Les polluants organiques persistants (POP) présents en Arctique ont une influence sur la longueur des télomères chez la mouette tridactyle (Rissa tridactyla). Les analyses montrent que des télomères plus courts sont observés chez les individus les plus fortement contaminés par l’oxychlordane, un pesticide organochloré très toxique. © Wolfgang Kruck, shutterstock.com

Planète

Les pesticides semblent affaiblir les mouettes arctiques

ActualitéClassé sous :Pollution , Environnement , pollution aux pesticides

Chez les mouettes tridactyles de l'île du Spitzberg, en région arctique, la concentration d'une molécule dérivée d'un pesticide organochloré est liée au raccourcissement des télomères des chromosomes, un indicateur de la santé, voire du vieillissement. Cet effet pourrait expliquer les faibles taux de survie observés actuellement chez cette espèce et associés à cette molécule, estiment les chercheurs.

Les régions situées au-delà du cercle polaire arctique sont les plus affectées par les émissions polluantes. À la faveur des courants atmosphériques, l'Arctique a vu affluer au cours des dernières décennies une kyrielle de substances très toxiques (DDT, PCB, pesticides organochlorés, etc.) en provenance d'Asie et d'Europe. Mais alors que l'impact de ces polluants organiques persistants (POP) sur la santé des peuples autochtones, comme les Inuits, est désormais bien documenté, qu'en est-il de la faune sauvage de l'Arctique ? C'est ce qu'a voulu vérifier une équipe internationale, réunissant des chercheurs du Centre d'études biologiques de Chizé (CEBC, CNRS, université de La Rochelle) et de l'Institut polaire norvégien, soutenus par l'Institut polaire Paul-Émile Victor, en prenant comme modèle d'étude la mouette tridactyle (Rissa tridactyla).

À proximité de la station scientifique norvégienne de Ny-Ålesund, située dans le nord de l'île du Spitzberg, les biologistes ont d'abord capturé, pendant la période de reproduction, 38 de ces oiseaux marins sur lesquels ils ont effectué une prise de sang. Ces prélèvements sanguins leur ont permis de « sexer » les volatiles et de mesurer la concentration en oxychlordane dans leur organisme. Cette molécule est la forme environnementale du chlordane, un pesticide organochloré faisant partie de ces fameux POP, particulièrement toxiques pour les animaux.

Cette étude est la première du genre à mettre en évidence, chez un animal sauvage, une relation significative entre un POP et la diminution de la longueur des télomères. © Pierre Blévin, CEBC-CNRS

L'oxychlordane réduit le taux de survie

Pour chaque mouette, l'équipe a également mesuré la longueur des télomères. Régions hautement répétitives d'ADN situées à l'extrémité des chromosomes, les télomères raccourcissent à chaque division cellulaire. Une attrition inexorable qui peut être accentuée par un large éventail de facteurs environnementaux, tels que le stress.

« L'influence des polluants sur la longueur des télomères étant en revanche très mal connue, notre étude visait à vérifier s'il existait une relation entre ce paramètre et le niveau d'exposition à l'un d'entre eux », précise Olivier Chastel, directeur de chercheur CNRS au CEBC et dernier auteur de l'étude.

Leurs analyses révèlent que des télomères plus courts sont observés chez les mouettes tridactyles les plus fortement contaminées par l'oxychlordane. Cette étude est la première du genre à mettre en évidence, chez un animal sauvage, une relation négative et significative entre un POP et la longueur des télomères. Cet effet pourrait expliquer le plus faible taux de survie précédemment rapporté par cette même équipe chez les mouettes tridactyles les plus exposées à l'oxychlordane. Les travaux que les scientifiques viennent de publier dans Science of the Total Environment semblent pour leur part attester d'une sensibilité accrue des femelles à ce pesticide organochloré.

Pour Olivier Chastel, cela n'a rien de très surprenant : « En période de reproduction, les femelles dépensent beaucoup plus d'énergie que les mâles, notamment lors de la ponte, ce qui accentue d'autant plus leur sensibilité à ce type de contaminants qui a pour principal effet de diminuer la résistance des organismes qui y sont exposés ».

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour.

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !

Cela vous intéressera aussi

Interview 5/5 : quels sont les effets de la pollution sur l'environnement ?  La pollution émise par les métropoles et les industries est une menace pour l’Homme. Mais quels sont ses réels effets sur l’environnement et sur la faune ? Nous avons interviewé Philippe Hubert, directeur des risques chroniques de l’Ineris, afin qu’il nous parle des effets de la pollution sur l’environnement.