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Des sous-marins russes au fond du lac Léman

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Deux sous-marins russes viennent d'arriver en Suisse. Cet été, pour le projet Elemo, ils exploreront le fond du lac Léman, sur trois zones différentes. Car il reste encore beaucoup sous les eaux du grand lac alpin.

Un film d'animation présente les explorations Elemo, qui s'accompagnent de projets pédagogiques. © EPFL

Ils sont partis de Kaliningrad, en Russie, et ont traversé la Lituanie, la Pologne et l'Allemagne. Entrés en Suisse à Bâle, ils ont poursuivi leur route jusqu'au Bouveret, un village situé au bord du Léman, à l'embouchure du Rhône, et devenu une station balnéaire. « Ils », ce sont deux sous-marinsMir-1 et Mir-2. Ces engins à vocation scientifique (mir signifie paix et a aussi été le nom de la station spatiale soviétique) s'installeront sur le port de la Sagrave (Société anonyme pour l'exploitation des sables et graviers du Léman).

Capables de plonger à 6.000 mètres, ces sous-marins, de conception russe et de fabrication finlandaise, sont de la classe du Nautile de l’Ifremer et lui ressemblent d'ailleurs beaucoup. Ils peuvent embarquer trois personnes, dont un pilote, et sont dotés de plusieurs instruments extérieurs, notamment un bras pour prélever des échantillons et deux caméras, dont l'une est mobile et l'autre filme en 3D. Les Mir, dont il existe quatre exemplaires, sont célèbres pour avoir servi deux fois au cinéaste James Cameron, l'une pour filmer l'épave du Titanic et l'autre pour des scènes sous-marines du film Abyss. L'un d'eux s'est posé au fond de l'océan Arctique, au niveau du pôle Nord géographique et un autre a exploré le lac Baïkal. Cette fois, ils seront au service d'un projet d'exploration mené par l'EPFL (École polytechnique fédérale de Lausanne) et baptisé Elemo, pour Exploration des eaux lémaniques.

Un sous-marin de type Mir. Deux passagers, plus le pilote, peuvent embarquer dans cet engin de 18,6 tonnes, capable de plonger à 6.000 mètres de profondeur, avec une autonomie de 24 heures. Un bras articulé permet la collecte d'échantillons devant les trois hublots. Un bras plus petit porte une caméra et une seconde caméra peut filmer en relief. © EPFL

Dans les canyons du Rhône

Trois zones seront explorées durant l'été. La première, au large de Vidy, sur la partie nord du lac, a été choisie pour la densité de population - forte - installée sur la côte. L'étude permettra de mieux estimer l'impact des activités humaines sur les sédiments et l'écologie sous-marine. La deuxième série de plongées conduira les Mir au plus profond du lac de Genève, jusqu'à 309,7 mètres sous la surface, une zone très mal connue. Enfin, la troisième campagne s'intéressera, à l'est du lac, au débouché du Rhône, qui charrie 5 millions de tonnes de sédiments par an. Au sein de la matière qui se dépose au fond, le fleuve sculpte des canyons instables, atteignant jusqu'à 15 kilomètres de longueur et 50 mètres de hauteur.

L'utilisation de deux sous-marins permettra de récolter un grand nombre de mesures, dans le plan vertical et dans le plan horizontal. L'un des objectifs est d'étudier les courants profonds, pour préciser le cheminement des polluants d'origine humaine et mieux cerner les zones à protéger. Ces courants ne sont qu'incomplètement connus et varient beaucoup selon la profondeur. On sait par exemple que cette circulation conduit à l'existence de masses d'eau qui se mélangent peu et peuvent rester des années à l'intérieur du lac.

L’œuvre de Jacques Piccard

Ce grand lac reste à la fois peu exploré et très visité. Peu exploré car peu de plongées scientifiques y ont été organisées et très visité car plusieurs dizaines de milliers de personnes s'y sont promenées ! Ce tourisme subaquatique est l'œuvre de l'océanographe Jacques Piccard (père de Bertrand, cofondateur du projet Solar Impulse). Pour l'exposition de 1964, ce grand défenseur et vulgarisateur de l'océan a conçu un sous-marin touristique, l'Auguste Piccard, du nom de son père, aéronaute célèbre. Dans les années qui ont suivi, 32.000 personnes ont grâce à lui visité les fonds du Léman. Jacques Piccard a également conçu un sous-marin de poche (un terme qui n'était pas encore inventé à l'époque), le F.-A. Forel, qui emmènera des milliers de personnes, mais aussi Jacques-Yves Cousteau et des scientifiques, entre 1978 et 2005.

Les submersibles seront basés au Bouveret et à Ouchy, où une exposition vient de s'ouvrir, jusqu'au 21 août, pour présenter le projet Elemo et montrer au public l'environnement profond du lac. Les deux sous-marins, qui sont actuellement en préparation pour les plongées, arriveront ensuite à Ouchy, où l'inauguration aura lieu les 18 et 19 juin prochains.

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