Santé

L’algue tueuse est bien installée en Méditerranée

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Une algue microscopique d'origine tropicale sème toujours l'inquiétude sur le pourtour méditerranéen. Lors de ses épisodes de forte reproduction, l'algue peut en effet provoquer des troubles respiratoires, parfois sévères au point qu'un réseau surveille sa propagation.

Depuis une dizaine d'années, la mer Méditerranée est colonisée par une algue tropicale. © Vinbaron, Wikimedia, GFDL
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Un nouvel habitant de la mer Méditerranée provoque l'inquiétude du monde médical depuis une dizaine d'années. Pour mieux comprendre les problèmes soulevés et envisager des solutions adaptées, une conférence internationale sur le développement de l'Ostreopsis (ICOD) s'est tenue du 6 au 8 avril sur la côte d'Azur, à Villefranche-sur-Mer (Alpes-Maritimes).

Ostreopsis ovata, le nom de l'envahisseur, est une algue unicellulaire microscopique appartenant au groupe des dinoflagellés, ces curieux végétaux à deux flagelles nageant efficacement et abondants dans le plancton. Cette intruse vit habituellement dans les eaux chaudes des mers tropicales mais depuis quelques années les conditions climatiques changeantes lui ont offert l'opportunité de coloniser les mers des latitudes plus septentrionales, comme la mer Méditerranée, devenue pour elle un habitat accueillant.

Une espèce invasive toxique

Comme certaines espèces d'algues planctoniques, Ostreopsis ovata peut produire des palytoxines (toxine qui semble être un moyen de protection contre les prédateurs) dans certaines circonstances encore mal connues. On pense toutefois que leur multiplication soudaine, aussi appelée efflorescence ou bloom, favoriserait la sécrétion de la toxine. Plusieurs cas d'efflorescences associées à une mortalité de la faune marine auraient d'ailleurs été recensés au cours des dernières années.

Ainsi, à l'image d'autres espèces invasives qui provoquent des bouleversements écologiques parfois importants, cette algue semble être un problème pour les populations vivant dans les régions concernées par son apparition. Depuis 2002, date des premiers effets sanitaires enregistrés sur le pourtour méditerranéen, plusieurs cas groupés de symptômes respiratoires ont été imputés à Ostreopsis ovata.

Des troubles respiratoires

Si des plongeurs et des baigneurs ont été atteints de troubles bénins ou modérés, principalement au niveau de la sphère ORL (troubles irritatifs cutanés, muqueux ou respiratoires), nul besoin d'être dans l'eau pour être contaminé ! Le vent suffit à pousser les embruns vers la rive, où les microalgues sont inhalées par les promeneurs. En juillet 2005 notamment, sur les côtes génoises en Italie, l'inhalation des embruns contaminés avait provoqué une vingtaine d'hospitalisations et l'intoxication de 200 personnes.

Le réseau de surveillance et de prévention Ostreopsis en 2009. © Accord RAMOGE

Selon les observations du Centre antipoison et de toxicovigilance de Marseille, les effets peuvent apparaître très rapidement et se résorber spontanément en 12 à 72 heures, voire moins (4 à 12 heures) en cas d'administration d'anti-inflammatoires non-stéroïdiens, ce qui mène à penser que la réaction inflammatoire est due à un « contact massif avec des protéines hétérologues, et non à celle de l'action d'une toxine particulière ».

Ainsi, « plus qu'une gravité individuelle, c'est plutôt l'effet d'engorgement des services de soins, en cas d'afflux au même moment de centaines d'estivants exposés au bloom, qui est à craindre. D'où l'intérêt d'une anticipation dans l'information du public, l'organisation et l'orientation des prises en charge, et la sensibilisation des professionnels à ce tableau peu spécifique », expliquent les médecins du centre marseillais.

Un réseau de surveillance

Plus encore que l'inhalation donc, l'intoxication par voie alimentaire inquiète, même si aucune n'a encore été enregistrée en Europe. La toxine, au très fort pouvoir vasoconstricteur, peut en effet s'accumuler dans les animaux marins, qui lorsqu'ils sont consommés, pourraient provoquer la mort (de rares cas ont été décrits, notamment un homme de 49 ans ayant consommé un crabe contaminé aux Philippines).

De nombreux points concernant la biologie de l'algue restent mystérieux, notamment la dose minimale (en nombre de cellules par litre d'eau) dangereuse pour l'Homme. Malgré tout, des points de prélèvement et de mesure de la présence de l'algue sont répartis le long de la côte méditerranéenne française, et un réseau de surveillance est mis en place, faisant notamment intervenir l'Ifremer, l'INVS et la DGS.

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