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Air colvert : transporteur agréé de l'escargot Hydrobia ulvae

ActualitéClassé sous :zoologie , zone humide , pièce d'eau

Les oiseaux peuvent transporter des organismes, animaux ou plantes, sur leurs pattes, leurs plumes... ou dans leurs intestins. On connaissait mal le cas du transport d'escargots adultes, qui n'est pas si rare. Certaines espèces de nos contrées peuvent résister aux attaques des sucs digestifs et accompagner des colverts sur une distance de 300 km. C'est ce que peut faire l'hydrobie, petit gastéropode aquatique.

Ces deux canards colverts sont également appelés mallards. On ne connaît pas encore précisément le nombre de Hydrobia ulvae qu'ils peuvent manger par jour. En revanche, on sait déjà que certains canards tadornes peuvent en consommer jusqu'à 33.000 en 24 heures ! © Pierre Bona, Wikimedia commons, CC by-sa 3.0

Certaines zones humides, ou pièces d'eau, sont isolées les unes des autres par plusieurs dizaines de kilomètres. Pourtant, elles abritent une même biodiversité. Comment font des animaux de quelques millimètres ou des graines pour franchir ces distances ? Ils volent, notamment en restant accrochés aux pattes ou aux plumes d'oiseaux. Les volatiles dits aquatiques sont souvent pointés du doigt dans le cas présent. Ils abondent et réalisent souvent des déplacements entre des environnements aux propriétés identiques.

Certains voyageurs clandestins transitent au chaud, à l'intérieur des intestins de l'oiseau. Cette situation, nommée endozoochorie, est bien documentée pour de nombreuses espèces végétales et des organismes invertébrés en état de dormance. Peu d'informations sont disponibles sur la dispersion d'individus adultes, vivants et pleinement actifs.

Quelques résultats ont déjà été obtenus en Asie et en Amérique. Au Japon, 15 % des escargots Tornatellides boeningi peuvent par exemple survivre à une ingestion par des oiseaux. Qu'en est-il de l'Europe ? Des escargots voyagent-ils aussi dans les airs chez nous ? Casper van Leeuwen de l'Institut néerlandais d'écologie à Wageningen a approfondi la question pour quelques espèces de mollusques rencontrées aux Pays-Bas. Les résultats sont là : certaines espèces européennes peuvent voyager dans les airs sur plusieurs centaines de kilomètres. Il publie ses résultats dans la revue Plos One.

Hydrobia ulvae est une espèce de gastéropode européenne possédant des branchies et un opercule. Les individus adultes peuvent atteindre une taille comprise entre 4 et 5,5 mm. © G.-U. Tolkiehn, Wikimedia commons, CC by-sa 3.0

Des escargots dans les airs ? Oui mais pas tous

Ce chercheur a fait manger quatre espèces de mollusques aquatiques à des canards colverts Anas platyrhynchos : Potamopyrgus Antipodarum (organisme invasif, donc migrant), Bithynia leachii (animal natif des Pays-Bas), Hydrobia ulvae (résiste à la digestion chez un canard tadorne) et Bathyomphalus contortus (un escargot sans opercule).

Après avoir ingéré 100 à 200 mollusques, on a conservé les canards dans des cages. Leurs fèces ont été récoltées 1, 2, 4, 8, 12 et 24 heures après l'ingestion. Les escargots extraits des déjections ont été observés, mesurés et stimulés pour déterminer s'ils étaient encore en vie ou non. 

Seuls des individus de l'espèce Hydrobia ulvae ont pu rester en vie malgré leur passage dans les intestins d'un colvert. Près d'un escargot sur cinq (26 %) survit à un séjour de moins de 4 heures dans ce milieu hostile. La cinquième heure est particulièrement fatale aux mollusques. En l'espace de 60 minutes, leur taux de survie chute à 1 %. Les oiseaux aquatiques volant à une vitesse moyenne de 70 km par heure, les Hydrobia ulvae peuvent donc être dispersés, dans le meilleur des cas, sur des distances pouvant atteindre 350 km.

Une stratégie de dispersion improvisée ?

Un pourcent de survie paraît bien faible mais des milliers de mollusques sont consommés chaque jour. Ce mode de dispersion n'est donc pas négligeable.

Hydrobia ulvae est une espèce particulièrement adaptée aux conditions changeantes de l'environnement (variations de la température ou de l'oxygénation de l'eau, dessiccation, etc.). De plus, elle a développé une coquille épaisse pour résister aux attaques de prédateurs. Ces deux paramètres expliqueraient ses capacités de résistance. Les autres espèces ont des coquilles fines développées au cours d'une croissance rapide. Elles sont donc plus sensibles aux attaques des produits de la digestion. 

La survie de Hydrobia ulvae dépendrait également d'un autre facteur : les oiseaux maximisent l'absorption rapide des aliments plutôt que l'utilisation d'une digestion efficace. Ils mangent beaucoup, les temps de rétention sont donc plus courts.

Vu le faible taux de survie, ce mode de dispersion n'est probablement pas délibéré en ce sens qu'il ne relève pas, à l'échelle de l'espèce et de son évolution, d'une réelle stratégie de survie et de propagation.

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