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L'odorat des abeilles mis en danger par le diesel

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L'odorat des abeilles est mis à rude épreuve. Les gaz d'échappement issus du diesel modifient le profil d'odeur d'une plante, principal outil de reconnaissance pour une butineuse. En présence de trop fortes quantités de ces gaz, l'insecte pourrait devenir incapable de discerner des autres la fleur à butiner.

Les abeilles ont du flair ! Elles sont capables de mémoriser au moins 16 odeurs différentes. Il n'est toutefois pas certain qu'elles parviennent à les distinguer s'il y a une trop forte concentration d'oxydes d'azote dans l'air. © JR Guillaumin, Flickr, cc by sa 2.0

L'odorat est probablement le sens le plus important de l'abeille butineuse. Dans une ruche, où l'obscurité règne, les odeurs guident les insectes. En extérieur, une abeille se sert de ce sens pour s'orienter et identifier les fleurs qu'elle aime butiner. Leur odorat serait aussi développé que chez l'Homme, mais il se pourrait bien que les gaz d'échappement rejetés lors de la combustion du diesel affectent la capacité des butineuses à reconnaître les odeurs des fleurs.

Une équipe de chercheurs de l'université de Southampton, menée par la scientifique Tracey Newman, a récemment montré que les gaz d'échappement du diesel modifiaient le profil de reconnaissance d'une plante. Publiée dans les Scientific Reports, l'étude suggère que l'air contenant des polluants issus du diesel détruirait les cellules odorantes des fleurs.

Le pollen est l'unique source de protéines pour les abeilles, il est absolument vital. © JR Guillaumin, Flickr, cc by sa 2.0

Les NOx sont les principaux responsables

Dans l'étude, huit substances chimiques impliquées dans l'odeur que dégage le colza ont été extraites et mélangées avec de l'air propre d'une part, et avec de l'air contenant des gaz d'échappement de diesel d'autre part. Six des huit substances ont réduit de volume et deux ont complètement disparu en moins d'une minute, au contact de l'air pollué au diesel. Alors que celles associées à l'air propre n'ont pas été modifiées. Dans un deuxième temps, l'équipe a isolé les NOx (oxydes d'azote) présents dans le diesel et répété la même expérience. Il s'est produit exactement le même résultat, suggérant que les NOx sont probablement les principaux facteurs de destruction des odeurs.

Le mélange de l'air pollué et des substances chimiques odorantes du colza a été présenté aux abeilles, qui n'ont pas reconnu l'odeur de la plante. Les substances odorantes, moins présentes, ont donc changé le profil d'odeur de la plante qui n'est donc plus reconnaissable. Si les abeilles ont un odorat très développé et une étonnante capacité à apprendre et mémoriser de nouvelles odeurs, le taux de NOx dans l'air, surtout en zone urbaine, est régulièrement dépassé. Cela a peut-être de graves effets sur le nombre de colonies d'abeilles et l'activité de pollinisation.

En somme, les NOx (en particulier le dioxyde d'azote) semblent capables de perturber tout le processus de reconnaissance des plantes qu'ont les abeilles. Les butineuses utilisent toute la gamme des produits chimiques trouvés dans un mélange floral afin de trouver la plante qu'elle cherche parmi différents mélanges. Il faudrait donc éloigner le plus possible les ruches des zones urbaines. 

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