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Prévoir la violence de la mousson d'été, c'est possible

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Phénomène météorologique à l'intensité réputée imprévisible, la mousson est conditionnée par un couplage océan-atmosphère complexe. Des scientifiques ont récemment identifié une forte corrélation entre la mousson asiatique estivale et la configuration du climat six mois plus tôt. Leurs résultats pourraient considérablement améliorer la compréhension et la prévision du phénomène.

En 2005, l'Inde a connu une mousson particulièrement violente. À Bombay, huit cents personnes ont trouvé la mort, et un tiers de la ville était sous les eaux. Des précipitations record de 942 mm ont été enregistrées. © Hitesh Ashar, Wikipédia, cc by 2.0

La mousson estivale d’Asie du Sud-Est impacte l'approvisionnement en eau et en nourriture de milliards d'individus. Au printemps, l'hémisphère nord se réchauffe et provoque un changement de direction des alizés dans l'océan Indien. Ceux-ci apportent alors des masses d'air humide sur les continents, entraînant d'intenses précipitations. Le phénomène est particulièrement intense en Asie du Sud-Est, puisque la chaîne de l'Himalaya bloque les nuages convectifs. En Inde, la mousson d'été fournit 80 % du total de précipitations annuel. L'intensité des moussons rythme donc l'agriculture du pays, secteur qui représente 70 % des emplois.

Les moussons influencent donc fortement la vie du sud de l'Asie, mais chaque année est une surprise. L'intensité du régime de pluies dépend principalement de la température de surface de l'océan Indien. Mais la variabilité d'année en année du phénomène de mousson est mal comprise. Elle est gouvernée par des phénomènes climatiques plus complexes. Les cycles climatiques naturels, comme les événements El Niño, et le climat du Pacifique nord-ouest en particulier ont une influence majeure. Dans ce contexte, la prévision climatique saisonnière de la mousson est bien souvent imprécise. Les locaux ne peuvent donc pas s'appuyer dessus pour anticiper les inondations ou les sécheresses à venir.

Les chercheurs ont étudié les anomalies de température (sea surface temperature, SST) observées (A) et modélisées (C), et les ont comparées aux données de précipitation observées (B) et modélisées (D), afin d’établir le lien entre El Niño et la mousson. © Xie et al., Pnas

Une étude menée par la Scripps Institution of Oceanography en collaboration avec la NOAA pourrait considérablement améliorer la fiabilité des prévisions. Dirigée par les chercheurs Yu Kosaka et Shang-Ping Xie, l'équipe a mis en évidence que l'apparition d'un événement El Niño en hiver influençait la mousson six mois plus tard. Les anomalies climatiques de l'événement hivernal El Niño modifient donc les conditions climatiques de l'océan Indien avec un délai d'un semestre. Les résultats de l'étude publiée dans les Pnas révèlent que le délai de réponse de l'océan Indien aux anomalies de l'océan Pacifique est engendré par la téléconnexion Pacifique-Japon.

Les océans Pacifique et Indien interconnectés

L'étude montre que les anomalies de température dans l'océan Indien sont physiquement couplées aux anomalies atmosphériques du Pacifique nord-ouest. Leur interaction amplifie les deux systèmes. Un événement El Niño se met généralement en place à la fin du mois de décembre (d'où le nom « El Niño », l'enfant Jésus en espagnol). Durant l'été suivant un événement El Niño majeur, la température de l'océan Indien est anormalement élevée. Ainsi, via la téléconnexion Pacifique-Japon, El Niño apporte un temps frais et humide l'été qui suit sa formation en Asie du Sud-Est.

Lorsqu'un événement El Niño se déclare, les nuages convectifs normalement situés dans le Pacifique occidental se déplacent vers le centre du bassin. Les nuages ne sont alors plus disponibles à l'ouest pour refroidir la température de la piscine d'eau chaude (warm pool) de l'océan Pacifique. Cette configuration finit par atténuer les vents dans le nord de l'océan Indien. L'influence de cette atténuation est ressentie jusqu'à l'est du bassin Pacifique, et celle-ci amplifie les anomalies climatiques de la région asiatique. Il s'agit là d'une rétroaction positive du couplage de l'océan Indien et du schéma climatique Pacifique-Japon.

Ainsi, l'interférence d'El Niño dans le régime de mousson peut être vue comme le dernier écho du phénomène. La corrélation entre les anomalies climatiques du Pacifique-Japon et de l'océan Indien est semble-t-il tout à fait prévisible. Cet élément peut donc considérablement améliorer le modèle de prévision de mousson estivale.

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