Santé

Un vaccin oral contre la tourista bientôt en phase clinique

ActualitéClassé sous :médecine , vaccin , vaccin oral

Grâce à une nouvelle technique à base d'une résine spéciale, des chercheurs britanniques pensent avoir trouvé une solution efficace pour développer un vaccin oral contre la célèbre tourista, ou diarrhée du voyageur. Chez les souris, le succès espéré était au rendez-vous. Désormais, ils espèrent entamer prochainement les tests chez l'Homme.

La tourista concerne plus d'un quart des voyageurs se rendant dans des pays tropicaux modestes. Elle se contracte à la suite de l'ingestion d'aliments ou d'eau contaminés par des bactéries entérotoxinogène, certaines souches d'Escherichia coli en tête. Désormais, cette diarrhée du voyageur pourrait avoir son vaccin. © Geoftheref, Flickr, cc by nc nd 2.0

De quoi gâcher des vacances au soleil. Chaque année, des millions de touristes en visite dans les pays tropicaux ont le malheur de boire une eau contaminée par des bactéries pathogènes, qui causent des diarrhées gênantes. La tourista est rarement grave, excepté, parfois, pour les enfants ou les personnes âgées. Elle nécessite une bonne réhydratation et quelques jours sans éloignement excessif de toilettes.

Cette diarrhée du voyageur pourrait bientôt devenir beaucoup plus rare, si l'on en croit les espoirs de chercheurs de l'université de Cambridge. Avec la firme Prokarium, ils développent actuellement un vaccin oral qui immuniserait contre ces bactéries intestinales, et qui pourrait également permettre aux populations locales de profiter de campagnes de vaccination plus efficaces.

Déjà testé avec succès chez la souris, les scientifiques estiment que leur produit est prêt à être testé chez l'Homme et espèrent entamer les essais cliniques dans les mois qui viennent.

Les souches de la bactérie Escherichia coli dites entérotoxigéniques sont les principales responsables de la tourista. Les scientifiques comptent créer un vaccin qu'ils espèrent bientôt tester chez l'Homme. © Janice Haney Carr, CDC

Des obstacles à franchir pour les vaccins oraux

Les pays en voie de développement doivent faire face à un problème important : les vaccins injectables, et donc sous forme liquide, respectent difficilement la chaîne du froid pourtant nécessaire. Cette méthode préventive n'est donc pas la plus adaptée pour cette frange de la population mondiale.Les chercheurs planchent donc sur l'élaboration de vaccins oraux déshydratés. Mais cela demandent des efforts supplémentaires, car notre système digestif est un très bon antibactérien. La salive, l'acide gastrique et la bile détruisent bon nombre de bactéries avalées avant que celles-ci n'atteignent l'intestin grêle, zone à partir de laquelle le système immunitaire commence à détecter les intrus. Il faut donc s'assurer que son vecteur franchisse toutes ces étapes pour conférer une immunité à l'organisme.

L'idée première consiste à protéger le vaccin dans une capsule, pour préserver des effets de la salive. Lors de la deuxième étape, une seconde couche de revêtement doit supporter l'acide gastrique assez longtemps pour libérer le traitement au niveau de l'intestin grêle. Mais si en temps normal les bactéries résistent à la bile dans laquelle elles baignent, celles retrouvées dans le vaccin, sous forme déshydratées, deviennent alors sensibles. Il fallait trouver un moyen de contourner le problème.

À Cambridge, l'idée est venue de recouvrir les bactéries desséchées de résines apppelées séquestrants de l'acide biliaire. Connues depuis les années 1960, ces résines ont été testées pour faire baisser la cholestérolémie. Elles pourraient désormais trouver une nouvelle fonction.

Digérées progressivement par l'acide gastrique, elles deviendraient peu à peu perméables à l'eau avant de le devenir pour la bile. Cela laisse le temps aux bactéries de se réhydrater et ainsi de résister aux sécrétions acides hépatiques. Cette technique a été testée avec succès chez la souris. Désormais, les Britanniques comptent se tourner vers l'Homme.

Un vaccin contre la tourista bientôt en test

Ils comptent équiper une bactérie inactivée (morte) responsable de la fièvre typhoïdeSalmonella enterica, des antigènes des souches d'Escherichia coli entérotoxigéniques, responsables de la tourista. Cette salmonelle a la propriété de bien résister au système digestif et apporterait avec elles les motifs que le système immunitaire doit reconnaître pour se débarrasser du vecteur de la tourista. Ainsi, les individus vaccinés seraient immunisés contre le typhus et contre le principal responsable de la diarrhée du voyageur. C'est ce qui s'appelle faire d'une pierre deux coups.

L'objectif désormais est d'entamer les phases cliniques. Dans un premier temps, il s'agira de vérifier l'innocuité du produit, ce qui devrait être une formalité tant les produits utilisés ont été éprouvés, mais aussi de définir les doses de bactéries et de séquestrants de l'acide biliaire afin de déclencher la protection la plus importante. À terme, ce concept pourrait être extrapolé à d'autres pathogènes, afin de conjuguer la salmonelle à d'autres anticorps viraux ou bactériens.

Cela vous intéressera aussi