Une vue du cratère principal de Vulcano avec ses fumerolles. © stefan fotos, wikipédia
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Vulcano : l'île mythique de la volcanologie est partiellement évacuée

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[EN VIDÉO] Haroun Tazieff, le volcanologue de toute une génération  Découvrez l'étonnant parcours d'Haroun Tazieff, pionnier de la volcanologie et de la tectonique des plaques, et immense vulgarisateur. Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, ce scientifique populaire aura réussi à communiquer sa passion des volcans avec le grand public, suscitant bien des vocations de volcanologues... 

Depuis le mois de septembre 2021, les systèmes de surveillance de l'Istituto nazionale di geofisica e vulcanologia italien ont enregistré une variation significative de certains signaux volcanologiques détectés à Vulcano, en particulier ceux liés à l'activité du système hydrothermal qui alimente les fumerolles du cratère de La Fossa. Le niveau d'alerte sur l'île est passé du vert au jaune et elle est maintenant interdite aux touristes alors qu'une zone rouge d'évacuation partielle de la population - de nuit - a été instaurée.

Au nord de la Sicile, dans la mer Tyrrhénienne, se trouvent les îles Éoliennes encore appelées îles Lipari du nom de l'île principale. Cet archipel volcanique est littéralement mythique puisqu'on l'associe à Éole, le maître des vents de l'Odyssée d'Homère. Le célèbre historien athénien Thucydide en parlait déjà en ces termes : « Les îles dites d'Éole appartiennent aux Lipariens qui sont des colons de Cnide. Ils vivent dans l'une d'elles, qui n'est pas grande, appelée Lipara ; ils partent de là pour cultiver les autres, Didymè, Strongylè et Hiéra. Les gens de la région pensent qu'à Hiéra Héphaïstos a ses forges, parce qu'on en voit monter beaucoup de flammes la nuit et de fumée le jour. »

Pour nous aujourd'hui, Strongylè s'appelle Stromboli et Hiéra s'appelle Vulcano et ce n'est pas étonnant car Héphaïstos pour les Romains de l'Antiquité, c'est le dieu Vulcain. Vulcano est de plus à l'origine du mot volcan, pour d'évidentes raisons.

Activité fumerollienne, dépôts soufrés solides (phase alpha et bêta) et liquides, filmés en 2018 au bord du cratère de la Fossa, à Vulcano (îles Éoliennes, Sicile, Italie). © Ludovic Leduc

Ce qui est moins connu du grand public c'est que pour des volcanologues, les éruptions des dernières années 1880 ont servi à définir en premier lieu l'activité éruptive d'un volcan faisant ce que l'on appelle donc désormais une éruption vulcanienne. On doit la définition de ce type d'éruption et leur nom au sismologue et volcanologue italien Giuseppe Mercalli qui avait assisté à ces activités volcaniques. Mercalli est aussi à  l'origine d'une classification des séismes en fonction des dégâts qu'ils causent et elle est donc complémentaire de celle de Richter, plus connue, basée sur l'énergie libérée.

Des fumerolles de plus en plus chaudes et importantes

Vulcano, comme presque toutes les îles Éoliennes, est très touristique car jusqu'à présent et depuis plus d'un siècle on pouvait monter sur les bords de son cratère central, la Fossa, et y admirer ses champs fumerolliens avec ses magnifiques dépôts de soufre. C'est souvent le premier contact pour des passionnées avec des volcans actifs, suivi d'un autre pèlerinage également dans les pas des volcanologues français Haroun Tazieff, Maurice et Katia Krafft sur Stromboli.

Mais depuis quelques mois, Vulcano inquiète de plus en plus en raison de modifications des paramètres géochimiques et géothermiques des fumerolles, ainsi que des paramètres sismiques et de déformation du volcan. Début octobre, le maire de Lipari avait déjà fortement restreint l'accès au sommet du cratère de la Fossa.

L'activité fumerollienne sur Vulcano peut être augmentée par les pluies mais si on compare celle du milieu du mois d'octobre 2021 avec celle de 2018 dans la précédente vidéo ci-dessus, on commence à voir une différence nette signalant une augmentation du dégazage. © INGVvulcani

Il y a environ un mois, les volcanologues rappelaient que la dernière grande éruption date de 1890 et que La Fossa n'étant pas un volcan éteint mais seulement endormi, des variations des paramètres géochimiques et géophysiques n'impliquant pas forcément une reprise de l'activité éruptive sont normales. Mieux, les variations déjà constatées, une augmentation des températures des fumerolles et des volumes émis, s'étaient déjà produites au cours des années 1980. Il n'y avait pas lieu de paniquer et de craindre vraiment une nouvelle éruption... mais on ne pouvait pas l'exclure (on peut trouver une exposition de l'histoire éruptive récente de Vulcano avec ce lien).

Début octobre 2021, le responsable de l'Observatoire des Éoliennes, le volcanologue Mauro Coltelli, donne des explications sur l'augmentation de l'activité de la Fossa, rappelant que la dernière éruption violente date de 130 ans. Pour comprendre la suite de ses explications, cliquez sur le rectangle blanc en bas à droite. Les sous-titres en italien devraient alors apparaître. Cliquez ensuite sur l'écrou à droite du rectangle, puis sur « Sous-titres » et enfin sur « Traduire automatiquement ». Choisissez « Français ». © AMnotizieVideo

Des émissions de gaz carbonique multipliées par 6

Toujours est-il que le 18 novembre 2021, un communiqué de l'Istituto nazionale di geofisica e vulcanologia faisait savoir que quatre stations géochimiques pour mesurer le flux de CO2 du sol et la concentration de CO2 dans l'air, qui s'ajoutent au réseau existant, et une station Multigaz pour la détection de CO2 et SO2 avaient été installées. Dans le même temps, six nouvelles stations sismiques ont été ajoutées sur l'île de Vulcano ainsi que deux gravimètres à acquisition continue de mesures gravimétriques périodiques sur le cône de La Fossa. D'autres dispositifs nouveaux sont venus les rejoindre comme  une nouvelle caméra thermique surveillant la zone fumerollienne à l'intérieur du cratère de La Fossa.

Sur cette vidéo, l'importante augmentation de l'activité fumerollienne sur Vulcano est très nette et spectaculaire. © Passione Fotografia, Angelo Gitto

La situation s'est aggravée et les volcanologues ont mesuré une augmentation d'un facteur 6 des émissions de gaz carbonique par rapport à la moyenne normale, car ce ne sont pas moins de 480 tonnes de CO2 qui sont maintenant libérées chaque jour.

Des résidents ont déjà manifesté des problèmes respiratoires, et on craint déjà des morts de sorte qu'une zone d'exclusion conduisant 250 personnes à se déplacer a été instaurée alors que l'accès de l'île aux touristes a été supprimé pour au moins un mois.

La zone rouge contenant des magasins et des restaurants reste d'accès libre pendant la journée, mais les résidents ne sont pas autorisés à demeurer chez eux entre 23 h 00 et 6 h 00. Il plus facile de se faire surprendre de nuit par des gaz délétères.

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