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Science décalée : la belle-fille provoque la ménopause de la belle-mère

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Pourquoi l'Homme est-il l'une des trois espèces animales dont les femelles deviennent infertiles à partir d'un certain âge ? Plusieurs théories s'affrontent pour expliquer l'origine évolutive de la ménopause, et celle du conflit belle-mère/belle-fille vient de marquer des points. Mais la lumière n'est pas encore faite...

Pour la survie des bébés, mieux vaut avoir un enfant tôt que tard et surtout pas en même temps que sa belle-fille. L'origine de la ménopause dans l'espèce humaine reste incomprise et plusieurs théories, pas forcément incompatibles entre elles, s'affrontent. © photos.jasondunn.com cc by nc nd 2.5,

Le processus est exceptionnellement rare dans le monde du vivant. La ménopause ne touche que trois espèces : l'Homme bien sûr, mais aussi deux cétacés que sont le globicéphale et l'orque. Pourquoi, si l'on considère que l'objectif principal de l'existence est de répandre ses gènes, ce déclanchement de l'infertilité définitive apparaît-il ? Des chercheurs de l'University of Turku, en Finlande, apportent de nouveaux éléments corroborant la théorie du conflit entre belle-mère et belle-fille. Si les deux femmes ont des enfants en même temps, ils ont beaucoup moins de chances de survivre !

Le contexte : la mère, la grand-mère, la belle-mère et la belle-fille

Du fait de sa particularité et de son originalité, l'origine évolutive de la ménopause intrigue les chercheurs. Plusieurs hypothèses s'affrontent, appelées les théories de la mère, de la grand-mère ou du conflit.

La première part du principe que les risques de mortalité en couche augmentent avec l'âge. Ainsi, la ménopause préserverait la survie des mères trop âgées. Mais cette vision s'accompagne de quelques incohérences, puisque l'évolution n'a que faire de la survie du parent une fois qu'il s'est reproduit, tant que ses descendants peuvent grandir et procréer à leur tour.

La deuxième théorie considère plutôt que les enfants se portent mieux si leur grand-mère focalise sur eux toute son attention et son affection. Ne pouvant plus donner la vie, elle ne connaît aucun conflit d'intérêt et se concentre sur la bonne croissance de ses petits-enfants.

Enfin, l'hypothèse du conflit a été énoncée pour la première fois en 2008, par Michael Cant de l'University of Exeter et Rufus Johnstone de l'University of Cambridge. Les scientifiques supposent qu'il existe une relation de compétition entre une mère de famille et une femme non apparentée selon les critères de la génétique : sa belle-fille. Si elles venaient à accoucher en même temps, les bébés auraient davantage de risques de mourir. Cette dernière théorie repose maintenant sur des éléments plus concrets depuis que les chercheurs finlandais ont apporté des éléments nouveaux publiés dans Ecology Letters.

Selon les auteurs de cette étude, le taux de mortalité infantile pourrait augmenter car belles-mères et belles filles se focalisent sur leur bébé lorsqu'elles accouchent en même temps et sont beaucoup moins portées sur la coopération, comme c'est le cas entre une mère et une fille. © Etolane, Flickr, cc by nc nd 2.0

L’étude : des enfants victimes du conflit belle-mère/belle-fille

Ce travail se base sur l'analyse des naissances, des morts et des mariages, recueillies par l'église luthérienne du pays nordique entre 1702 et 1908. De cette investigation, il en ressort que lorsqu'une femme donne naissance dans la même période que sa belle-fille, les chances de survie des nourrissons sont fortement réduites. Ainsi, elles ne sont que de 50 % pour l'enfant d'une belle-mère, et de 66 % pour celui de l'épouse de son fils. Une mortalité bien plus élevée que la norme.

Il ne faut pas croire qu'il ne s'agit que de difficultés pour une famille de gérer deux naissances simultanées. Lorsqu'une mère et une fille accouchent en même temps, les bébés n'en subissent aucune conséquence. Cette étude suggère donc qu'il devient avantageux pour une femme de ne plus être fertile lorsque sa belle-fille le devient.

Mais la recherche ne s'arrête pas tout à fait là. Les auteurs ont voulu comparer les trois hypothèses expliquant l'origine évolutive de la ménopause selon les avantages pour la valeur sélective globale. Il s'agit de considérer le nombre d'enfants qu'une femme élèvera dans sa vie et qui atteindront l'âge adulte. Ce nombre serait identique, que l'on se place dans la théorie de la grand-mère ou dans celle du conflit, tandis qu'il est inférieur dans la théorie de la mère. D'un point de vue évolutif, ces deux premières hypothèses semblent plus rentables et donc plus pertinentes.

L’œil extérieur : la ménopause est-elle inéluctable ?

La ménopause n'a pas encore livré tous ses secrets. De nombreux autres paramètres peuvent entrer en ligne de compte et il ne faut pas résumer le débat à ces quelques hypothèses. L'une des solutions, pour mieux cerner la question, serait peut-être de tester ces principes sur les deux autres espèces animales qui en sont également victimes. Existe-t-il un lien fort entre un petit globicéphale et sa grand-mère ? Maman orque est-elle en conflit avec la compagne de son fils ?

La réponse à ce problème ne revêt pas qu'un intérêt purement théorique. Car si l'on comprend pourquoi l'évolution inflige cela à l'espèce humaine, peut-être nous poserons-nous des questions quant à l'utilité de bloquer un tel processus chez la femme si la médecine en a les moyens.

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