Un peer-reviewing (examen par les pairs) extrêmement long pour une étude qui infirme l'hypothèse du protocole « Raoult ». © Stokkete, Adobe Stock
Santé

Pourquoi une étude qui infirme le protocole Raoult a mis autant de temps à être publiée ?

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Une nouvelle étude parue dans l'International Journal of AntiMicrobial Agents (IJAA) conclut à l'inefficacité de l'hydroxychloroquine et de l'azithromycine sur les personnes non hospitalisées. La durée relativement longue du peer-reviewing (examen par les pairs) interroge, surtout dans une période où nous n'avions pas encore de vaccin et où l'engouement sur ce protocole était encore d'actualité. 

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Depuis le début de cette pandémie, l'Institut Hospitalo-Universitaire (IHU) de Marseille soutient que son protocole thérapeutique est efficace au tout début de l'infection. Même si le rationnel préclinique ne soutenait pas cette hypothèse, de nombreuses études ont été menées sur le sujet. Cependant, toutes ne se valent pas. Depuis la publication de l'étude initiale de l'IHU en mars 2020, cette dernière a soulevé les critiques de la communauté scientifique médicale mondiale : méthodologistes, pharmacologues, cliniciens, virologues, etc.

Pourtant, depuis cette publication, l'équipe de l'IHU s'enlise dans une communication toujours plus bancale et toujours plus trompeuse sur sa chaîne YouTube, sur son compte Twitter, sur son site Internet ou encore dans des revues prédatrices. En effet, elle part du principe que son étude initiale prouve l'efficacité de sa bithérapie. Une affirmation infirmée par de nombreuses études depuis. 

L'étude qu'aurait dû mener l'IHU marseillais

Un essai clinique vient d'être publié dans le journal au sein duquel l'équipe de l'IHU avait publié sa première étude qui a fait tant parlé d'elle et pas pour de bonnes raisons. Il a été réalisé par une équipe brésilienne à l'hôpital de São Paulo. Conformément aux standards méthodologiques en vigueur pour déterminer l'efficacité d'un traitement (à ne pas confondre avec l'efficience), il est randomisé, en double aveugle et contre placebo. Son objectif : tester l'efficacité de la bithérapie sur un paramètre biologique, le même que dans la première étude de l'IHU : la clairance virale. L'étude en question est beaucoup moins obscure que sa consœur marseillaise : protocole précisé, détails sur le calcul du nombre de patients à inclure, rationnel concernant les doses de médicaments utilisés, etc. 

La bithérapie est inefficace chez des patients non hospitalisés avec peu de symptômes au début de l'infection dans cet essai clinique. © mbruxelle, Adobe Stock

Les résultats de cette équipe sont cohérents avec nos connaissances actuelles : la bithérapie hydroxychloroquine et azithromycine n'est pas efficace sur la clairance virale des personnes ayant contracté la maladie depuis peu (de deux à cinq jours dans l'étude) et ayant encore peu de symptômes. Concernant les paramètres secondaires, les auteurs ne constatent pas d'amélioration du groupe traité sur la résolution de symptômes à 21 jours. Comme souvent dans ce type d'étude, on regrette que des paramètres cliniques, comme la survie à 28 jours ou l'admission en réanimation, n'aient pas été mesurés. Cette étude comporte des limites majeures et, à elle seule, elle n'aurait pas pu infirmer complètement l'hypothèse. Ce n'est pas uniquement pour ces résultats que nous vous en parlons. 

Un examen par les pairs extrêmement long dans le contexte

En effet, le but de cet article n'est pas de vous conter une nouvelle fois la fable de l'hydroxychloroquine et de l'azithromycine. Nous possédons suffisamment d'éléments et d'arguments pour conclure fermement sur son inefficacité, et ce depuis plusieurs mois. Quelque chose de plus curieux a attiré notre attention et mérite qu'on s'y attarde. l'IJAA a reçu cette étude le 3 novembre 2020, il y a presque un an, donc. Sa publication effective après relecture par les pairs n'a eu lieu que très récemment, à savoir le 25 août 2021. En temps normal, un tel laps de temps n'est pas étonnant. Toutefois, il est devenu inhabituel dans le contexte pandémique de la fin d'année 2020, surtout concernant la question des traitements.

À cette époque, l'inquiétude était omniprésente, le flou régnait encore et les vaccins n'étaient pas évalués à l'aune des essais cliniques d'envergure qui ont eu lieu quelques mois plus tard. Par ailleurs, la grande majorité des revues avaient adopté un mode de relecture et de publication accélérée des articles qui concernaient de près ou de loin la Covid-19 et le SARS-CoV-2 afin que les scientifiques du monde entier disposent le plus rapidement possible d'informations potentiellement cruciales. Cette durée est également à mettre en regard avec la rapidité à laquelle l'étude initiale de l'IHU avait été publiée : quelques jours seulement.

Une publication rapide aurait permis d'éclairer grandement le débat, d'apporter une étude rigoureuse pour répondre à l'hypothèse émise initialement et de diminuer l'incertitude qui était encore prégnante dans la population. Néanmoins, étant donné qu'il faut toujours privilégier des hypothèses plus parcimonieuses avant de prêter une quelconque intentionnalité aux éditeurs de la revue en question, nous avons contacté l'éditeur en chef de l'IJAA, Jean-Marc Rolain, professeur à l'IHU de Marseille au sein du département agents antimicrobiens et résistance, surveillance et stratégies thérapeutiques. Nous n'avons pas encore reçu de réponse mais nous veillerons à mettre à jour l'article si nous recevons un retour de sa part. 

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