Planète

Le tchat d'Isabelle Autissier retranscrit !

ActualitéClassé sous :développement durable , tchat , Isabelle Autissier

Mercredi, pour l'opération En ligne pour ta planète, la marraine de Futura-Sciences, Isabelle Autissier, présidente de WWF France et très impliquée dans la défense de l'environnement, répondait en direct aux internautes. Grenelle de l'environnement, marée noire, actions du WWF, volonté politique... les questions n'ont pas manqué, ni en nombre ni en pertinence.

Isabelle Autissier aime la nature en général, l'océan en particulier et le Grand Sud encore plus. Et sa principale occupation est de défendre tout cela. © Ducourtiou / WWF

Isabelle Autissier : Bonjour ! Je suis ravie de pouvoir tchater avec vous. Le dialogue en direct, c'est parfait !

Sceptique : Que pensez-vous des Grenelle de l'environnement ? Poudre aux yeux ou réelle avancée ?

Les deux ! Dans les deux lois, il y a des choses positives. En revanche, il y a eu des reculs sur un certain nombre de sujets. Avec le WWF, nous avons alerté les élus, notamment sur le sujet des éoliennes. Il faut donc un Grenelle 3, un Grenelle 4, etc.

Cachalot : Quels sont vos engagements auprès du WWF ? Pouvez-vous nous en dire un peu plus ? Merci d'avance pour vos réponses.

Mon engagement depuis trois mois, c'est d'être présidente de la branche française du WWF. C'est un travail bénévole. WWF, c'est 160.000 donateurs et une centaine de permanents qui travaillent d'arrache-pied, donc c'est une responsabilité importante. Mon rôle de présidente est de définir les grandes orientations et de travailler pour faire avancer les dossiers au plus haut niveau. Un travail de réunion, de concertation, de lancement des alertes. C'est quand même pas mal de travail !!!

Diane : Pourquoi avoir décidé de vous investir avec le WWF, pourquoi cette association plutôt qu'une autre ?

Elle a une philosophie qui m'intéresse. C'est une association qui est dans l'alerte et la dénonciation, mais aussi dans la construction de solutions, avec des entreprises engagées notamment. Ce sont ces deux choses, avec le travail concret et pratique, qui m'ont plu, c'est un équilibre qui me convient.

Alice : Irez-vous à Bonn ? Et qu'en attendez-vous ?

Je n'irai pas, mais des gens du WWF iront. Nous avons été déçus par Copenhague, mais il faut continuer à se battre, ne pas se démobiliser et être partie prenante des débats.

kiki : Greenpeace aussi est dans la dénonciation et dans l'alerte non, pourquoi ne pas avoir investi cette association ?

Parce que je considère qu'il ne faut pas être uniquement dans l'alerte et la dénonciation, mais qu'il faut participer à l'élaboration de nouveaux modèles.

Agathe : Cela consiste en quoi Futura-Sciences ? Et quel est votre rôle de marraine ?

C'est un rôle mince que je tiens auprès de ce magazine engagé sur les sujets environnementaux. Je participe à ce qu'ils font et de temps en temps, je participe à des opérations plus ou moins médiatisées.

Fae : Six mois après, avez-vous une opinion sur Copenhague ? Que s'est-il passé selon vous ?
virgile : Comment peut-on concilier les différentes visions du monde et surtout faire accepter aux pays en (très grand) développement de ne pas répéter nos erreurs ?

Copenhague a été un échec. Les gouvernements n'étaient pas prêts à s'entendre. Des pays pensent encore que leur développement économique prime sur le reste. L'Union Européenne n'a peut-être pas parlé assez fort aussi. Finalement, il s'est passé assez peu de choses là-bas. Le seul grand intérêt de ce sommet c'est que cette problématique a été mise sur la place publique. Beaucoup de gens se sont sentis concernés, c'est en cela que c'était important.

Tristan : J'ai lu quelque part que vous disiez « L'écologie est parfois un combat décourageant », pourquoi dites-vous cela ? Selon vous qu'est-ce qu'il faudrait faire de plus ?

C'est une petite phrase un peu sortie de son contexte ! J'avais ajouté juste après que je ne suis pas du genre à me décourager ! Il y a des gens qui font la sourde oreille, alors c'est parfois décourageant. Mais la mobilisation citoyenne est capitale pour que les dirigeants se sentent poussés par leurs peuples, par leurs électeurs.

Colin : Qu'avez-vous retenu de vos longues années en mer ? Quel est votre meilleur souvenir ? Et le pire ?

