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La longévité humaine serait à sa limite

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Dans les pays où les centenaires sont les plus nombreux, dont la France, la longévité des personnes les plus âgées a beaucoup progressé entre les années 1970 et les années 1990. Mais depuis, elle stagne. Pourquoi ? Peut-être parce que l'augmentation de l'espérance de vie fait atteindre une limite, liée génétiquement à notre espèce, et qui semble être de 115 ans environ.

Pour arriver à cette conclusion, trois chercheurs du Albert Einstein College of Medicine, une faculté de médecine de New York, ont fouillé dans la base de données mondiale sur les centenaires, car il en existe une : IDL, pour International Database on Longevity. Xiao Dong, Brandon Milholland et Jan Vijg se sont d'abord intéressés aux quatre pays les mieux placés pour les « supercentenaires » (personnes de plus de 110 ans), à savoir les États-Unis, la France, le Japon et le Royaume-Uni.

À partir des années 1970, l'âge maximum au décès y a crû de manière forte, jusqu'au record de Jeanne Calment, en France (décédée à 122 ans en 1997). Mais à partir des années 1990, cet âge maximum diminue, jusqu'à tendre vers 114,9 ans. Les chercheurs (qui publient dans Nature) trouvent la même tendance en considérant non plus le record d'âge au décès mais le deuxième, le troisième... jusqu'au cinquième. D'après les chercheurs, la probabilité que dans un de ces quatre pays une personne atteigne 125 ans est inférieure à une chance sur dix mille. C'est surprenant, explique Jan Vijg, dans les colonnes de Nature News, car l'augmentation de la population mondiale devrait mécaniquement augmenter le nombre de supercentenaires. En 2014, une étude sur des anciens sportifs avait également, comme nous le rapportions, abouti à cet âge critique de 115 ans.

En abscisse, l'âge auquel est observé le meilleur gain de survie, pour les femmes (women) et les hommes (men) dans les quatre pays les mieux placés pour le nombre de centenaires. Ce calcul statistique rend visible le plafonnement à partir des années 1990 : l'espérance de vie des centenaires n'augmente plus. © Nature

Quelle est la limite naturelle d'Homo sapiens ?

Pour les chercheurs, cela signifie que les bonnes conditions de vie, la bonne alimentation et les soins médicaux ont permis d'augmenter, et permettent encore, d'augmenter l'espérance de vie générale, mais que dans les pays les mieux lotis la longévité atteint une limite naturelle, qui est celle de la génétique et qui caractérise notre espèce. Il est d'ailleurs connu que les individus ne sont pas tous égaux devant la longévité, toutes choses égales par ailleurs, et que des facteurs génétiques interviennent, comme l'avait montré cette étude que nous rapportions en 2010 sur la prédisposition génétique.

Rappelons que l'espérance de vie est une valeur statistique et indique la durée de vie moyenne d'une population. Par exemple, dire que l'espérance de vie à la naissance est de 75 ans dans tel pays signifie que, si rien ne change dans les conditions de vie, les bébés qui viennent de naître vivront en moyenne 75 ans. On peut aussi calculer l'espérance de vie à 20 ans, à 50 ans ou à 100 ans. Ainsi, dans les quatre pays cités, l'espérance de vie à la naissance pourrait encore croître. En revanche, ce que les chercheurs montrent, c'est que l'espérance de vie à 100 ans diminue.

On peut déjà remarquer que ces conclusions ne concernent que quatre pays et donc qu'il en existe beaucoup d'autres où les supercentenaires peuvent se multiplier dans les années à venir. Quant à la conclusion générale, elle questionne l'influence et l'efficacité des conditions de vie et de la qualité des soins médicaux. Pour les auteurs, il est possible d'amener davantage de personnes à des âges avancés mais, comme toute espèce, Homo sapiens a sa limite, qui semble programmée. Le débat qui s'ouvre est celui des manipulations génétiques ou d'autres modifications du corps humain : permettront-elles, un jour, de repousser cette limite, comme cela a déjà été fait par exemple sur des cellules sanguines de souris ?

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