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La chèvre qui avait le sang froid...

ActualitéClassé sous :paléontologie , zoologie , espèce insulaire

La petite chèvre Myotragus balearicus a vécu sur les îles Baléares, en Méditerranée, jusqu'à l'arrivée d'Homo sapiens. Ce modeste caprin présente une caractéristique unique chez les mammifères : du sang froid ! Des chercheurs espagnols viennent d'aboutir à cette stupéfiante conclusion, qui a de quoi déboussoler le zoologiste.

Crâne de Myotragus balearicus, une chèvre naine et à sang froid disparue il y a 3.000 ans. © Juan Costa CC-by-sa

Les îles sont de grandes pourvoyeuses d'espèces endémiques et hors normes. Isolées, préservées de la compétition qui existe sur les continents et parfois sans prédateur, les espèces évoluent vers des formes à la fois plus libres et plus contraintes. Libres car sans compétition ou prédation, contraintes car limitées par les ressources énergétiques.

Longtemps, les scientifiques se sont demandés comment un mammifère, au métabolisme gourmand en énergie, avait pu survivre sur des îles aussi pauvres que celles des Baléares. Certes, pour réduire ses dépenses énergétiques la taille de Myotragus balearicus s'était réduite (45 cm de haut chez l'adulte), ainsi que celle de ses yeux (un tiers de leur taille initiale) et même celle de leur cerveau, qui n'avait que la moitié de la taille de celui des espèces de dimensions équivalentes.

Ce n'était pourtant pas assez.

Reproduction de la chèvre naine des îles méditerranéennes Myotragus balearicus. © Xavier Vazquez, domaine public

Une chèvre qui ne manquait pas de sang froid

Myotragus balearicus est allé plus loin en adoptant le métabolisme des reptiles, plus flexible et plus adapté aux milieux pauvres en énergie. Tandis que chez les endothermes (à sang chaud), l'organisme a besoin d'un minimum d'énergie en continu, chez les organismes à sang froid, les ectothermes, la croissance et le métabolisme s'adaptent à la disponibilité des ressources énergétique (chaleur, nourriture). En conséquence, la croissance des os alterne entre des phases d'accroissement et des pauses qui se traduisent par des stries de croissance parallèles dans les os.

Les paléontologistes Meike Kohler et Salvador Moya-Sola ont analysé les os longs de Myotragus balearicus et ont découvert ce même type de stries ! Cette chèvre des Baléares avait donc le sang froid et sa croissance était lente et discontinue. Selon eux et d'après les caractéristiques squelettiques, Myotragus balearicus ne pouvait pas sauter, devait se déplacer lentement et prendre régulièrement des bains de soleil.

Ce mode de vie indolent fut possible pour cette chèvre naine car elle n'a eu aucun prédateur pendant les cinq millions d'années qu'elle a passées sur ces îles. Puis, l'homme a débarqué il y a 3.000 ans...

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