Un groupe de Deinotherium se rend à un point d'eau au cours de l'âge d'or des proboscidiens. © Catmando, Adobe Stock
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Grandeur et décadence des méga-herbivores

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Les proboscidiens sont des méga-herbivores dont l'origine remonte au Cénozoïque et dont la grande diversité n'est plus aujourd'hui visible que dans le registre fossile. Des chercheurs ont mené l'enquête afin de comprendre comment ces espèces, aux morphologies parfois très surprenantes, ont succombé après avoir peuplé l'ensemble de la Terre.

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Les fossiles racontent aujourd'hui que la plupart des espèces vivantes ayant peuplé la Terre sont aujourd'hui éteintes. Parmi le groupe très étudié des mammifères, le registre fossile montre que 160.000 espèces ont existé alors qu'il n'en existe que 5.500 actuelles. Cela signifie donc que, pour une espèce de mammifère actuelle, il en existe 30 fossiles ! Pourtant, la responsabilité des facteurs qui permettent l'apparition et la disparition des lignées et des espèces demeure difficile à établir pour les paléontologues. Il est d'autant plus complexe de comprendre quelles sont les raisons du déclin d'une espèce lorsque celles-ci peuvent être multiples. Il peut s'agir d'une modification du milieu abiotique (température, humidité) qui entraîne une compétition accrue entre deux espèces dont l'une s'éteint finalement.

Des chercheurs de plusieurs pays et universités ont uni leurs efforts afin de reconstruire l'histoire évolutive des proboscidiens, l'un des groupes des plus grands mammifères ayant jamais vécu sur Terre. Ce groupe comprend les éléphants actuels, dont le nombre d'espèces est de trois, ainsi que les mammouths, les mastodontes et les déinothéridés aujourd'hui tous éteints. Le nombre d'espèces différentes de proboscidiens fossiles est en effet de 180 et si les éléphants actuels vivent en Asie et en Afrique, leurs cousins éteints avaient aussi colonisé l'Europe, l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud. 

Par le passé, plusieurs espèces de proboscidiens pouvaient se côtoyer. Selon cette vue d'artiste, des Australopithèques observent cette diversité dans ce qui serait le Kenya actuel. © Julius Csotonyi

L'âge d'or des proboscidiens

Les auteurs expliquent qu'au cours des trente premiers millions d'années d'évolution des proboscidiens, ces derniers n'étaient présents que sur un continent formé par l'Afrique et l'Arabie actuelles, elles-mêmes séparées de l'Asie, contrairement à la configuration des continents aujourd'hui. Les espèces qui vivaient en Afro-Arabie avaient alors des écologies similaires et une évolution lente. Pourtant, vers 22 millions d'années, l'Afro-Arabie a été reliée à l'Asie et les proboscidiens ont pu coloniser le monde entier. Les différentes espèces aux écologies et morphologies similaires ont donc fait face à de nouveaux environnements et ont développé des écologies différentes.

Plusieurs espèces ont pu se côtoyer dans un même écosystème

Ils ont notamment développé des dents aux morphologies diverses jusqu'à ce que certaines aient une forme de pelle. Plusieurs espèces ont pu se côtoyer dans un même écosystème. Cette stratégie leur a permis de limiter les relations de compétition entre les espèces de proboscidiens, donnant ainsi un point de départ à l'âge d'or des proboscidiens.

Les éléphants d'Afrique (à gauche) et d'Asie (à droite) sont apparus avec l'émergence de la savane. © Jakub Krechowicz, Adobe Stock

Le déclin du groupe est-il lié à l'Homme ?

Qu'est-il donc arrivé à ce groupe pour que seuls les éléphants en soient les représentants actuels ? Les auteurs de l'étude parue dans Nature Ecology & Evolution révèlent qu'il y a environ sept millions d'années, la savane a remplacé plusieurs écosystèmes sur tous les continents et que les proboscidiens adaptés aux environnements forestiers ont donc disparu. Pourtant, ces changements ont également entraîné l'émergence de nouvelles espèces, parmi lesquelles les éléphants actuels, capables de se nourrir d'éléments peu nutritifs tels que les bois et l'herbe.

Il y a trois millions d'années, cependant, le début des ères glaciaires a multiplié le taux d'extinction d'espèces de proboscidiens par cinq. Ce taux a encore augmenté en Eurasie il y a 160.000 ans et en Amérique il y a 75.000 ans. L'Homme serait-il donc responsable de ces dernières phases d'extinction ? Non, selon le Dr Cantalapiedra car il n'avait alors pas encore atteint ces aires géographiques. Pourtant, si le déclin global des proboscidiens est dû aux changements climatiques, l'Homme a probablement contribué, bien plus tard, à la disparition d'espèces telles que le mammouth laineux.

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