Certaines drogues sont plus addictives encore que la cocaïne, dont la dépendance est déjà redoutable. De nouveaux médicaments pour lutter contre la toxicomanie pourraient bientôt voir le jour. © Ferenc Szelepcsenyi, shutterstock.com

Santé

Toxicomanie : l’isradipine, un médicament contre les addictions ?

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En administrant à des rats un médicament contre l'hypertension appelé isradipine, des chercheurs ont réussi à bloquer les mécanismes à l'origine de la consommation de drogues. Une réelle avancée pour la recherche dans le traitement des addictions.

Dans les années 1970, les scientifiques pensaient que la toxicomanie n'était qu'un besoin physique surmontable par la seule force de la volonté. Aujourd'hui, grâce aux avancées de la recherche, on sait que les mécanismes qui entrent en jeu dans cette pathologie sont beaucoup plus complexes. Les scientifiques ont mis en évidence que le processus physiologique impliqué utilise le circuit de la récompense (d'où la sensation de plaisir) et de l'apprentissage ; il serait guidé par des stimuli enregistrés très fortement dans nos neurones à la manière du chien de Pavlov.

L'isradipine, un médicament utilisé dans le traitement de l'hypertension artérielle pourrait être la solution. Des chercheurs de l'université du Texas, à Austin, aux États-Unis, ont testé ce médicament sur des rats rendus dépendants à l'alcool et à la cocaïne. Les résultats de cette étude, publiée dans la revue Molecular Psychiatry, sont très encourageants.

La cocaïne, issue de la coca, se consomme le plus souvent sous forme de poudre. Elle est connue pour ses effets psychotropes et addictifs et est illégale dans de nombreux pays. © Drug Enforcement Agency, Wikipédia, DP

L’isradipine efface les souvenirs déclencheurs de manque

Après plusieurs jours de traitements, les chercheurs ont réussi à éliminer tout phénomène de dépendance. « Un des pilotes de la toxicomanie est le souvenir durable de déclencheurs comme les gens, les lieux, les images et les sons. La rencontre avec ces déclencheurs est connue comme principale cause de la rechute, explique Hitoshi Morikawa, professeur agrégé de neurosciences et chef d'équipe de cette étude. L'isradipine semble avoir effacé du cerveau le souvenir de ces déclencheurs qui induisaient une consommation de cocaïne et d'alcool. »

Pour arriver à ces résultats, les chercheurs ont, dans un premier temps, formé les rats à associer une chambre de couleur, noire ou blanche, avec la cocaïne et l'alcool. Puis ils ont testé leurs souvenirs. Dans 90 % des cas, les rats se sont spontanément dirigés vers la chambre de couleur correspondante à leur addiction. Puis, ils les ont séparés en deux groupes. À ceux du premier, ils ont donné une forte dose d'isradipine, avant de confronter de nouveau les rats au même choix. « Le jour où ils ont été traités, les rats sous traitement ont quand même choisi la pièce liée à leur consommation de drogues. Mais les jours suivants, ils n'ont plus montré de préférences particulières, ce qui n'a pas été le cas du groupe sans isradipine. Ce médicament qui cible les déclencheurs entraînant une dépendance pourrait ainsi aider le cerveau humain à oublier ses addictions », précise le professeur Morikawa.

Reste maintenant à poursuivre les essais sur l'Homme. La Food and Drug Administration américaine ayant déjà reconnu ce médicament comme étant sans danger, le temps d'attente pour obtenir l'autorisation et commencer ces essais ne devrait pas être trop long.

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