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La grasse matinée expliquée par la génétique !

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Il suffit d'être porteur d'une certaine variante du gène ABCC9 pour avoir besoin de 5 % de temps de sommeil en plus. Les mécanismes en jeu restent inconnus mais les scientifiques vont s'attaquer à cette question.

La durée du sommeil ne s'expliquerait pas seulement par l'âge, la latitude ou la saison : le génome aurait aussi son mot à dire. © Etolane Flicker CC by-nc-nd 2.0

Adieu le fameux « mon réveil n'a pas sonné » pour tous ceux qui arrivent en retard au travail. Car un argument, scientifique cette fois, pourrait expliquer les difficultés que connaissent certains à se réveiller tôt le matin. D'après une étude menée conjointement par des chercheurs des universités d'Edimbourg et de Munich, publiée dans Molecular Psychiatry, une forme mutée du gène ABCC9 inciterait ses porteurs, soit 20 % de la population européenne, à rester au lit environ une demi-heure de plus que les autres chaque nuit.

Ce gène, présent chez chacun de nous, code pour une protéine qui forme une sous-unité d'un canal potassique sensible à l'ATP, la molécule énergétique de base. Indirectement, ce gène joue ainsi un rôle de capteur de l'énergie métabolique intracellulaire. En effet, cette sous-unité du canal est moins active quand les taux d'ATP chutent. Pourtant, le variant d'ABCC9 ne change pas sa structure protéique puisque les différences ne se retrouvent qu'au niveau des introns (les parties d'un gène qui ne sont pas traduites dans la fabrication de la protéine). Ces variations peuvent en revanche avoir des répercussions sur la régulation et l'expression du gène.

La mouche drosophile (Drosophila melanogaster) est un modèle animal très utilisé dans la recherche en génétique. Elle possède comme nous le gène ABCC9, dont la variante explique le plus grand besoin de sommeil. © Marcos Freitas, Flickr CC by-nc 2.0

Les drosophiles ne sont pas épargnées

Pour obtenir leurs résultats, les chercheurs ont procédé en plusieurs étapes. D'abord en étudiant un panel de plus de 10.000 personnes provenant de Croatie, des Pays-Bas, d'Italie, d'Estonie ou encore des îles Orcades, au nord de l'Écosse. Ces sujets ont répondu à un questionnaire évoquant leurs habitudes de sommeil lors de leurs journées libres, c'est-à-dire sans aucune contrainte horaire pour le coucher et le lever. En parallèle étaient menées des analyses génétiques de chacun des cobayes. C'est en recoupant les deux types de données qu'ils ont constaté que les plus gros dormeurs partageaient la forme variante du gène ABCC9.

La seconde étape s'intéressait aux mouches drosophiles (Drosophila melanogaster). Par nos ancêtres que nous partageons avec les insectes, elles aussi ont hérité du même gène ABCC9, et elles aussi voient leur quantité de sommeil varier en fonction de la version dont elles sont porteuses. On l'ignore souvent, mais les mouches, comme beaucoup d'autres animaux, dorment. Elles seraient même équipées d'une sorte d'interrupteur implanté dans le cerveau. Dans l'étude qui nous intéresse, les drosophiles dotées du variant sauvage se sont en effet révélées plus actives durant les trois premières heures de la nuit.

Reste maintenant à déterminer plus précisément comment ce variant du gène régule la durée de sommeil. Les chercheurs ont déjà prévu de tenter de répondre à cette question. Les connaissances qui en ressortiront pourraient apporter un jour nouveau sur la façon de traiter les troubles du sommeil qui, rappelons-le, ne sont pas sans répercussions sur la santé et sur le comportement. Et pour cause, nous passons tout de même un tiers de notre existence à dormir...

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