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Conclusion

Dossier - Temps de l'homme, temps de la Terre
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La notion de temps est difficile à définir, tant elle relève d’approches différentes. Le temps de l’histoire est celui qui intéresse plus particulièrement celui du géologue. La stratigraphie est le livre de l’histoire de la Terre. Ce livre est lu depuis longtemps, chaque lecteur essayant d’en améliorer la compréhension générale.

  
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L'histoire de la géologie découle de la connaissance d'une chronologie, elle-même liée à une technique : la géochronologie.

Les « techniques », en ce sens, sont porteuses de développements conceptuels. La géologie historique, y compris la grande géologie alpine qui mène à la tectonique des plaques en passant par la théorie des géosynclinaux, a toujours une origine stratigraphique. Et le fondement de la géologie stratigraphique est un intérêt consubstantiel pour le temps de la Terre. La perspective d'un temps long, présente dans les mythologies et dans la culture méditerranéenne de l'Antiquité, a été supplantée au Moyen-Âge par une vision biblique, révélée, de l'Histoire de la Terre, qui impliquait i) sa Création par Dieu ex nihilo ; ii) un âge « historique » de la Terre (6 000 ans). Un des objectifs de la science en marche, à partir de Galilée, a été de substituer à l'histoire biblique de la Terre une histoire fondée sur la mesure des objets naturels reliques des temps passés. Après une première étape, paléontologique, de la compréhension de la Terre passée (les Créations de Cuvier), de sa nécessaire durée (Buffon) et de l'immanence des principes en œuvre (Lyell), le décryptage du temps fut l'œuvre de la physique -mais n'appelait-on pas déjà « physique » l'approche scientifique ?. La mise en œuvre de datations absolues, établissant définitivement la validité des temps longs, a en outre eu des répercussions théoriques sur tous les champs disciplinaires de la géologie. Elle a permis de réévaluer l'importance relative des découpages stratigraphiques anciens. L'importance des lacunes stratigraphiques, que les datations chiffrées ont en particulier révélée, a été au cœur du développement de la stratigraphie séquentielle et des mécanismes de l'évolution de la biodiversité.

Notre connaissance du temps profond influence nos conceptions scientifiques. Mais notre vécu social, à l'échelle humaine, module également nos préjugés. La fin des monarchies dans nos sociétés occidentales n'a-t-elle pas pu aider les hommes de science à envisager le changement comme un élément normal de la nature ? La dialectique soviétique, qui explique qu'une accumulation de tensions conduit à la rupture d'un système, n'a-t-elle pas pu pousser les scientifiques de l'URSS à adopter un point de vue paléontologique proche de celui des équilibres ponctués ? Gradualisme et catastrophisme sont probablement nécessaires pour rendre compte de l'ensemble des observations. La science de demain le précisera peut-être car la science aussi évolue dans le temps.

Temps profond du géologue, comparable à celui de l'astronome, qui lui commence, paraît-il il y a 15 milliards d'années. Et avant ? Pour l'astrophysicien, le temps et l'espace prennent des proportions si gigantesques que l'on finit par définir les distances en années-lumière. Van Gogh, avec son tableau intitulé « La nuit étoilée à Arles », nous a finalement offert une représentation moderne du temps. Ici, en effet, lumière, temps et espace se rejoignent ; or le mètre est officiellement défini, depuis 1986, à l'aide du temps : le mètre est la distance parcourue dans le vide par la lumière en une durée de 1/299 792 458 de seconde...

Quand on se penche sur une carte géologique, beaucoup croient regarder une carte de roches, en fait on se penche sur une carte de temps : les différentes couleurs représentent des âges (selon un code international)...