La plupart des singes, comme l’atèle de Geoffroy, ont conservé une queue. © Judy Gallagher, Flickr
Santé

Comment les humains ont perdu leur queue

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[EN VIDÉO] L'environnement conditionne-t-il l’évolution de l’Homme ?  Dans sa théorie de l’évolution, Darwin propose que le moteur la sélection naturelle soit la lutte pour la survie (struggle for life). Dans un environnement changeant, l’Homme, comme les autres espèces, est soumis à ces lois de l’évolution. 

Contrairement à la plupart des mammifères, les humains et les grands singes n'ont pas de queue. Des chercheurs viennent d'identifier la mutation génétique qui a causé cette perte. Ils ont aussi découvert que celle-ci s'est faite au prix de malencontreuses conséquences pour notre espèce.

Il y a 20 millions d'années environ, lorsque les hominidés et les grands singes ont divergé des autres primates, ils ont au passage perdu leur queue. Alors que de nombreux singes et mammifères sont aujourd'hui encore dotés d’une queue, cette dernière ne subsiste plus qu'à l'état de vestige chez l'Homme sous la forme du coccyx, l'os situé à l'extrémité de la colonne vertébrale. Et c'est justement en se cassant le coccyx en 2019 que Bo Xia, un doctorant en médecine à l'université de New York, s'est intéressé à la question de savoir pourquoi et comment l'Homme avait perdu sa queue.

Une protéine raccourcie

Avec ses collègues, il a entrepris de comparer une série de gènes présents chez six espèces de singes sans queue et neuf espèces de singes avec une queue. Il a alors remarqué au milieu d'un gène appelé TBXT, connu pour affecter la longueur de la queue, une petite insertion dans la séquence génétique qui était présente chez les singes sans queue, mais absente chez les autres. Cette séquence, qui a tendance à se « balader » au sein du gène, interrompt la séquence et affecte la configuration de la protéine correspondante. Lorsque deux de ces séquences sont associées, elles forment une sorte de « boucle » qui va engendrer une protéine plus courte que la normale. Chez l'humain, on trouve ainsi deux versions du gène TBXT : l'une avec des protéines « longues » et l'autre avec de protéines « courtes ». C'est cette configuration qui empêcherait la queue de pousser.

Le coccyx est le vestige de la queue de nos ancêtres primates. © mybox, Adobe Stock

Des souris sans queue

Pour vérifier leur hypothèse, les chercheurs ont modifié génétiquement des souris avec différentes versions du gène. Celles avec deux protéines courtes sont mortes, mais celles avec une longue et une courte (comme chez l'humain et les grands singes) ont développé des queues plus courtes, voire pas de queue du tout. Si cette mutation semble donc bien être à l'origine de notre absence de queue, les chercheurs notent que les morphologies de queue des souris génétiquement modifiées sont trop différentes pour qu'elles puissent à elles seules expliquer notre coccyx, somme toute de taille uniforme. Il est donc probable que d'autres gènes soient associés à la perte de la queue, notent les chercheurs dans leur étude prépubliée sur le serveur bioRxiv.

Pourquoi l’Homme a-t-il perdu sa queue ?

Reste à savoir pourquoi l'Homme a perdu sa queue. Les premiers hominidés étant plus grands que les autres singes, on aurait pu penser qu'une queue les aurait aidés à s'équilibrer dans les branches des arbres. De plus, les chercheurs se sont aperçus que la mutation s'accompagnait d'un autre effet délétère, en provoquant parfois des anomalies de la moelle épinière. Les souris porteuses de la mutation sont ainsi affectées par davantage de malformations, comme le spina bifida, qui se traduit par l'absence de fermeture postérieure de la colonne vertébrale. Cette fissure, qui touche environ un nouveau-né pour 1.000 naissances, engendre la formation d'une sorte de poche sur le dos du fœtus et provoque des méningites à répétition et des troubles moteur. Sa cause reste non identifiée. Bref, il est difficile de comprendre quel avantage nous avons bien pu tirer de la perte de queue. Mais il est évident que si cette mutation a perduré, c'est bien qu'elle présente un intérêt, peut-être en matière de locomotion ou de reproduction.

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