Un bain de bouche est-il un moyen de prévention efficace contre le coronavirus ? © Olek, Adobe Stock
Santé

Coronavirus : un bain de bouche peut-il remplacer le masque ?

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Les ingrédients des bains de bouche antiseptiques ont aussi des propriétés virucides, ce qui pourrait diminuer la charge virale dans les gouttelettes émises par des patients infectés par le coronavirus Sars-CoV-2. Mais cet effet théorique est-il suffisant pour constituer un vrai moyen de prévention ?

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Et si un bon bain de bouche pouvait nous donner une haleine fraîche et débarrassée de tout virus ? C'est l'hypothèse émise par une nouvelle étude parue dans la revue médicale Fonction le 14 mai 2020. Les chercheurs ont étudié l'effet des principaux ingrédients des bains de bouche (éthanol, chlorhexidine, chlorure de cétylpyridinium, peroxyde d'hydrogène et povidone iodée) sur les virus.

« Le Sars-CoV-2 est un virus enveloppé, caractérisé par une membrane lipidique externe dérivée de la cellule hôte dont il est issu. Or, les formulations des bains de bouche existants perturbent cette membrane lipidique », expliquent les auteurs qui appellent à une évaluation clinique de ces produits en temps du moyen de prévention.

Les ingrédients des bains de bouche comme l’alcool ou la chlorhexidine dégradent l’enveloppe lipidique des virus type Sars-Cov-2. © Robcartorres, Adobe Stock

La gorge et la salive, hauts lieux de réplication du coronavirus

« De précédentes études ont montré que la gorge et les glandes salivaires sont des sites de réplication et de transmission du virus au début de la maladie Covid-19 et chez les patients asymptomatiques », notent les auteurs. Des études ont montré que les particules virales pouvaient survivre jusqu’à trois heures dans l’air sous forme d'aérosol. Une personne saine pourrait donc théoriquement être infectée par inhalation de microgouttelettes contaminées lorsque qu'un individu porteur du virus tousse ou parle, estiment les scientifiques.

D'où l'idée de réduire la charge virale dans la bouche grâce à un rinçage oral afin de limiter la transmission du virus. « Les CDC [Centres de contrôle et de prévention des maladies américains] recommandent d'ailleurs aux patients de faire un bain de bouche avant d'aller chez le dentiste afin de limiter le risque de transmission », remarque Valerie O'Donnell, directrice du département des infections et de l'immunité à l'université de Cardiff et coauteur de l'étude.

L’alcool peut tuer temporairement le virus sur les surfaces buccales, tout comme un verre de whisky, de rhum ou de tequila

Mais, d'ici à ce qu'un bain de bouche dispense de porter un masque, le chemin est long. « Il est possible que ces produits diminuent à court terme la propagation du virus pour les contacts familiaux étroits », estime Eric Bortzn, biologiste à l'université d'Alaska Anchorage sur le site Healtline. « L'alcool peut tuer temporairement le virus sur les surfaces buccales, tout comme un verre de whisky, de rhum ou de tequila, ironise le chercheur. Mais, chez une personne très infectée, les cellules infectées de la gorge pourraient aussi produire davantage de virus », précise-t-il également. De plus, la bouche n'est pas le seul lieu de transmission du virus. Le nez et la gorge sont aussi d'importants sites de réplication et de propagation.

Bientôt un bain de bouche spécial anti-Covid ?

L'action virucide des bains de bouche n'a d'ailleurs été démontrée que in vitro. Des tests en conditions réelles sont donc indispensables pour déterminer si les bains de bouche peuvent effectivement prévenir la propagation du coronavirus, insistent eux-mêmes les auteurs de l'étude britannique. « Ces tests pourraient inclure des produits déjà existants ou des formulations spécialement conçues contre le Sars-CoV-2, suggèrent-ils. Il s'agit d'un domaine peu étudié qui présente un besoin clinique important ».

En attendant, le port du masque reste hautement recommandé dans les lieux confinés ou à forte densité. Pour lever toute ambiguïté, le fabricant des bains de bouche Listerine® a d'ailleurs publié un message de mise en garde sur son site Internet expliquant que son produit « n'a pas été testé contre le coronavirus[et] qu'il faut suivre les mesures de prévention de l'OMS -- se laver les mains, maintenir un distance sociale et éviter de se toucher la bouche et le nez ».

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