La Grande Barrière de corail est touchée par le blanchissement. Elle consiste en une longue série de récifs le long de la côte est de l'Australie, s'étalant sur plus de 2.600 km. Ceux-ci abritent une très grande variété d'espèces. © Dorothea Bender, Champ for ARC Centre of Excellence for Coral Reef Studies

Planète

Pour sauver la Grande Barrière de corail, l'Australie appelle au secours

Devant la dégradation de la Grande Barrière de corail, attaquée par la hausse des températures et par une redoutable étoile de mer, le gouvernement australien cherche des solutions pour enrayer le phénomène. La dernière en date : proposer de fortes récompenses à qui aurait de bonnes idées.

Inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco en 1981, la Grande Barrière de corail s'étend sur environ 345.000 km2 le long de la côte australienne et constitue le plus vaste ensemble corallien du monde. Elle a récemment subi plusieurs épisodes sans précédent de blanchissement de ses coraux, un phénomène dû, entre autres, au réchauffement climatique. Ses récifs sont également menacés par l'acanthaster pourpre, une étoile de mer dévoreuse de coraux, ainsi que par les activités industrielles et agricoles.

Mardi, le gouvernement australien a annoncé une enveloppe de deux millions de dollars australiens (1,3 million d'euros au cours actuel) pour aider les chercheurs qui auraient des idées pour sauver la Grande Barrière. « Il faut une réflexion à la hauteur de l'importance du problème, a déclaré le ministre australien de l'Environnement Josh FrydenbergIl faut se rappeler que les solutions peuvent provenir de partout. » Cette enveloppe, a-t-il précisé, serait mise à disposition des « plus grands esprits scientifiques, industriels, économiques, innovants et entrepreneuriaux ».

Corail blanchi en mars 2016 au sein de la Grande Barrière de corail, au large de l’île Lizard. © The Ocean Agency, XL Catlin Seaview Survey, Christophe Bailhache

Lutter contre le blanchissement des coraux par tous les moyens

« Les solutions peuvent être diverses, de la réduction de l'exposition des coraux aux facteurs de perturbation physique au renforcement des taux de régénération des coraux par la culture de larves attirant d'autres espèces marines importantes », a poursuivi le ministre. Jusqu'à 250.000 dollars australiens (163.000 euros) pourront être alloués dans une phase initiale de faisabilité, au cours de laquelle les chercheurs pourront tester la viabilité technique et commerciale de leurs propositions pendant six mois. Plus d'une proposition devrait être acceptée à ce stade, a indiqué le gouvernement. Un million de dollars australiens (652.000 euros) iront au meilleur projet pour la « preuve du concept », la phase où les chercheurs développent et testent leur solution pendant une période allant jusqu'à douze mois.

Le blanchissement des coraux est un phénomène de dépérissement qui se traduit par une décoloration. Il est provoqué par la hausse de la température de l'eau, qui entraîne l'expulsion des algues symbiotiques donnant au corail sa couleur et ses nutriments. Les récifs peuvent s'en remettre si l'eau refroidit, mais ils peuvent aussi mourir si le phénomène persiste. Or, la Grande Barrière a connu quatre épisodes graves de blanchissement ces 20 dernières années, en 1998, 2002, 2016 et 2017.

Pour en savoir plus

La Grande Barrière a perdu la moitié de ses coraux depuis 1985

Article de Jean-Luc Goudet publié le 2 octobre 2012

Bilan de la surveillance de la Grande Barrière, en Australie, qui a commencé il y a 27 ans : la moitié des coraux ont disparu. D'abord à cause des tempêtes tropicales et des étoiles de mer, mais aussi après des épisodes de blanchiment. Cette régression pourrait être freinée voire inversée, affirme l'Institut australien des sciences maritimes.

Faudra-t-il chasser les étoiles de mer de la Grande Barrière de corail en Australie ? C'est ce que préconise John Gunn, patron de l'AIMS (Australian Institute of Marine Science, Institut australien des sciences maritimes), dans un communiqué commentant une étude parue dans la revue scientifique Pnas.

Les équipes de ce centre de recherche, qui veut aussi créer une banque de sperme de corail, observent la Grande Barrière depuis 1985 et, rappelle la publication scientifique, ont mené 2.258 études de terrain sur 214 récifs, ce qui ferait de cette série la plus longue surveillance de récifs coralliens. « Nos chercheurs ont passé 2.700 jours en mer ! » ajoute Peter Doherty, de l'AIMS. Le résultat semble net, et assez surprenant : la Grande Barrière a perdu sur cette période 50,7 % de la surface occupée par des récifs, leur étendue passant de 28,0 % en 1985 à 13,8 % en 2012, soit une diminution moyenne de 0,53 % par an.

Les terribles acanthasters pourpres, reconnaissables à leurs longues épines, dangereusement venimeuses, prolifèrent facilement. Cette étoile de mer se nourrit essentiellement de corail. Très prolifique, l'espèce est considérée comme invasive et a peu de prédateurs, qui craignent son venin. © AIMS, YouTube

De redoutables invasions d'étoiles de mer

Les océanographes australiens ont déterminé les causes de cette régression : les tempêtes tropicales seraient responsables de 48 % des pertes. Viendrait ensuite, pour 42 %, la prédation par l'acanthaster pourpre (Acanthaster planci), une étoile de mer friande des polypes, ces petits animaux (des cnidaires) qui fabriquent le corail. Loin derrière (10 %), la troisième cause, expliquent les auteurs, serait le blanchiment (quand le corail perd ses zooxanthelles), surtout à cause de deux épisodes en 1998 et 2002, attribués au réchauffement des eaux, consécutif à celui de l'atmosphère. À ce rythme, affirment les auteurs de l'étude, les récifs de la Grande Barrière auront encore diminué de moitié en 2022.

Ce long suivi a permis de constater que les afflux d'acanthasters pourpres se produisent à peu près tous les 15 ans par une invasion venue du nord, due à des courants. Cet échinoderme envahissant, capable de se reproduire massivement, semble bien être l'ennemi public numéro un des récifs. Les brutales augmentations de population sont dues à des booms phytoplanctoniques, proliférations de microalgues générées par des apports de nutriments venus du large au gré des courants ou bien de la pollution des eaux côtières. Comme pour les algues au large des côtes bretonnes, les auteurs accusent en effet les engrais agricoles qui, parvenus en mer, viennent faire croître les algues marines.

Les récifs coralliens récupèrent si l'environnement est bon

Après un tel épisode, les populations de corail se remettent d'aplomb, « mais il leur faut 10 à 20 ans ». Ces études ont d'ailleurs démontré les capacités de récupération du corail. Ainsi, dans la partie nord de la Grande Barrière, épargnée par les tempêtes, il n'y a pas eu de déclin. Et les auteurs estiment qu'en l'absence de tempêtes, d'acanthasters pourpres et de blanchiment, les récifs progresseraient de 2,85 % par an.

Si « on ne peut pas arrêter les tempêtes », ni, à court terme, le réchauffement des eaux, comme l'explique John Gunn, « on peut agir pour réduire l'impact des étoiles de mer ». Selon les conclusions de l'étude, avec le niveau des tempêtes actuelles et des épisodes de blanchiment, empêcher cette prédation, d'abord en préservant la qualité de l'eau, conduirait à ce que les surfaces des récifs coralliens augmentent de 0,89 % par an. Les océanographes de l'AIMS estiment toutefois que « cette stratégie ne pourra réussir que si les conditions climatiques sont stabilisées ».

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