J'en retiens beaucoup de bonheur... La navigation, le contact avec la nature... En mer, on comprend immédiatement que l'homme ne peut survivre en mer que s'il écoute la nature. On ne décide pas du vent. C'est une approche assez juste du développement durable. Des meilleurs souvenirs, j'en ai des milliers. On se sent à sa place dans la nature et dans la mer, quand le spectacle est sublime, c'est comme cela que l'on comprend mieux son environnement. Ce sont des bonheurs techniques, esthétiques, de relations humaines avec son équipage ou avec les gens à terre en solitaire. Mon pire souvenir vient du Vendée Globe. Je suis partie à la recherche d'un compétiteur qui avait disparu, dans des conditions très difficiles de tempêtes. Finalement, il a disparu en mer. Perdre un ami, perdre un marin en mer, c'est vraiment très dur à vivre.

Julia : Avec tous vos engagements associatifs, avez-vous encore le temps d'aller en mer ? Et avez-vous le sentiment que la situation se dégrade en mer ?

Aller en mer reste une priorité. Donc je m'organise pour naviguer 3 à 4 mois par an. Ce n'est plus un bateau de course mais un bateau d'exploration. Je me rends en Patagonie par exemple. Je continue à naviguer sur les océans où c'est vrai que j'ai l'impression de voir moins de mammifères marins, mais il faudrait le corroborer avec une vraie étude scientifique, car cela ne peut être qu'une impression.

Stan : L'écologie chez vous c'est une seconde nature ou c'est venu progressivement par des prises de conscience successives ?
Paulo : Quel a été votre déclic écolo ?

Je ne peux dire qu'il y a eu un déclic. J'ai fait des études d'ingénieur agronome, donc j'ai étudié la nature. Je dirai que cela s'est passé avant tout par étapes... Mes navigations m'ont aussi beaucoup rapproché de la nature. Ce ne fut donc pas un déclic, mais plutôt un mouvement progressif.

Pepito : Y a-t-il des marins qui ne respectent pas la mer ? Ou bien est-ce que connaître la mer c'est forcément l'aimer et avoir envie de la protéger ? Et dans ce cas, est-ce que la sensibilisation à la beauté du monde marin ne serait pas le meilleur mode de prévention de la dégradation des océans ?

Oui et non. Oui, quand on aime quelque chose, on veut le défendre et le protéger. Mais ce n'est pas forcément tout ce qui importe. Les marins aiment la mer, mais cela ne veut pas dire qu'ils se comportent toujours comme il le faudrait. Il n'y a donc pas que la sensibilisation qui suffise. Il faut aussi adopter un certain nombre de règles, car il y a des choses que les gens ne font pas spontanément.

Alain : Bonjour. Que pensez-vous des actions spectaculaires et médiatiques menées par des associations comme Greenpeace ou Sea Shepperd ?

J'en pense globalement du bien. Nous, nous n'avons pas le même mode d'action, mais nous sommes solidaires. Par exemple, nous sommes solidaires de Greenpeace sur le thon rouge. Nous travaillons conjointement dans le lobbying. Nous sommes dans l'organisation d'un dialogue avec les petits pêcheurs pour trouver des ressources pour conserver le poisson et donc les pêcheurs.

Didier : Cette année, il me semble que ce soit l'année de la biodiversité, que va-t-il se passer, y a-t-il des manifestations, des actions supplémentaires, pouvez-vous nous en dire plus, svp ?
Marie-Anne : Quel est votre investissement dans cette année de la biodiversité ? Merci pour votre action madame.

Plus que cette année, c'est notre sujet depuis 35 ans ! Il y a une visibilité médiatique plus forte en 2010, alors on en profite. Nous irons à la conférence de Nagoya. Hier, j'ai fait une conférence pour des entreprises pour leur expliquer comment protéger la biodiversité. Notre travail de fond continue, c'est notre quotidien depuis des années et des années.

parc_de_crosne : Bonjour. Est-ce que la collaboration de Serge Orru se passe bien ?

Très bien. Il est le directeur général du WWF. Heureusement que ça se passe bien, ce binôme président-directeur. Il y a un très bon travail, on s'entend bien, je suis très contente de ça.

rudy : Etes-vous toujours présidente de Terres australes et antarctiques françaises ? Quelle observation avez-vous sur la fonte des glaces antarctiques ?

