réaffirmer la notion de continuité de matière entre l'organe et la gaine de glissement.(Fig.3B)

Figure 3 B © ADF Video Production

On se trouvait alors confronté à cette nécessité incontournable, de poser le problème en terme de dynamique globale, de matière continue, d'introduire le concept de continuité tissulaire. Il fallait abandonner la perception d'un corps composé de divers éléments fonctionnel réunis.

Cette évidence d'une continuité totale de la matière vivante imposait d'inévitables contraintes nouvelles de lien, d'organisation et de comportement. Cependant cette démarche ne se faisait pas pour être en adéquation avec les tendances holistiques, elle s'imposait. Je ne voyais pas comment continuer d'accepter ces notions de fascia séparant les tissus en couches. C'était une logique d'obligation.

- Abandon de la théorie des espaces lamellaires, concentriques et stratifiés au profit d'une matière vivante continue dont l'unité fonctionnelle est la "Microvacuole"

Vidéo : La microvacuole (26.7 Mo) © ADF Video Production
Figure 4 A © ADF Video Production

Ce tissu est constitué de milliards de microvacuoles,(Fig.4A) dont les dimensions varient de quelques microns à quelques dizaines de microns, organisées sur une disposition chaotique, d'apparence fractale, apparemment semblables mais toutes uniques. Le volume vacuolaire constitué par les croisements des fibres ne peut que se concevoir dans les 3 dimensions de l'espace. La vacuole est un volume avec des parois, une forme, des côtés et un contenu.

Figure 4 B © ADF Video Production

La plupart des séquences mettent en évidence des formes pseudo-géométriques qui reflétent une répartition polygonale(Fig.4B). Elles ont des différences de taille en fonction du rôle dynamique. Plus le déplacement longitudinal sera important plus l'organisation vacuolaire sera fine et répétée, mais c'est toujours un cadre fibrillaire polyédrique avec un gel à l'intérieur.