Santé

Les secrets génétiques de la bactérie qui nous donne mal aux dents

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Le génome de Bifidobacterium dentium a été séquencé. La nouvelle n'est pas anecdotique : cette bactérie est celle qui a appris à vivre sur nos dents et qui y creuse des caries. Son code génétique révèle son étonnante adaptation au milieu buccal et même aux dentifrices... Son principal secret : son adoration du sucre.

Bifidobacterium dentium a 32 dents contre nous... © Marco Ventura/ Laboratoire de Probiogenomique/Université de Parme

Elle s'appelle dentium de son nom d'espèce et Bifidobacterium pour son nom de genre. On pourrait la croire inoffensive et même bénéfique comme toutes les bactéries connues de son genre, plus connu sous son appellation de bifidus. Ces bactéries font partie de notre flore intestinale et participent à la digestion. Cet écosystème bactérien, encore très mal connu, est essentiel à notre bonne santé.

Mais si elle se prénomme dentium, c'est que la bactérie dont Marco Ventura, de l'Université de Parme, a séquencé le génome, vit sur les dents. Elle y prospère, même, alors que ce milieu n'est pas de tout repos, même sans brossage quotidien. L'équipe a découvert plusieurs gènes qui confèrent à B. dentium des capacités assez différentes de ses cousines vivant dans l'intestin, démontrant une adaptation remarquable au milieu buccal.

Cette bactérie a un vrai don pour métaboliser rapidement les sucres. Dans l'intestin, la flore s'intéresse aussi aux sucres apportés dans le bol alimentaire mais la situation est bien différente. Les habitantes de nos intestins disposent d'un apport de nourriture régulier et abondant, qui restera de longues heures à portée d'enzymes. En somme, les bactéries de la flore intestinale n'ont pas beaucoup d'efforts à faire pour se nourrir.

Dans la bouche, c'est une toute autre affaire. Les aliments ne font que passer, engloutis en quelques secondes. Seuls subsistent, parfois et par endroits, des restes alimentaires coincés entre deux dents. Certaines flores buccales ont la chance de résider chez une personne mal élevée qui n'a pas appris à se brosser les dents tous les soirs ou bien chez des populations où brosses à dents et dentifrices sont des denrées rares. Les bactéries ont alors toute la nuit pour grignoter les restes (car le milieu buccal est bien plus tranquille quand l'humain est endormi). Mais, même là, les quantités disponibles sont faibles et plutôt aléatoires.

Des gènes anti-dentifrice

En réponse, B. dentium a développé un arsenal enzymatique pour dégrader et récupérer les sucres le plus rapidement possible, ce qui lui permet de profiter de toute matière sucrée passant par la bouche.
Ce n'est pas son seul atout. L'équipe italienne a également découvert que B. dentium est armée contre les dentifrices. Exposées à ce genre de produit mais aussi à des antiseptiques, ces bactéries activent une batterie de gènes qui produisent des protéines capables de se lier à différents toxiques pour les inactiver.

Les auteurs ne concluent pas du tout à l'inutilité du brossage vespéral. L'action mécanique de la brosse est bien sûr capitale et le dentifrice fait tout de même du tort aux bactéries. Mais les auteurs soulignent que le principal ami de B. dentium est l'aliment sucré. En absorber régulièrement, voire la nuit sous forme de jus de fruit, est le meilleur cadeau qu'on puisse faire à cette bactérie pour qu'elle puisse vivre dans l'opulence sur l'émail et même dans la dent quand elle a pu la perforer pour s'offrir une carie.

Notre société a découvert l'hygiène, qui a fait reculer les maladies dentaires, mais elle a aussi inventé l'usage immodéré du sucre, qui a beaucoup profité aux bactéries de la bouche. Cet effet des glucides a été bien démontré lorsque l'armée des Etats-Unis a implanté des bases au Groenland durant la Seconde guerre mondiale. Les Inuits qui vivaient là, et se nourrissaient de la pêche et de la chasse, avec un apport en sucres très faible, ignoraient ce qu'était une carie. Mais ils l'ont appris très vite quand ils ont bénéficié des friandises américaines et des délicieuses boissons sucrées.

La conclusion des chercheurs est que les meilleures armes contre B. dentium sont l'usage du fluor et la pédale douce sur les aliments sucrés. Mais le séquençage du génome de cet ennemi intime pourrait aussi fournir de nouveaux moyens de lutte. En attendant ce jour, qui pourrait être lointain, il reste une règle : pas de sucre après le brossage des dents du soir...

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