Je n'en suis pas la présidente. Je fais simplement partie du conseil d'administration. C'est une entité juridique de terres françaises sans habitants dont je suis l'évolution depuis de nombreuses années. Je navigue d'ailleurs en Antarctique depuis 10 ans. J'ai pu observer le morcellement de certaines plates formes glaciaires. Elles deviennent des îles. On voit à l'œil nu des conséquences physiques dramatiques du réchauffement climatique. Vous savez : les pôles se réchauffent plus vite que le reste de la planète ! Ils sont donc les premiers touchés...

catherine-ertog : Quand vous avez présidé les travaux du Grenelle de la mer, avez-vous senti un réel investissement du gouvernement pour préserver les océans et nos cotes ? A bientôt.

La méthode Grenelle est très productive. L'Etat est un des acteurs majeurs, avec les associations, les collectivités locales, les employeurs, les salariés... Tout le monde discute ensemble et fait les constats et la liste des choses à faire. De ce point de vue-là, les services de l'Etat étaient très coopératifs. Il y a une réelle envie de faire avancer les choses. Après viennent d'autres choses : l'action politique, l'action législative... Parmi les parlementaires, certains sont convaincus mais c'est encore une minorité.

Estella : Quel est votre point de vue sur la gestion de la crise au large des côtes de Louisiane, cela aurait pu être évité, mieux géré ? Merci d'avance pour votre point de vue.
Stan : Que vous inspire l'affaire BP qui fait en ce moment les gros titres ?

C'est un drame très clairement dû la rapacité de cette société en termes financiers. Elle a fait passer ses intérêts économiques avant la sécurité et la protection de la nature. Ensuite, elle n'a pas su gérer les conséquences de ce désastre. Cela m'évoque deux choses : 1/ On dit que la science résoudra tous les problèmes et là on voit que la science et la technique ne savent pas résoudre les problèmes des forages en eaux profondes, 2/ On constate que l'on est encore dans une société qui socialise les pertes et privatise les profits : à long terme ce n'est pas bien.

Stan : Quels sont selon vous les combats les plus urgents en matière de biodiversité ?

La question est difficile. Il y a des deux types de réponses. Il y a des biodiversités magnifiques, avec des espèces importantes (panda, tigre, etc.) qu'il faut sauver... C'est un premier défi. La seconde chose, c'est qu'il faut aussi s'intéresser à la biodiversité ordinaire. Les espèces qui vivent dans les sols par exemple. Les produits chimiques d'agriculture ont des effets désastreux sur ces sols sur toutes ces espèces. C'est moins emblématique, car ce sont des espèces petites et inconnues mais indispensables pour le développement humain.

Alain : Pensez-vous que Jean-Louis Borloo remplit bien son rôle de Ministre de l'Ecologie ?

Je pense que c'est quelqu'un qui a acquis une conviction. Il se bat. Il est dans un réseau de contraintes politiques extrêmement fort qui limite son travail, et c'est encore plus vrai pour Chantal Jouanno.

Pepito : A-t-on essayé de vous récupérer politiquement ? Que pensez-vous du fait de rejoindre un parti ?

J'ai eu beaucoup de propositions que j'ai toutes refusées et que je vais continuer à refuser. Je suis bien plus à l'aise dans la vie associative. J'aurais du mal avec la discipline de parti.

Didine : Avez-vous de nouveaux projets de livre ?

Dans l'immédiat, non. J'ai un peu trop de travail ! Je continuerai à en écrire, mais je n'en ai encore entamé aucun. Le dernier, un roman, est sorti l'an dernier.

Yolande : Comment, nous citoyens lambda, pouvons-nous aider à la sauvegarde de la biodiversité ?

Mille moyens ! Alléger notre empreinte écologique, c'est ce qu'il faut faire. Donc, consommons des produits recyclés, des produits bios, avec peu d'emballage. Mieux consommer, faire moins d'excès. Il y a ce que nous pouvons faire dans le cadre de notre travail pour pousser des entreprises à changer. Faire en sorte qu'à un poste de travail, on essaie de faire des produits plus respectueux de l'environnement. Enfin, il faut s'engager auprès des associations, financièrement ou en termes d'investissement en temps, pour pousser ces combats et les faire aboutir.

Le mot de la fin ?

Je vous remercie pour toutes vos questions. Les années qui s'ouvrent sont des années passionnantes et essentielles. Il faut réinventer la place de l'homme dans la nature. Ce sera beaucoup de travail, mais avec beaucoup d'enthousiasme. Pour moi, c'est ce qui est positif ! Bonne soirée. A bientôt.

Abonnez-vous à la lettre d'information La quotidienne : nos dernières actualités du jour.

!

Merci pour votre inscription.
Heureux de vous compter parmi nos lecteurs !

Cela vous intéressera aussi