Santé

MERS-CoV : et si le coronavirus dépassait le Moyen-Orient ?

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De plus en plus d'études suspectent le dromadaire d'être le vecteur du coronavirus MERS-CoV. Or, il semblerait que les camélidés contaminés ne se limitent pas au seul golfe Persique : il pourrait y en avoir aussi en Éthiopie et au Soudan, voire ailleurs en Afrique. Y a-t-il eu plus de malades humains que le décompte ne le laisse penser ?

MERS-CoV signifie Middle-East respiratory syndrome coronavirus, ou coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient en français, du fait de la région du monde où il a été détecté et où il continue de sévir. Pourtant, son aire de répartition pourrait être plus importante qu’on le croyait jusque-là. © NIAID, Flickr, cc by 2.0

D'où vient le coronavirus MERS-CoV ? Depuis le début des investigations, les suspicions portent principalement sur deux animaux : la chauve-souris, qu'on sait être un réservoir viral à l'occasion et qui avait transmis son cousin, le Sras, et le dromadaire, animal domestique courant au Moyen-Orient, point de départ de l'épidémie à l'origine de 182 cas, dont 79 décès. Différentes études incriminent les deux animaux et exemptent les autres. Par sa proximité avec l'Homme, le camélidé pourrait bien en être le vecteur malgré lui.

En effet, partout au Moyen-Orient, et même au-delà, en Égypte, de nombreux dromadaires portent dans leur sang des anticorps spécialement dirigés contre le coronavirus, traces d'une infection passée ou présente. Une recherche très récente publiée dans mBio sous-entend même que le virus circulait déjà en 1992 dans les cheptels ! Rien de si nouveau donc, et peut-être pas si cantonné que cela.

Une suspicion qui devient de plus en plus sérieuse après les nouvelles données apportées par Malik Peiris, de l'université de Hong Kong, accompagné de chercheurs égyptiens et états-uniens. D'après leurs résultats, accessibles dans Emerging Infectious Diseases, les dromadaires soudanais et éthiopiens pourraient également être contaminés.

Des cas humains de MERS-CoV en Afrique ?

Cette fois encore, les analyses ont été effectuées dans des abattoirs égyptiens. En tout, 52 prélèvements sanguins ont été effectués chez les animaux, et 48 d'entre eux portaient les anticorps contre MERS-CoV, preuve que l'infection semble fréquente chez les dromadaires. Des échantillons nasaux ont également été récupérés chez 110 camélidés. L'ARN du coronavirus a été retrouvé chez quatre d'entre eux, en provenance du Soudan et d'Éthiopie.

La diversité génétique des MERS-CoV retrouvés chez le dromadaire confirme les autres études qui précisent que le virus passe du camélidé à l’Homme et non l’inverse, surtout que les cas humains sont bien plus rares. © Bjørn Christian Tørrissen, Wikipédia, cc by sa 3.0

Reste à savoir si ces animaux ont été contaminés avant leur voyage depuis leurs terres d'origine ou bien s'ils ont attrapé le virus du fait de la promiscuité avec leurs congénères dans les abattoirs. Impossible de le déterminer dans ces conditions. Les intuitions de Malik Peiris le poussent cependant à penser que MERS-CoV ne se limite pas au Moyen-Orient, et pourrait bien s'être répandu sur de nombreux territoires africains. De nouvelles analyses in situ pourront confirmer, ou non, ses propos. Pour l'heure, aucun cas n'a été officiellement constaté sur le continent noir, mais personne n'en a cherché non plus...

Or, l'un de ces virus a été presque entièrement séquencé, et les auteurs notent une analogie de plus de 99 % avec les souches retrouvées chez les patients humains. Une proximité si importante qu'un spécialiste comme Christian Drosten, de l'université de Bonn (Allemagne), précise à Science Now qu'il le pense en mesure d'infecter l'Homme. Pas très rassurant donc.

Un mode de transmission mal maîtrisé

Les autorités sanitaires s'inquiètent également et commencent à s'interroger sur le nombre réel de cas humains. Car si l'Arabie Saoudite compte environ 260.000 dromadaires, il y en a près d'un million en Éthiopie et 4,8 millions au Soudan. L'épidémie ne serait-elle pas déjà devenue pandémie de manière insidieuse ? Les médecins risquent désormais de se pencher plus précisément sur les patients atteints de pneumonie sévère dans les territoires où les dromadaires sont communs.

Dans les abattoirs, 179 employés ont également fait l'objet de tests dans cette étude. Aucun d'entre eux n'était contaminé. Un résultat qui semble conforter l'idée que la transmission de l'animal à l'Homme n'est pas fréquente, bien qu'on ignore encore beaucoup du mode de contamination. Ce que l'on sait également, c'est que plus il y a de personnes infectées par MERS-CoV, plus le risque de mutation et de facilitation de la transmission d'Homme à Homme augmente. Il est donc primordial de ne pas laisser le temps au virus de causer plus de dégâts.

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