La disparition de nombreuses espèces de méga-herbivores entre -50.000 et -6.000 ans a engendré des modifications sur le paysage. Parmi celles-ci, la plus grande quantité de végétaux au sol a permis aux incendies de s'étendre considérablement.


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    La consommation de végétaux par les organismes herbivores façonne les paysages. L'un des exemples les plus connus à ce propos concerne l'activité de pâturage des troupeaux de moutons ou de vaches, qui maintiennent de vastes espaces ouverts car des espèces ligneuses (arbres et arbustes) n'ont pas le temps de s'y développer. Si les troupeaux ne fréquentaient plus ces espaces, ces derniers deviendraient probablement des forêts. Cet impact des troupeaux d'organismes brouteurs sur l'environnement est bien connu actuellement car les échelles de temps auxquelles se sont produites ces modifications du paysage sont très récentes. La relation entre l'activité de broutage et l'environnement il y a plusieurs dizaines de milliers d'années en arrière est donc moins bien connue car plus difficile à étudier, notamment parce que les espèces présentes à ces périodes ont aujourd'hui disparu.

    Moins d'organismes brouteurs et plus d'herbes à brûler

    Une équipe de recherche publie aujourd'hui une étude dans le journal Science concernant l'impact de l'extinction de grands mammifères herbivores éteints sur la fréquence des incendies. Les mammouths, le bison géant (Bison latifrons) et de nombreuses races anciennes de chevaux se sont éteints entre -50.000 ans et -6.000 ans.

    Vue d'artiste du bison géant <em>Bison latifrons</em>. © Елена Фаенкова, Adobe Stock
    Vue d'artiste du bison géant Bison latifrons. © Елена Фаенкова, Adobe Stock

    Au cours de cette période, les auteurs rapportent que le continent africain a perdu 22 % de ses grands organismes brouteurs, que l'Australie en a perdu 44 %, l'Amérique du Nord 68 % et que l'Amérique du Sud a subi la plus grande perte puisqu'elle s'élève à 83 %. Les auteurs ont ensuite comparé le taux de perte de ces brouteurs à celui des incendies dans 410 localités. Les traces d'incendies passés peuvent en effet être conservées pendant des dizaines de milliers d'années dans des sédiments lacustreslacustres. Ils ont ainsi pu établir que l'étendue des incendies était plus importante en Amérique par rapport à l'Australie et à l'Afrique, où les taux d'extinction des méga-herbivores étaient moindres.

    Richesse spécifique des herbivores au Quaternaire tardif. Pre : avant la période d'extinction, post : après la période d'extinction. Jaune : brouteurs, bleu : herbivores se nourrissant sur les arbres et les buissons, vert : régime alimentaire intermédiaire entre les deux dernières catégories. © Karp et al, 2021
    Richesse spécifique des herbivores au Quaternaire tardif. Pre : avant la période d'extinction, post : après la période d'extinction. Jaune : brouteurs, bleu : herbivores se nourrissant sur les arbres et les buissons, vert : régime alimentaire intermédiaire entre les deux dernières catégories. © Karp et al, 2021

    Ils expliquent que la disparition de ces espèces a entraîné une accumulation d'herbes, de feuilles et de boisbois secs qui ont à leur tour favorisé la propagation des incendies. Les auteurs indiquent en effet que les feux alimentés par l'herbe ont augmenté dans les prairies. Ils indiquent par ailleurs que les grands organismes brouteurs n'ont pas été les seuls à disparaître à cette période. Les mastodontes (proboscidiens ressemblant à des mammouthsmammouths et à des éléphants), diprotodons (marsupiaux géants ressemblant aux wombats) et paresseuxparesseux géants se sont également éteints à cette période mais leur disparition n'a pas eu un tel impact sur l'étendue des incendies car ces taxonstaxons se nourrissaient sur des buissons et des arbres.