Santé

Hépatite C : la piste du faux virus synthétique promet beaucoup

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Des équipes françaises viennent de présenter les premiers succès sur l'animal d'un vaccin expérimental contre l'hépatite C, une maladie grave, souvent chronique, touchant 200 millions de personnes dans le monde. « C'est une stratégie nouvelle et particulièrement prometteuse » nous explique David Klatzmann, qui a coordonné ce vaste projet.

Réplication d'un rétrovirus (virus à ARN), comme le VHC, vecteur de l'hépatite C. Une fois accroché sur la cellule, le virus est absorbé par endocytose (endocytosis). L'ARN du virus se glisse dans la machinerie synthétisant les protéines (protein synthesis) installée dans le réticulum endoplasmique. Ainsi détournée, cette mécanique chimique fabrique des protéines de virus qui forment une multitude de particules virales ensuite éjectées. © Graham Colm/Domaine Public

Un vaccin d'un genre nouveau s'est révélé efficace contre l'hépatite C chez les souris et les singes. Cette première réussite est prometteuse à plus d'un titre. D'abord parce qu'il n'existe actuellement aucun vaccin contre cette maladie, qui toucherait aujourd'hui environ 200 millions de personnes dans le monde et qui devient souvent chronique, faisant par exemple 2.600 victimes par an en France. (Depuis cette année existent deux médicaments, inhibant la multiplication du virus, le Boceprevir et le Telaprevir, qui viennent de recevoir une autorisation temporaire d'utilisation.) Ensuite parce qu'elle repose sur une stratégie innovante : la réalisation d'une sorte de faux virus synthétique, chimère d'un rétrovirus infectant la souris dont on a retiré le matériel génétique et de protéines du virus de l'hépatite C, le VHC. Appelée VLP (Virus-Like Particle), cette particule virale n'est pas la première du genre. On utilise déjà des VLP, notamment contre les papillomavirus responsables du cancer de l’utérus.

Cette piste était l'une de celles suivies depuis cinq ans dans le cadre d'un vaste projet, réunissant dix-huit équipes internationales, coordonné par David Klatzmann, immunologiste, notamment directeur du laboratoire Immunologie-immunopathologie-immunothérapeutique (CNRS, Inserm, université Pierre et Marie Curie). Plusieurs équipes françaises sont parties dans cette voie du VLP, à l'Institut Pasteur, de l'ENS, du CEA, ainsi que le laboratoire de David Klatzmann et la jeune société de biotechnologie Epixis. « Parmi toutes les voies explorées par les dix-huit équipes au départ, celle du VLP suivie par les laboratoires français s'est révélée la meilleure » affirme David Klatzmann, interrogé par Futura-Sciences.

Un VLP chimérique est constitué d'un virus (ici à gauche, en l'occurrence un rétrovirus infectant la souris), dont on a retiré les protéines de surface (en vert) et le génome. Cette base est alors recouverte de protéines prélevées sur l'enveloppe du VHC (en rouge). Injecté dans un organisme, ce faux virus déclenchera la réponse du système immunitaire dirigé contre les molécules de surface du VHC. © David Klatzmann/CNRS

Un rétrovirus décoré

Comment faire un VLP ? « En décorant un rétrovirus avec des protéines du virus de l'hépatite C, résume-t-il. Nous savons quelles molécules sont nécessaires pour constituer l'architecture d'un rétrovirus. Nous connaissons aussi les protéines caractéristiques du VHC et qui se trouvent à la surface. » Ainsi fabriqué, ce faux virus porte donc des molécules qui pourront être reconnues par le système immunitaire mais est bien sûr inoffensif puisqu'il ne contient aucun matériel génétique. Ce vaccin à VLP convient bien aux « virus enveloppés », nous explique le professeur Klatzmann : « ces virus, lorsqu'ils sortent de la cellule où ils se sont multipliés, emportent avec eux un morceau de la membrane cellulaire, qui les enrobe complètement. Les protéines à la surface du virus flottent donc, littéralement, dans cette membrane, faite de deux couches lipidiques ».

Le rétrovirus de souris inactivé utilisé pour ce vaccin expérimental mime très bien un véritable virus enrobé et les protéines à sa surface se trouvent dans la configuration qu'elles ont naturellement quand elles baignent dans ces couches de lipides. C'est pourquoi le VLP est à priori plus efficace que des nanoparticules sur lesquelles on aurait fixé les mêmes protéines.

Est-il effectivement efficace ? Oui, explique un article publié dans Science Translational Medicine qui rapporte les résultats obtenus chez la souris et chez le macaque. Les chercheurs observent une réaction immunitaire très ciblée par des anticorps neutralisants, c'est-à-dire précisément dirigés contre le virus et l'empêchant d'entrer dans une cellule de l'organisme. « Un virus qui n'entre pas dans la cellule est un virus mort » rappelle David Katzmann, puisque ces parasites ne peuvent se reproduire qu'en utilisant la machinerie génétique de la cellule infectée.

Selon les chercheurs, cette voie du VLP pourrait convenir pour des virus enrobés, comme ceux de la dengue et du Sida. « Nous avons commencé à étudier la pertinence de cette piste pour le VIH », confie David Katzmann, qui reste cependant très prudent. L'étape actuelle est de trouver des financements afin de mener des essais chez l'Homme pour ce vaccin expérimental contre le VHC. « Pour l'instant, nous pouvons affirmer que c'est une nouvelle stratégie vaccinale particulièrement intéressante. Il y a encore du chemin avant que nous puissions parler de réussite. »

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