Si l'on en croit une étude parue sur le site de l'American Journal of Physical Anthropology, les rapaces préhistoriques menaient la vie dure aux premiers hominidés. Des comparaisons entre des os de singes modernes, retrouvés sous des nids d'aigles couronnés africains, et les vestiges de l'enfant de Taung suggèrent que les aigles n'hésitaient pas à mettre nos lointains ancêtres au menu…
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L'enfant de Taung, dont on découvre le crâne ci-dessus, a-t-il été la proie d'un rapace préhistorique ? <br />Selon Scott McGraw, Tout semble l'indiquer... <br />(Crédits : University of Minnesota Duluth)

L'enfant de Taung, dont on découvre le crâne ci-dessus, a-t-il été la proie d'un rapace préhistorique ?
Selon Scott McGraw, Tout semble l'indiquer...
(Crédits : University of Minnesota Duluth)

L'enfant de Taung tué par un aigle ?

L'aigle couronné d'Afrique (Stephanoaetus coronatus) est un rapace de deux mètres d'envergure, pesant entre quatre et cinq kilos. Il est un redoutable prédateur de singes, qu'il chasse selon une tactique bien rôdée : après avoir effrayé femelles et enfants, il plante ses serres dans le corps de sa proie pour l'immobiliser puis lui porteporte à la tête le coup fatal.

Une équipe menée par le professeur d'anthropologie Scott McGraw, de l'université d'état de l'Ohio, s'est rendue en Côte d'Ivoire pour prélever sous les nids d'aigles couronnés quelques 600 os de singes, et a entrepris de les comparer au crânecrâne de l'enfant de Taung retrouvé en Afrique du Sud en 1924. Pendant longtemps, les scientifiques avaient attribué la mort de cet Australopithecus africanus de trois ans et demi à l'attaque d'un félinfélin. Mais l'enquête menée par Scott McGraw désigne un autre coupable : un rapace préhistorique. En effet, l'équipe a remarqué que les perforations et les griffures visibles sur le crâne de l'enfant correspondaient à celles observées sur les os des singes victimes des aigles couronnés. « Les aigles laissent des traces de becbec et de serres aisément reconnaissables sur le visage et dans les orbitesorbites. Les restes de l'enfant de Taung présentent ces marques caractéristiques. », explique McGraw.

On aperçoit au premier plan un crâne de singe présentant une cavité sous l'oeil droit <br />Celle-ci serait le fait d'un aigle couronné africain <br />(Crédits : Photo by Jo McCulty, Ohio State University)

On aperçoit au premier plan un crâne de singe présentant une cavité sous l'oeil droit
Celle-ci serait le fait d'un aigle couronné africain
(Crédits : Photo by Jo McCulty, Ohio State University)

Les hominidés, des cibles potentielles pour les rapaces préhistoriques

Après avoir éclairci les circonstances du décès de l'enfant de Taung, les anthropologues ont choisi de dépeindre le profil des proies que pouvaient chasser les rapacesrapaces préhistoriques. En l'espace de trois ans, ils ont rassemblé 1.200 os d'animaux, tous découverts sous des nids d'aigles couronnées, et ont constaté que plus de la moitié (669) appartenaient à des primates. La plupart provenaient d'espècesespèces de singes de petite taille, pesant entre un et cinq kilogrammeskilogrammes à l'âge adulte, mais un tiers des échantillons correspondait à des os de mangabeys, les plus grands singes peuplant la forêt Tai de Côte d'Ivoire (cinq à dix kilos).

Cette découverte a étonné l'équipe, car les mangabeys sont moins représentés que les autres espèces dans la forêt, et sont davantage enclins à évoluer au sol que dans la canopéecanopée. Un dernier point qui, à première vue, semblerait les rendre moins vulnérables aux attaques d'aigles. « Tout semble indiquer que les aigles ciblent tout particulièrement les mangabeys, ces grands singes qui se font relativement rares. »

Ces travaux suggèrent qu'un oiseauoiseau de la taille de l'aigle couronné aurait été capable de s'en prendre à un jeune hominidé. Et en particulier à l'enfant de Taung, dont les archéologues estiment le poids à douze kilogrammes.

Ainsi, les rapaces préhistoriques étaient des prédateurs qui faisaient peut-être des jeunes hominidéshominidés leurs proies. McGraw propose de jeter un œilœil dans les collections des musées, pour vérifier si certains de nos ancêtres ne figuraient pas, eux aussi, à leur menu...