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L'énigme du sexe des mains négatives des grottes préhistoriques résolue

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C'est une première. Un logiciel mis au point par une équipe du CNRS détermine l'appartenance sexuelle des empreintes de mains présentes sur les parois des grottes préhistoriques. La communauté en est bouleversée.

Identification sexuelle des auteurs des mains de la grotte Gua Masri II, réalisée par le logiciel Kalimain, à partir de relevés effectués par L.H Fage. © A. Noury

Jean-Michel Chazine regarde d'un air ému sa feuille de papier A4 couverte de mains, reproduction des empreintes en négatif retrouvées sur la paroi de la grotte préhistorique de Gua Masri II, à l'Est de Bornéo (Indonésie). Il planche encore et toujours sur cet incroyable jeu de piste, sur la signification inconnue de ces mains dessinées selon le principe du pochoir. Mais depuis un mois à peine, un grand pas a été franchi, qui va sans doute bouleverser le monde de l'archéologie préhistorique... « Nous pouvons maintenant dire avec certitude que ces mains-ci appartenaient à une femme et que celles-là étaient des mains d'homme, et cela donne un tout autre relief à la scène ! », s'exclame l'ethno-archéologue CNRS du Centre de recherche et de documentation sur l'Océanie (Credo). Et pour cause... La ­disposition des mains sur le principal panneau étudié indique en plus une différenciation sexuelle voulue entre les hommes et les femmes. Une ­découverte qui offre aux chercheurs du monde entier un champ d'interprétations encore insoupçonnées !

Jean-Michel Chazine, lui, est impatient de leur faire partager le tout nouveau logiciel, Kalimain, mis au point en collaboration avec Arnaud Noury : un outil qui permet de déterminer le sexe des mains négatives dessinées dans les grottes. Explications : tout commence en décembre 2004, quand les chercheurs Kevin Sharpe et Leslie Van Gelder, spécialistes des traces de doigts, affirment la possibilité de déterminer le sexe de certaines mains négatives grâce à l'indice de Manning, d'après lequel le rapport de longueur entre l'index et l'annulaire serait représentatif de l'identité sexuelle de tout individu . Dans les premiers mois de la vie du fœtus en effet, des hormones différenciées influenceraient directement sur le développement de ces deux doigts. Les œstrogènes pour la croissance de l'index et la testostérone pour celle de l'annulaire ! Un Européen aurait un indice moyen de 0,96 et une Européenne, un indice proche de 1. Cet écart moyen entre les hommes et les femmes se vérifierait toujours.

Jean-Michel Chazine a alors l'idée de transposer cet indice pour décrypter le sexe des empreintes de mains préhistoriques. Il contacte Arnaud Noury, archéologue devenu informaticien. Dix jours plus tard, il reçoit le premier résultat. Ce test est émouvant. Chazine voit apparaître sur son ordinateur le panneau de mains qu'il étudiait depuis des années, mais cette fois-ci, avec des marques rouges pour les femmes, bleues pour les hommes... La paroi parle enfin : il y a une organisation délibérée des mains. Et bien plus, il apparaît clairement sur l'image que mouvements et répartition entre hommes et femmes ne sont pas les mêmes d'un endroit à l'autre. Alors que signifient ces mains ? Le mystère plane toujours. Une seule chose est sûre... « Les pochoirs répondent à un besoin spécifique, explique Chazine. Prenez la grotte de Masri. Elle ne comporte que des empreintes de mains négatives. Et elle n'a jamais été habitée... Donc si à certains moments des hommes sont venus spécialement là pour y apposer leurs mains, c'est certainement dans un but très précis, et selon certaines règles. Hommes et femmes n'ont d'ailleurs pas mélangé leurs mains. » Mais le chercheur a sa petite idée : ces mains seraient des représentations symboliques et correspondraient sans doute à des rituels thérapeutiques, magiques, religieux ou divinatoires, ou bien témoigneraient de séances d'initiation. Reste encore pour le chercheur et l'informaticien à affiner ce logiciel, pour enfin corréler chronologies et localisations, avec la quantité de mains apposées, leurs similitudes et dissemblances, les liens entre motifs et couleurs. Et déterminer, peut-être, grâce aux différences de répartition sexuelle, certaines ères culturelles de la Préhistoire.

En tout cas, grâce à cette nouvelle détermination, c'est un champ immense d'interprétations nouvelles qui s'ouvre, partout où, dans le monde, on a trouvé des empreintes de mains négatives.

Camille Lamotte

Contact

Jean-Michel Chazine
Credo, Marseille
jm.chazine@wanadoo.fr

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