Le vaccin contre la dengue sera disponible en 2015 ou 2016, d'après le Dr. Jean Lang, responsable du développement du vaccin chez Sanofi Pasteur, interrogé par Futura-Sciences. Ce vaccin semble efficace contre les quatre sérotypes connus et les essais cliniques sont en cours. Encore un peu de patience...
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Alors que la dengue sévit toujours aux Antilles (certes un peu moins), en particulier en Martinique et en Guadeloupe, déjà plus de 60.000 personnes ont été infectées par le virusvirus depuis le début de l'épidémieépidémie et 18 décès sont à déplorer. La population reste impuissante face à la maladie : non seulement les mesures de préventionprévention par démoustication ne sont pas à la hauteur mais les traitements ne ciblent que les symptômessymptômes de la maladie sans en traiter la cause. De plus, l'insecteinsecte vecteur, le moustique-tigre, est également présent en métropole.

Dans ce contexte, l'attente d'un vaccinvaccin se fait de plus en plus sentir. Mais où en sont les recherches à ce sujet ? Le Dr. Jean Lang, responsable du développement du vaccin contre la denguedengue chez Sanofi Pasteur, répond à nos questions.

Futura-Sciences : Quelles sont les mesures actuelles pour lutter contre la maladie et quels sont les enjeux d'un vaccin contre la dengue ?

Dr. Jean Lang de Sanofi Pasteur : Il n'existe aucun traitement spécifique contre la dengue. La seule mesure de prévention est la démoustication des zones infestées. Le moustique porteur de la dengue pique le jour, donc les moustiquaires autour du lit la nuit sont inefficaces. Une protection anti-moustique individuelle est recommandée. Seul un vaccin permettra de contrôler la transmission de la maladie. Il y a quatre sérotypes de virus de la denguevirus de la dengue qui circulent. L'enjeu est de développer un vaccin contre les quatre.

FS : Quelle est la stratégie de votre laboratoire pour élaborer ce vaccin ?

JL : La cible est la protéineprotéine d'enveloppe de chacun des quatre sérotypes de la dengue, protéine qui est responsable de l'induction d'anticorpsanticorps neutralisants. Nous nous sommes basés sur la souche vaccinalesouche vaccinale de la fièvre jaunefièvre jaune (YFV17D), qui est un vaccin possédant une excellente efficacité et innocuité. Les gènesgènes codant pour la protéine d'enveloppe (E) et la protéine prM (dont le produit de maturation, la protéine M, est également situé sur la membrane externe du virus) du virus dengue ont donc été échangés avec les gènes correspondants de la souche vaccinale de la fièvre jaune, et ce, pour chacun des quatre sérotypes de la dengue. La combinaison de ces quatre sérotypes génère le vaccin dengue tétravalent actuellement en développement. On obtient ainsi un vaccin vivant atténuéatténué, qui ne nécessite pas d'adjuvant.

Représentation schématique du virus de la dengue. Les protéines E et M sont ancrées dans l'enveloppe, qui entoure l'ARN génomique, lui-même encapsidé par les protéines de capside. © ViralZone

Représentation schématique du virus de la dengue. Les protéines E et M sont ancrées dans l'enveloppe, qui entoure l'ARN génomique, lui-même encapsidé par les protéines de capside. © ViralZone

FS : Quels tests avez-vous effectués en laboratoire avant de le tester sur l’homme ?

JL : Un très grand nombre de tests ont été effectués dans différents modèles afin de caractériser le vaccin et démontrer son innocuité et son immunogénicitéimmunogénicité. Les tests ont été effectués aussi bien sur des cellules dendritiques humaines in vitro que sur des primatesprimates non humains. Les résultats nous ont encouragés à poursuivre les étapes. Le vaccin a montré qu'il induit une réponse immunitaireréponse immunitaire contre les quatre sérotypes. Des essais à large échelle sont en cours pour évaluer si la réponse immunitaire est suffisante pour protéger contre la maladie.

FS : Où en sont les essais cliniques à l’heure actuelle et sont-ils déjà encourageants ?

JL : Des études cliniques chez les enfants, adultes et adolescents ont lieu en Asie et en Amérique Latine. A ce jour plus de 5.000 personnes ont reçu une dose au moins du vaccin tétravalent contre la dengue de Sanofi Pasteur. Le vaccin génère une réponse immunitaire équilibrée contre les quatre sérotypes du virus de la dengue et il est bien toléré.

FS : D’après vos estimations, quand le vaccin pourra-t-il être disponible ?

JL : D'ici 2015 à 2016.

FS : La population menacée y aura-t-elle facilement accès ?

JL : Sanofi Pasteur collabore avec les institutions internationales comme la Fondation Gates et le GAVI afin de permettre l'accès au vaccin par les populations les plus démunies. Historiquement, Sanofi Pasteur a toujours considéré l'accès au vaccin comme une priorité et la société a été le premier laboratoire à pratiquer les prix différenciés en fonction des capacités financières des pays.