Ces sacs sont des méduses pour de nombreux animaux, en particulier les tortues, comme nous le rappelait l’association Surf Rider avec cette image. La vitesse de fragmentation et le destin océanique de cette matière plastique restent encore mal connus. © Surfrider

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Où vont les « continents » de déchets plastiques des océans ?

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Flottant en surface sur les océans du globe et se désagrégeant, les déchets de matière plastique s'accumulent dans cinq zones. C'est ce que montre une vidéo de la Nasa, réalisée en images de synthèse grâce à 35 ans d'observations de bouées et à un modèle reproduisant les courants océaniques. Les résultats des deux sont semblables et permettent de mieux appréhender cette pollution.

Où vont les déchets de matière plastique qui flottent dans l'océan ? Ils se concentrent en « continents de plastique », explique-t-on depuis des années pour désigner d'immenses zones où, poussés par les courants océaniques, ils s'accumulent inexorablement au milieu de gyres, ces grands mouvements tournants de l'eau de surface. L'expression mérite les guillemets car personne ne pourrait marcher sur ces continents et ils sont même invisibles. Au fil de leur périple en surface ou à faible profondeur, les morceaux de plastiques, en effet, se désagrègent et leur taille moyenne diminue considérablement, jusqu'à devenir microscopique. Quelle qu'en soit la dimension, cependant, ils constituent des polluants quand des sacs sont ingurgités par des tortues de mer ou quand des larves planctoniques ingèrent des petites particules.

De multiples observations, comme, par exemple, les missions Tara ou l'expédition Septième continent, ont étudié, voire médiatisé, ce phénomène. Une équipe de la Nasa a réalisé un travail théorique pour déterminer quels chemins peuvent prendre ces déchets flottants au fil des années. Leur travail vidéo vient d'être exposé lors du salon Siggraph 2015, dédié depuis 42 ans à l'image numérique, qui s'est tenu ce mois d'août à Los Angeles, aux États-Unis. L'équipe a utilisé les données de la NOAA, et notamment ce suivi de bouées équipées de moyens radio et suivies par satellites, pour étudier les courants océaniques. Depuis 35 ans, des salves de largages ont permis d'affiner les données que les chercheurs de la Nasa ont corrigées pour faire de ces bouées, en quelque sorte, des simulateurs de déchets.

Les trajectoires observées de bouées (en blanc) et celles, simulées sur ordinateur, de petits déchets se déplaçant à 0,25 m/s (en bleu) sur une période de 2.188 jours, soit 6 ans. Les deux sources fournissent le même résultat : une accumulation dans les régions centrales du Pacifique nord et sud, de l'Atlantique nord et sud et de l'océan Indien. © Nasa, NOAA

Les déchets s'accumulent dans cinq régions océaniques

Comme expliqué dans le communiqué présentant les vidéos, les bouées ne sont pas toutes lancées en même temps et beaucoup sont larguées les unes après les autres, à quelques heures d'intervalles, par des bateaux suivant des routes à peu près rectilignes, ce qui fait apparaître des alignements artificiels. De plus, les bouées ont des durées de vie en mer très variables. Ce travail fait, les chercheurs obtiennent des trajectoires de bouées qui seraient lâchées en même temps en de multiples endroits du globe. Le résultat est visible sur la vidéo incluse dans cet article, où les points blancs représentent ces bouées.

L'équipe de la Nasa a également réalisé une simulation informatique à l'aide du modèle ECCO-2 (Estimating the Circulation and Climate of the Ocean, Phase II) qui reproduit les courants océaniques mondiaux, du moins ce que l'on connaît. Dans cet océan mondial virtuel, ils ont ajouté des déchets de matière plastique (les points bleus) et laissé passer le temps, sur six années. Le résultat reproduit assez exactement les trajectoires des bouées avec une accumulation dans cinq régions centrales de l'océan Pacifique, de l'Atlantique et de l'océan Indien.

C'est dans ces régions qu'il faudra procéder à l'essai du système original imaginé par le jeune Hollandais Boyan Slat, baptisé Ocean Clean Up, pour récupérer ces polluants. En mai dernier, cet inventeur obstiné l'avait annoncé pour 2016. Sans nommer le projet, les auteurs de l'étude estiment illusoire la récupération de telles quantités de particules minuscules disséminées sur de telles surfaces. La solution, bien sûr, est d'éviter de considérer l'océan mondial comme une grande poubelle. Cette vidéo, si elle ne constitue pas une découverte, montre mieux la dissémination et visualise clairement le phénomène. Une vidéo à partager...

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