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Mieux connaître les gerbilles pour lutter contre leurs ravages

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Le genre Gerbillus, groupe de petits rongeurs des zones arides et désertiques d'Afrique et du Proche et Moyen-Orient, comporte plus d'une soixantaine d'espèces dont certaines peuvent être nuisibles à l'agriculture

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. C'est notamment le cas de Gerbillus nigeriae, largement présente de la Mauritanie au Tchad, qui inflige aux cultures des pertes importantes en période de pullulation

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. En outre, les gerbilles, réservoirs potentiels de micro-organismes pathogènes pour l'homme, peuvent être impliquées dans le cycle de certaines maladies telles la peste ou la leishmaniose cutanée.

Toutes les espèces de gerbilles n'ayant pas le même pouvoir nuisible, il est nécessaire de mieux connaître les modes de vie de chacune d'entre elles pour apporter une réponse adaptée aux risques qu'elles représentent. Différencier les espèces les unes des autres est donc indispensable, ce que permet généralement l'observation de leurs caractéristiques morphologiques. Cependant, dans un groupe comme celui des gerbilles, la ressemblance peut cacher de grandes différences chromosomiques et l'étude du caryotype permet alors de distinguer les espèces jumelles, espèces génétiquement distinctes mais semblables en apparence.

Les chercheurs de l'IRD du laboratoire de Mammalogie de Bamako ont découvert au Mali une nouvelle espèce de gerbille, qu'ils ont décrite par son caryotype, sa morphologie et son mode de vie. Alors que les gerbilles sont, dans leur grande majorité, adeptes des zones sableuses, les trois spécimens qui ont permis sa description ont été capturés sur un affleurement rocheux proche du village d'Emnal'here, en bordure du delta intérieur du fleuve Niger. Cet habitat, original pour cette famille, lui a valu son nom Gerbillus rupicola, en référence aux roches qu'elle affectionne.

L'observation en captivité a confirmé sa capacité à escalader les roches et donc son adaptation à cet environnement. Ces talents de grimpeur lui viennent d'une conformation particulière des mains et des pieds qui peuvent s'opposer l'un à l'autre et leur conférer une forte préhension. D'un point de vue morphologique, G. rupicola est très proche d'une espèce répandue en Afrique du Nord, dont elle se distingue essentiellement par la forme et la taille de ses dents. L'étude chromosomique de G. rupicola révèle des différences encore plus marquées. Elle possède en effet 26 paires de chromosomes dont 16 paires de chromosomes acrocentriques

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, caractéristique unique dans le genre Gerbillus

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. La découverte de cette nouvelle espèce contribue à mieux connaître la diversité biologique dans ce groupe : huit espèces de gerbilles coexistaient jusqu'alors dans cette région du Sahel, une 9ème vient donc s'y ajouter.

La génétique permet ainsi de préciser les différences entre espèces, là où les distinctions morphologiques sont relativement floues. Lorsqu'il s'agit de faire l'inventaire de la biodiversité, particulièrement dans le cas des rongeurs tropicaux chez lesquels les espèces jumelles apparaissent très nombreuses, l'étude chromosomique est alors décisive. Cette meilleure connaissance du genre est également utile dans le cadre de la lutte contre les effets néfastes des gerbilles. Du fait de son habitat rocheux et de son apparente rareté, G. rupicola n'est sans doute pas impliquée dans les ravages agricoles, en revanche son rôle peut se révéler important en ce qui concerne les zoonoses

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. Il pourrait en effet s'agir du réservoir ou de l'hôte d'une maladie transmissible à l'homme, au bétail ou aux animaux domestiques, d'où la nécessité de recherches ultérieures sur les nouveaux membres de cette grande famille.

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établi à partir de cellules prélevées, le caryotype permet de visualiser l'ensemble des chromosomes d'un individu.

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sa population augmente alors de manière explosive, atteignant des densités de plusieurs centaines d'individus par hectare.

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un chromosome acrocentrique n'a que deux " bras " et non quatre. Il a alors la forme d'un V et non celle d'un X.

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en effet, plusieurs d'entre elles n'ont pas le même nombre de chromosomes et parmi celles qui en possèdent également 26 paires, aucune n'en a 16 qui soient acrocentriques

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maladie infectieuse des animaux transmissible à l'homme.
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