La nageoire dorsale des orques, des odontocètes ou cétacés à dents, peut atteindre 2 m de haut chez les mâles. © Pixaterra, Adobe Stock

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Grand-mère orque assure la survie de ses petits-enfants

ActualitéClassé sous :zoologie , mammifère marin , ménopause

Pour l'orque, avoir sa grand-mère maternelle serait une chance car cette mamie orque, ménopausée, ne fait pas que du baby-sitting, elle connaît les meilleures eaux poissonneuses et assure ainsi les meilleures chances de survie à sa descendance. Sur Terre, seules les femmes et quatre autres espèces de cétacés connaissent la ménopause, un phénomène chez les mammifères qui intriguent les scientifiques.

Les orques qui ont encore leur grand-mère maternelle survivent plus longtemps que les autres, surtout quand le poisson est rare. Voilà qui ajoute une pierre à la connaissance d'un phénomène rare chez les mammifères : la ménopause. Les orques femelles cessent de se reproduire après 30 ou 40 ans, mais vivent encore des décennies au-delà. Seules les humaines, les orques et trois autres espèces de cétacés (béluga, narval et globicéphale) connaissent la ménopause.

Une hypothèse est que cette évolution permet aux femelles post-ménopause d'aider leurs descendants, ce qui est appelé « l'effet grand-mère » chez les humains. Mais la théorie n'avait pas été observée scientifiquement chez des baleines.

« C'est le premier exemple non-humain d'un effet grand-mère chez une espèce connaissant la ménopause », explique Daniel Franks, de l'université de York, à l'AFP. L'étude a été publiée dans la revue scientifique américaine PNAS. « Cela a aussi été observé chez les éléphants, mais elles peuvent se reproduire jusqu'à la fin de leur vie », ajoute Daniel Franks l'auteur principal de l'étude. On ne sait pas expliquer pourquoi des cétacés ont la ménopause et pas les éléphantes ou d'autres espèces.

Une orque femelle chasse des harengs le 14 janvier 2019, dans la région du fjord de Reisafjorden fjord, près de la ville de Tromso, en Norvège. © Olivier Morin, AFP, Archives

Un taux de mortalité supérieur

Pour ces travaux, les scientifiques ont exploité plus de 40 ans de données de recensement sur deux groupes d'orques qui vivent au large de la côte nord-ouest des États-Unis et de la Colombie britannique au Canada. Les chercheurs savaient identifier les individus par la forme des nageoires, les taches près de l'aileron et les diverses égratignures de leurs corps. Le sexe était révélé par la pigmentation autour des parties génitales et par la taille adulte de l'aileron. Quant aux liens familiaux, ils ont été identifiés par l'observation des groupes.

Sur 378 petits-enfants étudiés, ceux dont la grand-mère maternelle était morte dans les deux années précédentes avaient un taux de mortalité 4,5 supérieur aux autres dans cette période. Le lien était encore plus marqué quand le saumon était rare dans la région.

Mais quelle est l'utilité de la ménopause ?

Comment l'expliquer ? Les scientifiques avaient déjà vu que les orques plus âgées menaient leur groupe vers les eaux plus poissonneuses. « On les a déjà vues partager leur nourriture avec les plus jeunes. On les soupçonne aussi de faire du baby-sitting », dit Daniel Franks.

Une hypothèse pour expliquer l'utilité de la ménopause est que cela réduit la concurrence entre mères et filles pour la reproduction. Mais cela n'expliquerait pas pourquoi les éléphantes, qui ne connaissent pas la ménopause, aident aussi leurs petits-enfants. L'équipe va continuer ses recherches pour observer plus finement le fonctionnement des groupes des baleines, à l'aide de drones notamment.

Pour en savoir plus

Les orques ont besoin de leurs mamans, surtout les vieux garçons !

Article de Quentin Mauguit, publié le 15 septembre 2012

Les orques mâles vieux de plus de 30 ans auraient besoin de leurs mères pour survivre ! En aidant leurs fils, ces mamans tenteraient d'obtenir la plus grande descendance possible. Cette découverte expliquerait pourquoi elles vivent si longtemps après leur ménopause. 

Les orques femelles peuvent espérer vivre durant 90 ans. Étonnamment, elles atteindraient la ménopause entre leur 30e et 50e année, signifiant ainsi qu'elles ne peuvent pas avoir de petits durant la majeure partie de leur existence. La longueur de cette période post-reproductive serait seulement battue par celle... de l'Homme. Du point de vue de l'évolution, cette caractéristique, en réalité présente chez trois espèces, le trio étant complété par la baleine-pilote, est difficile à expliquer.

Des éléments de réponse viennent d'être fournis dans la revue Science par Emma Foster et Darren Croft de l'University of Exeter (Royaume-Uni). En s'appuyant sur un long suivi de plusieurs centaines d'épaulards (un autre nom des orques), une importante conclusion s'est imposée : l'expression « c'est le garçon à sa maman » prend tout son sens chez ces cétacés. Les mères vivraient longtemps principalement pour protéger leurs fils, surtout lorsqu'ils ont plus de 30 ans !

L'espérance de vie maximale des orques est de 90 ans chez les femelles, contre 60 ans pour les mâles. Ces derniers atteignent leur maturité sexuelle à un âge compris entre 12 et 16 ans. © OnceAndFutureLaura, Flickr, CC ny-nc-sa 2.0

Une grande inégalité entre frères et sœurs

Les orques Orcinus orca vivent dans des groupes au sein desquels résident un mâle, plusieurs femelles et toute leur descendance. Ces structures sociales sont suivies dans le Pacifique, au large des États-Unis et du Canada, depuis plus de 36 ans. Leur fonctionnement est ainsi bien connu, mais ce n'est pas tout. Les périodes de naissance et de mort de 589 individus ont pu être calculées grâce à un système d'identification basé sur des photographies de nageoires dorsales.

En se basant sur toutes les données récoltées, le risque de décès encouru par un orque orphelin, ou au contraire couvé par sa maman, a pu être estimé pour des âges donnés, grâce notamment à un algorithme comparable à ceux utilisés par les assurances. Les résultats chiffrés sont surprenants, surtout pour les orques de sexe masculin.

Avant leur 30e année, leur risque de décès au cours des 12 mois suivant la disparition de la mère serait multiplié par 3. Ce chiffre augmenterait jusqu'à dépasser un facteur 8 chez les individus plus âgés. Par comparaison, le risque de mortalité ne change pas durant les mois suivant la perte du soutien maternel chez les filles de moins de 30 ans. Il augmente par contre de 2,7 à partir de leur 31e année.

Assurer une transmission des gènes… chez les autres

La présence de la mère accroît donc fortement les chances de survie des jeunes mâles jusqu'à ce qu'ils atteignent l'âge adulte et qu'ils puissent se reproduire. Cette stratégie permettrait aux femelles ménopausées d'assurer une descendance nombreuse et donc une bonne transmission des gènes. Cette explication sur la longueur de la période post-reproductive serait crédible d'un point de vue évolutif.

Mais pourquoi privilégier les garçons et non les filles ? Tout simplement parce les mâles font des jeunes dans d'autres groupes ! Cette pratique permet d'améliorer la diffusion du patrimoine génétique et surtout de réduire la compétition pour l'accès à la nourriture au sein d'une même famille (il ne faut pas nourrir les petits). Il reste maintenant à déterminer comment ces mamans cétacées viennent en aide à leur progéniture. Elles pourraient par exemple fournir un précieux soutien durant la chasse ou intervenir en cas de conflit avec d'autres orques, mais cela reste à démontrer.

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