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Le virus de Schmallenberg, ce nouveau venu si mal connu...

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Un virus inconnu, apparu en 2011, suscite beaucoup d'interrogations. Nommé temporairement virus de Schmallenberg, il s'attaque pour l'heure uniquement au bétail. Qu'en savons-nous ?

Le virus de Schmallenberg s'est principalement attaqué aux moutons, puisque 172 cas des 186 détectés en Allemagne concernent l'ovin. Cependant, puisque les dégâts se manifestent à la naissance et que la période de gestation des vaches est plus longue, on pourrait constater une mortalité importante aux mois de février et mars chez les bovins. © Agriculture Research Service, Wikipédia, DP

Un virus inconnu il y a encore quelques mois éveille la curiosité des scientifiques. Découvert pour la première fois dans la ville de Schmallenberg, en Allemagne, il cause des malformations fœtales parfois mortelles chez des moutons, des vaches et des chèvres. Pour l'heure, on en ignore encore de nombreux paramètres, notamment son origine et les raisons de son émergence subite.

Depuis le mois de novembre, il frappe principalement les animaux en Allemagne (186 cas détectés), aux Pays-Bas, en Belgique, en Grande-Bretagne mais aussi en France, où 29 cas ont été rapportés au 1er février. Si les adultes ne manifestent que des symptômes mineurs (fièvre, chute de la production laitière, parfois des diarrhées sévères), les conséquences ne sont pas les mêmes lorsqu'il infecte une femelle gestante. Jusqu'à 50 % des nouveau-nés sont malformés, la plupart étant d'ailleurs morts dans l'utérus.

Ce virus inquiète les autorités sanitaires européennes, et il a été reconnu par le Comité permanent de la chaîne alimentaire et de la santé animale de la Commission européenne en même temps que par l'institut Friedrich Loeffler (FLI), l'institut allemand de recherche sur la santé animale.

La carte fournie par le FLI indique la distribution du virus de Schmallenberg en Allemagne le 27 janvier 2012. La ville de Schmallenberg, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie est un peu l'épicentre de l'épidémie. © Bodlina, Wikipédia, cc by sa 3.0

Que sait-on sur le virus de Schmallenberg ?

Commençons par ce que l'on sait. Le virus de Schmallenberg est transmis par un insecte type moucheron du genre Culicoides. Les animaux auraient été piqués durant l'été et l'automne, pendant la période de gestation. Aucune contamination d'animal à animal n'aurait été constatée. Mais rien d'affirmatif.

Le parasite a été isolé par des chercheurs et son génome a même été décrit. Il a été classé dans le genre des Orthobunyavirus, un groupe de virus bien plus commun en Afrique et en Asie qu'en Europe, s'attaquant principalement aux bovins. Cependant, ils seraient aussi une trentaine à pouvoir infecter l'Homme, dont le virus de La Crosse qui sévit en Amérique du Nord et cause des encéphalopathies.

Qu'en est-il du virus de Schmallenberg ? D'après les premières analyses, les scientifiques semblent plutôt optimistes en ce qui nous concerne. Dans un rapport émis par le Centre européen de contrôle et de prévention des maladies, à Stockholm, les auteurs concluent qu'il est « improbable que ce nouvel Orthobunyavirus puisse causer des maladies chez l'Homme, mais il est impossible d'exclure complètement cette hypothèse à ce niveau ». Ils se basent notamment sur sa proximité génétique avec trois virus de ce groupe (Akabane, Shamonda et Aino), tous inoffensifs pour l'espèce humaine. 

Les moucherons du genre Culicoides sont les vecteurs de la transmission virale. L'espèce (ou les espèces) responsable n'a pas encore été identifiée. Pour le moment, il n'y a pas de cas avéré de transmission d'un animal à un autre. © Scott Bauer, Agriculture Resource Service, DP

Un sérieux déficit de connaissances

Cependant, nos connaissances des Orthobunyavirus sont relativement minces, car « ils ont été négligés depuis longtemps » commente Jonas Schmidt-Chanasit, de l'Institut Bernhard Nocht pour la médecine tropicale. De ce fait, le mystère reste presque entier.

Les chercheurs tentent désormais d'accumuler les données pour prédire au mieux les effets constatés et tenter de mettre au point un remède pour le bétail. L'état de santé des éleveurs et des vétérinaires est étroitement surveillé. En parallèle, les États se partagent les recherches. Les Néerlandais se focalisent sur les moutons pendant que les Allemands concentrent leurs efforts sur les bovins. Le retard sera peut-être plus vite rattrapé...

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