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Vache folle : une remise en cause inquiétante des tests de dépistage ?

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La forme infectieuse du prion, rencontrée dans les maladies telles que les encéphalopathies spongiformes bovines (ESB) ou maladie de la vache folle, a été localisée pour la première fois dans des tissus où on ne l'avait jamais détecté, ce qui pourrait remettre en cause les tests de dépistage de la maladie et les mesures de prévention qui accompagne la consommation de viande bovine.

La protéine du prion existe sous deux formes, l'une pathogène et l'autre « normale », différant par leur structure tridimensionnelle.

Le prion est une protéine rencontrée normalement dans l'organisme. Dans certains cas, elle adopte une nouvelle forme et se transforme en agent infectieux, responsable de l'ESB chez les bovins et de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ) chez l'homme. Une nouvelle variante de la MCJ est apparue en 1996, elle affecte des patients plus jeunes, probablement contaminés suite à la consommation d'animaux atteints par l'ESB.

Spécialiste de l'étude de la maladie, l'équipe d' Adriano Aguzzi de l'hôpital universitaire de Zurich, en Suisse, s'est intéressée à la localisation des prions chez les animaux malades. Les études précédentes tendaient à prouver que les particules infectieuses s'accumulent principalement dans le cerveau et les intestins. Les résultats de la nouvelle recherche, publiés dans le journal Science (DOI 10.1126/science. 1106460), apportent de nouvelles données.

Les chercheurs ont testé des souris atteintes de cinq maladies inflammatoires du rein, du pancréas, et du foie. Ils leur ont injecté des prions infectieux, et constaté que dans tous les cas, l'inflammation chronique a causé une accumulation de prions dans les organes normalement non atteints. Par exemple, les souris diabétiques infectées par le prion ont accumulé la protéine infectieuse dans le pancréas, alors qu'il n'est pas atteint chez les souris en bonne santé soumises au même traitement. « L'organe se transforme en bioréacteur à prions » conclue Adriano Aguzzi.

Les scientifiques émettent l'hypothèse que ce phénomène est lié aux mécanismes d'immunité : quand une réaction inflammatoire se produit dans un organe, le système immunitaire produit des lymphocytes pour lutter contre la maladie. Ils libèrent une molécule, la lymphotoxine qui conduirait la cellule à générer des prions. Corroborant ce point de vue, l'équipe a trouvé que des souris dépourvues de récepteur à lymphotoxine ne présentent pas de prion dans les organes subissant une inflammation.

Si cette découverte est transposable au bétail, des organes auparavant considérés comme sûrs pour la consommation ne le seraient pas. « Les personnes, dans les pays touchés par l'ESB, continuent à manger des steaks car les autorités disent que si nous restons éloignés du cerveau et des tissus lymphoïdes, nous sommes en sécurité » déclare Adriano Aguzzi. Cependant, les recherches menées pour savoir où se trouve les prions chez le bétail incubant l'ESB ont été réalisées chez des animaux en bonne santé. Il poursuit : « si vous avez une vache atteinte par une maladie, ces règles ne s'appliquent plus ».

A l'heure actuelle, les programmes de surveillance européens testent le système nerveux central du bétail abattu présentant des signes de l'infection, sur la présupposition que chaque animal incubant la maladie ne présente pas de risque aux consommateurs tant que le prion n'est pas présent dans le cerveau.

Mais si des organes, touchés par une inflammation, sont infectés par le prion plus tôt que le cerveau - ce que semble montrer les premiers résultats de l'équipe d'Aguzzi - certains animaux dont le test du cerveau est négatif pourraient présenter un niveau important de prions dans d'autres organes...

Il est cependant important de rappeler qu'actuellement il n'existe pas de preuve expérimentale démontrant la transmission du prion à l'Homme par ingestion d'aliments contaminés. Ensuite, il faut aussi noter que toutes les contaminations expérimentales ont été réalisées par injection d'un concentré de prion (jusqu'à 1000 fois la dose léthale) directement dans le cerveau ou le péritoine des souris. Ceci ne représente évidemment pas les conditions dans lesquelles l'Homme risquerait d'entrer en contact avec le prion.

Pour l'instant, aucune modification des règlements existants n'est pas à l'ordre du jour, mais les organismes responsables des tests sur l'ESB ont déclaré qu'ils allaient se pencher sur l'étude de l'équipe Suisse.

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