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Biodiversité : une expédition au Laos au coeur des forêts tropicales

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Papillons, rainettes, rongeurs, lianes et fougères géantes... Ce mois-ci s'est achevé un inventaire de la biodiversité des forêts tropicales du Laos. Organisée par les fondateurs du célèbre Radeau des cimes, cette expédition met à disposition des chercheurs des outils  originaux pour explorer la canopée des arbres. Pour soutenir un webdocumentaire réalisé par deux reporters indépendants, un appel aux dons est lancé jusqu'au 30 juin.

Des filets suspendus ont été placés afin de collecter des oiseaux pour en réaliser des mesures et identifications. Ils ont ensuite été relâchés. © Johann Haug/SBP

L'association Opération Canopée a réuni au Laos l'équipe historique des fondateurs du Radeau des Cimes. Elle se compose du directeur scientifique, le botaniste Francis Hallé, du responsable des vols et superviseur, l'aéronaute Dany Cleyet-Marrel, du chef de mission, l'architecte Gilles Ebersolt, et du botaniste Patrick Blanc connu pour ses fameux murs végétaux.

Forte d'une dizaine de missions d'exploration menées depuis 1986 dans les forêts tropicales primaires du Brésil, de Guyane, du Gabon, de Madagascar ou encore du Panama, l'équipe reprend du service cette fois en Asie. Les partenariats scientifiques avec le Conseil national pour la science du Laos ont pu être mis sur pied avec le concours de Jean-François Reumaux, représentant d'Opération Canopée au Laos et président-fondateur d'Animo.

Au cœur de la forêt tropicale, les entomologistes découvrent des sauterelles au mimétisme étonnant : elles reproduisent les nervures et les moisissures des feuilles d'arbre ! © Mission Phou Hin Poun Laos 2012-2013, épisode 3/YouTube

Biodiversité : des recherches inédites dans la canopée

Au programme de cette mission, l'étude de la faune et de la flore des racines jusqu'à la cime des arbres. Étaient sur le terrain, de nuit ou de jour, des herpétologues (qui étudient amphibiens et reptiles), des botanistes (pour les plantes bien sûr), des mammalogistes (spécialistes des rongeurs, chauves-souris et autres mammifères), des entomologistes (amoureux des insectes) ou encore des ornithologues (connaisseurs des oiseaux), laotiens et étrangers, venus spécialement au camp de l'Agame, du nom d'une espèce de reptile asiatique.

Pour accéder à la canopée, la strate la plus élevée de la forêt, les scientifiques ont disposé d'une multiplicité et de l'ingéniosité d'engins et d'appareillages par l'équipe logistique. L'Étoile des Cimes, qui a fait sa première sortie, a servi aux botanistes, notamment, pour récolter des orchidées épiphytes sur un arbre émergent.

Les ornithologues ont préféré l'Ikos, une structure solide, plus petite et plus éloignée du camp, pour étudier les oiseaux en toute tranquillité. La Bulle des Cimes, gonflée à l'hélium, a permis aux entomologistes de marcher sur les arbres et de piéger des insectes le long d'un transect à plus de 40 m du sol.

De nouvelles espèces supposées

En parallèle, de nouvelles espèces pour le Laos, mais connues dans d'autres pays, ont été identifiées et d'autres probablement sont nouvelles pour la science. Des études génétiques confirmeront ou non ces hypothèses. Un lépidoptériste (spécialiste des papillons) a, par exemple, trouvé avec émotion l'animal qu'il recherchait depuis des années.

La forêt tropicale du Laos fait le bonheur des lépidoptéristes. © Johann Haug/SBP

Après plusieurs explorations dans de sublimes et gigantesques grottes naturelles, jolis repères à reptiles, chauves-souris et martinets, c'est au cœur du campement scientifique que l'une des espèces de serpent les plus mortelles d'Asie a fait son apparition.

À l'image, l'un des plus mortels serpents ! © Johann Haug/SBP

Les botanistes ont notamment usé leurs chaussures pour dégoter dans les karsts, ces montagnes effilées comme des lames de rasoir, une espèce de bambou jamais répertoriée et qui les a beaucoup intrigués.

Les ornithologues ont testé avec succès un système de filets suspendus permettant de capturer des oiseaux au niveau de la canopée des arbres (soit à une quarantaine de mètres du sol). Après leur identification et d'autres mesures permettant de mieux les connaître, les individus ont été relâchés.

L'équipe recherche rainettes et serpents mortels pour mieux comprendre ces espèces. De leurs côtés, les ornithologues installent des filets de collecte d'oiseaux. © Mission Phou Hin Poun Laos 2012-2013, épisode 4/YouTube

Les entomologistes ont collecté, quant à eux, une diversité impressionnante d'insectes, minuscules ou spectaculaires de beauté ou de mimétisme, comme une gigantesque sauterelle ressemblant à des feuilles d'arbre, au point de mimer la moisissure et les nervures (à voir dans la première vidéo).

Un webdocumentaire scientifique participatif

Écureuil volant, scorpion, sangsue géante dans les rivières, les rencontres n'ont pas manqué, ni l'action. Et tout ceci mérite l'éclairage scientifique, mais aussi humain de leurs auteurs. Pourquoi font-ils ce métier ? À quoi servent leurs découvertes ? Que pensent-ils de la déforestation mondiale ? Est-il trop tard ou existe-t-il des solutions ?

La forêt tropicale abrite des espèces de plante étonnantes. © Johann Haug/SBP

Aussi, une équipe de reporters indépendants, composée d'Andréa Haug et de son frère Johann Haug, a couvert durant trois semaines cette expédition scientifique. Elle développe actuellement l'un des premiers webdocumentaires français sur une mission scientifique internationale.

Le public a pu participer au projet, dès sa phase de tournage, en soumettant ses idées de reportages aux vidéastes. Il est à présent invité à devenir coproducteur du webdocumentaire en faisant un don avant le 30 juin 2012 sur un site de collecte. Si les fonds sont réunis, le webdocumentaire donnera la parole aux chercheurs et révèlera les plus belles images de cette aventure à la rentrée prochaine.

Pour en savoir plus sur la mission :

Inventaire de la biodiversité des canopées forestières du Laos (IBCFL 2012-2015) 

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