Santé

Le bisphénol A en voie de bannissement des biberons français

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Le Sénat vient de voter une proposition de loi qui interdira la commercialisation en France des biberons contenant du bisphénol A suspecté de présenter un risque pour le développement du nourrisson et du fœtus.

Le bisphénol A : une petite molécule constituée de deux cycles aromatiques, à l'air inoffensif. Les chimistes l'apprécient car elle se laisse polymériser pour réaliser des polycarbonates et de résines époxy. Les industriels en consomment trois millions de tonnes par an pour fabriquer toutes sortes d'objets, dont les CD et les canettes de soda. L'organisme animal la reconnaît car elle mime (faiblement) l'action d'une hormone femelle, l'œstradiol. Elle est retrouvée dans les urines de 90% des habitants des pays développés.

Les sénateurs se penchaient aujourd'hui sur une proposition de loi du sénateur Yvon Collin (RDSE, Tarn-et-Garonne) qui entendait proscrire le bisphénol A, ou BPA, de tous les plastiques alimentaires. Leur décision finale est de limiter cette interdiction aux biberons et donc de suspendre la commercialisation des modèles en plastique qui en contiennent. Ce projet de loi doit maintenant être soumis à l'Assemblée nationale.

Au centre de bien des débats, cette molécule, connue pour ses propriétés endocrines, est suspectée de plusieurs effets nocifs sans que des preuves formelles aient été établies chez l'être humain. Les doutes concernent le développement du fœtus et du nourrisson, d'où les interrogations sur la présence du BPA dans de nombreux biberons en plastique. Le Canada les interdit déjà depuis 2008 et plusieurs villes françaises les ont bannis de leurs crèches.

L'Afssa (Agence française de sécurité des aliments) considérait ce produit, utilisé de longue date, comme inoffensif. Mais des recherches récentes ont ravivé les doutes sur le BPA et l'Agence s'est autosaisie en octobre 2009 pour effectuer une nouvelle étude passant en revue tous les travaux réalisés dans le monde.

Pas de preuve mais principe de précaution

Dans un communiqué publié le 22 mars, l'Afssa précise la période d'exposition critique, qui « s'étend de l'exposition in utero (via la femme enceinte) jusqu'à l'âge de 3 ans », en fait pendant le développement de l'appareil reproducteur et du système nerveux. L'étude note aussi que la puberté pourrait également être une période plus sensible à un perturbateur endocrinien comme le BPA mais aucune preuve de toxicité n'existe... car aucune étude n'a porté sur ce sujet.

L'Afssa, cependant, rapporte que les études périnatales (pendant la gestation et l'allaitement) menées chez les rongeurs « n'ont jusqu'à ce jour pas objectivé de risque pour la santé aux doses auxquelles le consommateur est exposé ». L'Agence souligne aussi que le produit de remplacement éventuel devra être évalué soigneusement...

C'est donc au nom du principe de précaution que les sénateurs se sont prononcés aujourd'hui.

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