Le sentier des ocres de Roussillon permet de découvrir un site exceptionnel niché au cœur du Luberon. © irichu, Wikimedia Commons, CC by-sa 4.0
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L’Exploratorium : comment se sont formés les ocres de Roussillon ?

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Partons à la découverte d'un site emblématique de Provence : le Sentier des ocres à Roussillon. Longtemps exploitées pour leurs pigments naturels offrant toutes les teintes du rouge au jaune, ces anciennes carrières sont les vestiges d'une ancienne mer qui occupait les lieux il y a plus de 110 millions d'années.

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La France est extrêmement riche en sites naturels exceptionnels, qui donnent parfois l'impression de se trouver sur une autre planète. Au cœur du Luberon, dans le département du Vaucluse, se trouve ainsi le plus important gisement d'ocres de France. Ici, la terre se pare de ses plus belles couleurs : du rouge sombre au jaune aveuglant en passant par un bel orange... On pourrait se croire dans un canyon martien s'il n'y avait la présence de cette végétation typique des régions du Sud.

Les magnifiques couleurs des anciennes carrières d'ocres. © Denis Champollion, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0

Au départ du village de Roussillon, le Sentier des ocres est l'occasion de découvrir en famille et sans difficulté ce site spectaculaire, d'en apprendre plus sur son histoire et notamment sur son exploitation, mais également de comprendre les processus géologiques qui en sont à l'origine.

Un site intensément exploité

Car pour donner naissance à ce site, il aura fallu du temps et des conditions bien particulières. Les « ocres », ces pigments naturels très prisés avant l'invention des colorants chimiques, sont en fait des argiles, plus précisément de la kaolinite, contenant des oxydes et hydroxydes de fer qui vont lui donner ces variations de teinte rouge si caractéristiques.

Utilisées principalement pour colorer les peintures et les mortiers, les ocres de Roussillon, et plus généralement de Provence car il existe plusieurs sites similaires, ont été intensément exploitées de la fin du XVIIIe siècle jusqu'au milieu du XXe. Aujourd'hui, les colorants chimiques, moins chers à produire, ont remplacé ces colorants naturels et la plupart des sites sont à l'abandon.

Très tôt, dès la préhistoire, les ocres de Provence ont été utilisées par l'Homme pour produire des peintures colorées. © Lascaux, Wikimedia Commons, domaine public

Une histoire qui commence il y a plus de 110 millions d’années

Les ocres que l'on trouve en Provence ont été formées il y a 110 à 95 millions d'années environ, durant l'Albien et le Cénomanien. Avant cette époque, la Provence était totalement sous les eaux. C'est d'ailleurs durant cette longue phase marine que vont se déposer les calcaires à l'origine du Mont Ventoux, des monts du Luberon, du canyon du Verdon mais également des calanques de Marseille et de Cassis ! Il y a 110 millions d'années, la mer s'approfondit et des argiles grises vont venir se déposer sur les calcaires, jusqu'à combler presque entièrement ce bassin. C'est dans cet environnement marin devenu peu profond que se déposent et s'accumulent les sables mais également des argiles vertes de type glauconite. À noter que la particularité de la glauconite est d'être riche en fer.

Dès la fin de l'Albien, il y a environ 100 millions d'années, la région du sud du Vaucluse commence cependant à sortir de l'eau. Cette émersion progressive, qui ne va être complète que plusieurs dizaines de millions d'années plus tard, est associée au jeu d'une grande faille transformante qui sépare la plaque européenne de la microplaque ibérico-corso-sade, située plus au sud. Le mouvement de cette grande faille provoque un soulèvement global de la région.

Un environnement tropical qui lessive et altère un sol riche en fer

Lors de cette émersion, les dépôts sableux et argileux se retrouvent au contact de l'air et subissent une forte altération chimique. Le sud de la France est en effet alors soumis à un climat intertropical humide dont les pluies diluviennes vont lessiver et dissoudre certains éléments du sol. Cette altération déconstruit ainsi la glauconite pour produire un nouveau minéral argileux, la kaolinite. Lors de ce processus d'altération, le fer présent dans la glauconite est perdu et se met à circuler entre les grains de sable et d'argile. Il est alors oxydé, ce qui va lui donner une teinte rouge, qui va venir colorer l'ensemble du dépôt argilo-sableux en se fixant sur la kaolinite.

Les stratifications obliques, marqueurs d'un ancien environnement marin, sont visibles sur les falaises d'ocres, à condition de bien regarder ! © Jean-Christophe Benoist, Wikimedia Commons, CC by 3.0

Petit détail pour fins observateurs : les traces du passé marin de la région sont encore bien visibles aujourd'hui sur les fronts de taille des falaises d'ocres de Roussillon. Il est en effet possible d'apercevoir des stratifications obliques qui ne sont rien d'autre que des rides de sable vues en coupe.

La visite des ocres de Roussillon est donc l'occasion de faire un petit voyage dans le temps et de partir à la découverte du passé de la région, tout en en prenant plein les yeux !

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