Aux États-Unis, les modèles météo peuvent être complètement erronés durant un événement El Niño. En analysant le rayonnement infrarouge durant tous les épisodes d'El Niño depuis 1979, des chercheurs américains ont toutefois trouvé un moyen d’identifier leur influence climatique sur la météo.
La variabilité climatique, naturelle ou anthropique, interfère dans les prévisions météorologiques. L’oscillation naturelle du climat la plus importante est l’El Niño Southern Oscillation (Enso). De façon quasi périodique, à l’équateur, l’océan Pacifique oscille entre des phases plus chaudes et moins chaudes que l’état moyen. À l’est du bassin, lorsque l’océan Pacifique se réchauffe (phase El Niño), les circulations atmosphériques (et donc le climat) sont modifiées.
En période El Niño, l’anticyclone de l’île de Pâques s’affaiblit, tandis que les pressions atmosphériques augmentent au niveau de l’Indonésie. Ainsi, lorsque l’événement El Niño est installé, l’Australie, l’Indonésie et la Nouvelle-Guinée souffrent de sécheresses, mais l’ouest du Canada et le nord des États-Unis connaissent des hivers plus doux. L’Amérique du Sud, en revanche, est souvent soumise à d’importantes inondations.

Les prévisionnistes météo sont régulièrement confrontés à des problèmes lorsqu’un événement El Niño est en place. Durant les mois d’hiver aux États-Unis, les modèles de prévision climatique, à l’échelle saisonnière, sont largement erronés. Des chercheurs du Pacific Marine Environmental Laboratory (PMEL, Seattle) conjointement avec des membres de la NOAA ont donc cherché à isoler l’influence de la variabilité climatique.
Tous les événements El Niño n’influencent pas la météo
En se basant sur les données des bouées TAO-Triton, les scientifiques ont tenté de déterminer un signal atmosphérique El Niño systématique. Le but était d’identifier l’influence d’El Niño sur les anomalies saisonnières de situations météorologiques. « Quand il s’agit d’identifier les impacts d’El Niño sur la météo, on cherche systématiquement de meilleurs moyens pour prévoir l’événement », explique Ed Harrison, l’un des auteurs de l’étude, tout juste publiée dans le Journal of Climate.
Pour chaque événement El Niño depuis 1979, les images satellites ont été examinées. L’équipe de recherche américaine a ainsi identifié que pour certains événements chauds, il y avait une forte diminution du rayonnement infrarouge émis par la Terre vers l’atmosphère. Souvent caractérisé par son appellation anglaise Outgoing Longwave Radiation (OLR), ce rayonnement est l’énergie thermique émise par la surface de la Terre et l’atmosphère vers l’espace. C’est donc l’énergie qui ne servira pas au chauffage de la Terre.
Événement El Niño et chute de l’OLR interfèrent avec la météo
D’après l’étude, c’est uniquement lorsqu’un événement El Niño engendre une diminution du signal OLR qu’il interfère avec la météo. Et cela, principalement durant l’hiver. « En classant les événements El Niño en deux catégories, l’une avec des variations des OLR et l’autre sans, les météorologues fournissent de meilleures prévisions durant la saison d’hiver », détaille Ed Harrison
La diminution du signal d’OLR est liée à une émission moins importante des nuages convectifs profonds vers l’atmosphère. Ils surviennent habituellement avant l'hiver, si bien que la synchronisation du signal (El Niño-OLR) pourrait aider les prévisionnistes à améliorer les perspectives d'hiver saisonnières. Les secteurs de l’industrie, de l’énergie et de la construction sont dépendants des conditions météo et donc des prévisions, et par conséquent de la variabilité climatique. De meilleures prévisions météo sont essentielles pour une meilleure réaction des économies lorsqu’un événement El Niño se produit.
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